CHILI. Le réservoir de déchets miniers de Caimanes : chronique d’un territoire sacrifié
Article mis en ligne le 26 mai 2020

par C.P.

Le Chili a basé son développement sur l’extraction des matières premières, en particulier du cuivre dont il est le premier producteur mondial. Cela lui a valu de bénéficier de l’un des meilleurs taux de croissance d’Amérique latine. Mais quels sont les revers de ce “miracle” ? Quel visage prend cette croissance sur les territoires où des méga-mines s’implantent pour extraire les richesses ou stocker leurs déchets ? Ce parcours numérique propose l’étude du cas d’une communauté rurale de la région centrale du Chili, Caimanes, qui a vu s’installer sur son territoire le troisième plus grand réservoir de déchets miniers du monde.

Les dessous du « miracle » chilien

En 2010, l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE) a élevé le Chili au rang des pays dits « développés ». Ce changement, le Chili le doit à son fort taux de croissance, engendré principalement par l’exportation de matières premières, en particulier du cuivre dont il est le premier producteur mondial.

L’exploitation des ressources minières est ancrée dans l’histoire du pays, mais ce sont les lois établies sous la dictature de Pinochet (le Code Minier et le Code de l’eau) qui vont permettre aux multinationales d’extraire des ressources du sous-sol à grande échelle et sans limite. À partir des années 1990, après la dictature, les projets miniers ont proliféré, bénéficiant de cours mondiaux favorables, d’une législation juridique protégeant les investissements et de la demande internationale croissante de minerais.

L’accélération de l’octroi de concessions aux industries minières — ainsi que des grands projets en tout genre (grands barrages hydroélectriques, exploitation des forêts, monoculture et pêche intensive, etc.) — a provoqué une multiplication des conflits. Pollutions, violations des droits humains, spoliation des ressources par les entreprises au dépend des besoins des habitants ; ces projets sont devenus la principale source de conflits au Chili.

Comment comprendre cette relation contradictoire entre croissance et conflits ? Comment se déroule le processus d’implantation d’une compagnie minière sur un territoire ? Quelles stratégies sont déployées pour imposer un projet aux habitants des territoires concernés ? Quelles sont, dans le cas de Caimanes, les empreintes écologiques et humaines du projet ? Qu’en est-il de l’élévation du Chili au rang de pays développé, justifiée par les résultats macroéconomiques du pays mais contredite tant par la réalité de ces zones sacrifiées que par la perte criante des droits et de la souveraineté des habitants ?

Caimanes est un village de la IVe région du Chili, situé à 175 km au nord de Santiago et à 45 km de la commune de Los Vilos à laquelle le village appartient. Sa population compte environ 2000 habitants avec les hameaux aux alentours. Le village est situé dans la vallée du Pupio qui prend naissance dans la précordillère du Mauro.

Le Réservoir de déchets miniers EL MAURO. Le réservoir fonctionne depuis 2008. Il accumule plus de 2 milliards de tonnes de déchets miniers. Il se situe à 10 km environ du village de Caimanes.

MINERA LOS PELAMBRES (MLP) Groupe ANTOFAGASTA MINERALS (à 60%). L’entreprise, propriété du groupe Luksic, exploite et produit du concentré de cuivre et du molybdène, principalement pour le marché asiatique et européen. Elle opère depuis 1999 dans la province du Choapa, région de Coquimbo et intervient à partir de 2001 à Caimanes. L’entreprise minière produit en moyenne 210 000 tonnes de minerais chaque jour. Elle se place au 7e rang mondial de production de cuivre.