Christiane Passevant
Un Soir en Toscane de Jacek Borcuch (5 février 2020)
Article mis en ligne le 11 février 2020

par C.P.

Un Soir en Toscane
Film de Jacek Borcuch (5 février 2020)

Maria Linde, poétesse juive polonaise et prix Nobel, s’est retirée en Toscane. Vivant avec sa famille, ses amis et son jeune amant égyptien, elle refuse les honneurs et les interviews. Elle représente en quelque sorte « un symbole de notre vieille Europe. Nazeer – qui est Copte – symbolise une Europe jeune et l’avenir de ce continent. »

Alors que la propagande réveille le racisme et joue sur la peur des réfugié.es, Maria accepte une ultime remise de prix et choisit de faire une déclaration jugée provocante, à contre-courant de l’ambiance générale. Confiante, elle se refuse à toute compromission et réagit contre l’hypocrisie ambiante. Elle dénonce les politiciens qui jouent sur le danger imminent d’une soi-disant invasion de « sauvages » et d’« étrangers », de même que la complicité des médias sur le sujet. Elle crée ainsi un scandale sans anticiper les conséquences.

« Je cherchais un héros [explique le réalisateur, en l’occurrence une héroïne] qui ne serait pas entravé par le politiquement correct. Quelqu’un qui ne pratiquerait pas la langue de bois, qui aurait le courage de tenir des propos controversés, d’aborder des sujets difficiles. Il fallait quelqu’un d’envergure, d’accompli, de suffisamment confiant, parce que seules de telles personnes sont écoutées. Maria Linde est un personnage foncièrement contemporain, même si je l’ai construit à partir d’icônes de la culture occidentale : elle est un mélange de Patti Smith, Susan Sontag, Bob Dylan, Oriana Fallaci et de beaucoup d’autres. Elle est quelque part entre la poésie et le punk. […] Il fallait une femme forte, belle, sensuelle, mûre et confiante. »

Krystina Janda est une « artiste éminente, une icône du cinéma, dont le nom résonne dans nos esprits. Elle était la muse d’Andrzej Wajda. Ses engagements citoyen et politique on fait d’elle une artiste flamboyante. » Ainsi, elle incarne avec brio le personnage de Maria Linde, une femme quelque peu égoïste, centrée sur elle-même, qui finalement a cette confiance presque condescendante pour bousculer les choses et aller à l’encontre de ce que l’on attend d’elle. Prend-elle ce risque parce qu’elle se sent au-dessus des jugements d’autrui ? Peut-être, mais le geste n’en a pas moins un caractère de révolte, courageux et anticonformiste, il rappelle aussi qu’une telle prise de risque peut avoir des conséquences graves dans des temps où les courants réactionnaires et nationalistes ont le vent en poupe. Le film pose ainsi une question essentielle : faut-il renoncer à la libre expression, ne rien dire, adopter une attitude consensuelle et dans l’air du temps pour conserver son confort et sa sécurité ?

Le long plan séquence de fin est à lui seul une illustration des temps actuels et un épilogue métaphorique brillant.
Un Soir en Toscane de Jacek Borcuch au cinéma depuis le 5 février 2020)