Collectif Manifeste rien
Facho-compatible # 1. Nécro-politique
Article mis en ligne le 31 janvier 2021

par C.P.

Facho-compatible # 1
Nécro-politique

d’après Saïd Bouamama (sociologue)
par le collectif Manifeste Rien

Dans un contexte culturel muselé et empêché de spectacle vivant, Manifeste Rien s’adapte et se réinvente, se fait entendre, non pas sur les planches, mais sur les ondes avec un projet expérimental qui allie dissidence politique et esthétique. Ce premier volet sonore, d’après un article du 12 avril 2020 du sociologue Saïd Bouamama, offre un autre son de cloche quant aux analyses de gestion de la pandémie et du confinement. À la manière d’un faux journal satirique, sur une musique aux accents de science-fiction, la comédienne Virginie Aimone évoque la nécro-politique mise en place pour le bon fonctionnement de l’économie et la préservation des profits.

Interprétation : Virginie Aimone [1]
Montage et direction : Virginie Aimone et Jeremy Beschon
Musique : Antoine Perrin

« Facho-compatible » est une création en cours. Un deuxième volet « fascisation » d’après un article du 12 avril 2020 également de Saïd Bouamama, reprendra certains personnages du premier volet, en y ajoutant de nouveaux… Il analysera le processus de fascisation à l’œuvre au sein des frontières nationales, ainsi que la perpétuation des ingérences néocolonialistes en Afrique.

Pourquoi traiter l’actualité en différé ?

Pour cette création, Manifeste Rien traite volontairement l’actualité en différé ; c’est pourquoi, nous mettons en voix un texte d’Avril 2020. En effet, le problème avec l’actualité, la vraie, c’est que chaque jour efface le précédent en le contredisant. Ce qui est si pratique pour le pouvoir (comme disait Bourdieu "le fait divers fait diversion"). L’analyse de sociologues comme Saïd Bouamama résiste au temps et pose toujours, à notre sens, les bonnes questions. Le Collectif travaille à d’autres volets, en avançant dans le temps et le processus de fascisation en France, du printemps 2020 à ce jour.

Pourquoi ce travail radiophonique d’après Saïd Bouamama ?

« Retournerons-nous sur scène comme si de rien ? Ou en tant qu’artiste, aiderons-nous à prendre la mesure de l’actuel ravage du néo-libéralisme ? Toutes nos mises en scène le font déjà. Mais voilà, interdiction oblige, nous ne jouons plus. Et ce n’est pas, comme le clament certains, la culture qui est « sacrifiée sur l’autel du capital », puisqu’elle est souvent mobilisée comme accélérateur de celui-ci (gentrification, capitales culturelles, muséification du patrimoine), mais c’est plu-tôt, un vicieux retour de bâton qui frappe actuellement le monde du spectacle vivant. On oublie trop que le mépris de classe est féroce dans la culture aussi. Et elle joue un rôle important dans l’idéologie dominante. N’a-t-elle pas, consciemment ou non, par ses choix arbitraires de neu-tralité et d’excellence entre autres, préparé le terrain à l’actuel processus de fascisation que Saïd Bouamama analyse dans son blog ? Ses articles m’ont fait grand bien et j’ai voulu les parta-ger, les adapter en les dotant d’une caisse de résonnance orale. J’ai présenté un premier montage à la comédienne qui l’a remonté et interprété sur une musique électro. Nous avons choisi la contrefaçon pour lutter contre les simulacres de l’information mainstream. »
Jeremy Beschon

Saïd Bouamama est sociologue, spécialiste des questions de discriminations et des rapports de domination. Auteur de plusieurs études sur l’immigration et les milieux populaires, il a notamment publié : Les Discriminations racistes : une arme de division massive, préface de Christine Delphy (L’Harmattan, 2010). Figures de la révolution africaine. De Kenyatta à Sankara (La Découverte, 2014). « Planter du blanc » Chroniques du (néo-)colonialisme français (Syllepse éditions, 2019). Également militant associatif, il est parmi les fondateurs et animateur du Front uni des immigrations et des quartiers populaires (FUIQP), il a récemment contribué à Racismes de France sous la direction Olivier Le Cour Grandmaison et Omar Slaouti (La Découverte, 2020).

Manifeste Rien propose un travail entre spectacle et sciences où l’humour et la poésie permettent de partager les richesses et la complexité de nos sociétés avec le plus grand nombre. Un répertoire conçu avec la collaboration d’intellectuels majeurs tels que Benjamin Stora, Gérard Noiriel, Tassadit Yacine et les œuvres de Pierre Bourdieu, sur les thématiques du genre, du racisme, de la laïcité et du modèle républicain. Un théâtre épique et d’actualité qui puise librement dans les cultures populaires d’hier et d’aujourd’hui. Des représentations suivies de débats en présence de chercheurs et d’ateliers, en itinérance dans les théâtres, les lieux associatifs et le milieu scolaire et pénitencier. [2]