Christiane Passevant
System K de Renaud Barret (15 janvier 2020)
Article mis en ligne le 24 janvier 2020

par C.P.

System K
Film de Renaud Barret (15 janvier 2020)

"Système K" comme Kinshasa. « À Kinshasa, le ghetto est accolé à la ville. Je cherche des cigarettes et je rencontre un musicien qui marche avec une guitare dans le dos. Je lui parle, on entre ensemble dans la cité. Voilà, ça commence aussi simplement que ça. Là, il y avait tout, la musique, une énergie incroyable.

Je n’avais jamais vu, jamais ressenti un truc pareil dans une ville. Une forme un peu mutante toujours en mouvement. À partir de là, je rentre à Paris, je plaque tout, j’achète des caméras et je repars là-bas. »

L’aventure filmique de Renaud Barret commence ainsi et son film traduit merveilleusement l’impression d’irréalité, de création à partir de rien, de recyclage d’objets, de bruits, d’instruments créés, de la rue, de la colère… Un bouillonnement constant et une réinvention incessante animée par des artistes inspirés.

D’abord il y a la musique, toujours présente dans le film, puis la rencontre du réalisateur avec « Béni Baras, qui était en train de brûler du plastique. Ce n’était pas la plus belle chose que j’avais vue de ma vie, mais il avait une incroyable motivation dans son geste, un désir de vie dans une situation très limite, entre la vie et la mort. […]

C’est un art très direct, urgent. Les artistes parlent d’idées souvent assez simples : on n’a pas d’eau, pas d’électricité... Et on en fait quelque chose. Ce qui fait que la population va directement réagir et même interagir.

Tous ces artistes ont le souci de faire passer des messages. C’est leur motivation principale. Il y a une forme d’amour pour les leurs alors qu’on est en face d’une population peu ou pas scolarisée depuis bientôt deux générations. C’est une vraie bombe à retardement. Les artistes sont en rébellion contre cette apocalypse discrète qui est en train de s’installer.

Alors ils prennent la rue. Comme les gens sont dans la survie, abrutis de souffrance, le temps du sens critique, le temps de la réflexion est évidemment très réduit.

C’est pour ça que les artistes interpellent la population de façon très directe, dans la rue. Ce sont des actes très réguliers. Tous ces jeunes gens n’attendent pas qu’il y ait une caméra pour agir. Ils sortent comme ça deux à trois fois par semaine. C’est une forme d’exutoire, presqu’une thérapie pour eux.

Des artistes qui pratiquent déjà plusieurs médias trouvent dans la performance un art qui n’a pas de limite et qui a vocation à interpeller, à créer la discussion. »
"Système K" c’est un mouvement, une expression en effervescence et sans limites… Un film étonnant !

Système K de Renaud Barret est sur les écrans le 15 janvier.