Christiane Passevant
Braddock America
Film documentaire de Jean-Loïc Portron et Gabriella Kessler
Article mis en ligne le 30 mars 2014
dernière modification le 2 avril 2014

par C.P.

Braddock America est sur les écrans depuis le 12 mars.

Braddock America [1] ou grandeur et décadence d’une ville ouvrière du Nord-est des États-unis, ancien fleuron sidérurgique de l’industrie étatsunienne et symbole de la réussite des fortunes du nouveau monde.

On pense évidemment à Roger and me de Michael Moore (1989) qui a filmé la ville de Detroit et la fermeture des usines de General Motors, mais l’on revoit aussi, avec les rues à l’abandon qui défilent en longs travellings, les Raisins de la colère de John Ford (1947), d’après le roman de John Steinbeck, qui dépeint la misère pendant la grande Dépression.

Désindustrialisation et déclin de l’empire étatsunien, cet abandon ne trompe pas… Les rues, autrefois animées, sont méconnaissables en raison du vide et des maisons inoccupées, délabrées, comme si un cataclysme était passé par là et avait balayé d’un coup habitant-es et animation.

Braddock America, le film documentaire de Jean-Loïc Portron et Gabriella Kessler fait un état des lieux saisissant, clinique de ce qu’était la ville il
n’y a pas si longtemps et de ce qu’elle est devenue. Des ruines dangereuses
pour lesquelles aucun budget n’est prévu pour les détruire… Il y en a beaucoup trop et à une échelle aussi importante, cela représente une fortune. C’est la ville qu’il faudrait raser.

Braddock, lieu historique, est aujourd’hui en friche et déserté par ses habitants partis chercher du
boulot ailleurs. La fermeture des usines,
la désertion des capitaux, la désindustrialisation est d’autant plus dramatique si les images d’archives montrent l’activité de la ville auparavant. Un monde et ses illusions s’écroulent.

Le stade et ses gradins à l’abandon… Dans cette ville de l’Est des Etats-Unis, en pleine Pennsylvanie, le mythe de l’opportunité se termine dans l’amertume. Les anciens sidérurgistes témoignent devant la caméra avec une émotion impossible à dissimuler, des mots lourds de sens, les syndicalistes évoquent les grèves, la solidarité et la ville devenue méconnaissable, une ville fantôme.

Bye bye American Pie !

La fierté ouvrière a fait place à la nostalgie, mais aussi à la colère contre
les rapaces, les Carnegie et les J.P. Morgan : « Nous vivons ce que vivent
les empires affaiblis : les voleurs prennent tout. Chaque ville doit se battre pour sa survie. » Et les gens se battent pour conserver la vie du quartier, pour répondre à l’urgence, pour nettoyer les rues…

Tout le monde met la main à la pâte : « Ce qui est beau à Braddock, c’est la lutte. Malgré tout
ce que les habitants ont subi, ils continuent à se battre. Ils sont conscients que Braddock ne retrouvera jamais la gloire qu’elle a connue, mais ils ne baissent pas les bras et n’acceptent pas d’être réduits à un rôle de
victimes. »