Christiane Passevant
L’Envolée de Eva Riley (8 juillet)
Article mis en ligne le 18 juin 2020
dernière modification le 24 juin 2020

par C.P.

L’Envolée
Film de Eva Riley (8 juillet)

Leigh, une adolescente de 14 ans, vit dans la banlieue de Brighton avec un père trop souvent absent. Elle est gymnaste, douée, mais manque de confiance en elle malgré un entrainement intense en vue d’une prochaine compétition. Lorsqu’un demi-frère plus âgé, qu’elle ne connaît pas, débarque et s’installe dans la maison, tout l’univers de l’adolescente solitaire est bousculé. Tout d’abord méfiante et observatrice de ce frère différent d’elle par son comportement, son langage, son entourage et ses centres d’intérêt, elle est bientôt curieuse, puis fascinée par lui. L’adolescente découvre un autre monde, celui des interdits et de la provocation et, en même temps, une complicité qu’elle a ignoré jusques là.

Premier long métrage de la réalisatrice, l’Envolée montre une Angleterre différente de celle habituellement dépeinte dans les films sociaux. Ce n’est pas la grisaille qui domine, mais plutôt la luminosité, comme l’explique Eva Riley dans son choix du cadre « ensoleillé, énergique et coloré, malgré la difficulté du sujet. L’adolescence est une période folle durant laquelle on vit chaque expérience à fond. J’ai exprimé cette intensité à travers mes personnages. Les alentours de Brighton m’ont beaucoup inspirée, je ne me serais pas vue tourner ailleurs, depuis que j’ai emménagé ici, je suis amoureuse de cette lumière. C’était le décor parfait pour cette histoire d’émancipation. »

L’émancipation, c’est ce qu’expérimente Leigh auprès de ce frère qui l’étonne et enfreint les règles. L’adolescence est à la fois une période difficile et enthousiasmante, celle de la libération de la coupe parentale, d’expériences nouvelles, de découverte des sentiments — celui de la sororité en l’occurrence —, ainsi que la perspective des possibilités en dehors du chemin tracé pour l’ado par les adultes. Dans le cas de Leigh, il y a cette expression artistique mêlée aux prouesses techniques qu’est la gymnastique et que décrit le film. L’effort d’un sport qui demande une discipline et une grâce aussi, ce qui a suscité l’observation de la réalisatrice : « Je me suis mise à regarder des chorégraphies au sol encore et encore, fascinée par le contraste entre celles qui fonctionnaient et celles qui ne fonctionnaient pas. J’ai cherché à comprendre plus en profondeur la confiance intérieure dont une gymnaste a besoin pour faire “chanter” sa chorégraphie avec émotion et expression. J’ai visité de nombreux clubs de gymnastique, assisté à beaucoup de compétitions. J’ai discuté avec des dizaines de jeunes gymnastes de leur relation à leur sport. Cela a été un processus essentiel pour l’écriture du film. »

L’Envolée est une très belle étude de cette période de doutes et d’espoirs d’une période bouleversante et parfois décisive qu’est l’adolescence. Eva Riley en dépeint avec finesse les contradictions, la radicalité et les nuances dans le cadre d’une rencontre filiale. La direction du jeu de la jeune Frankie Box — gymnaste dans la vie —, est impressionnante de naturel dans toutes les séances de gymnastique au sol, de même que l’interprétation du frère-surprise (Alfie Deegan). La complicité des deux est incroyable de fraicheur et d’authenticité.
L’Envolée de Eva Riley est au cinéma le 8 juillet.