Christiane Passevant
Dieu, Brando et moi de Gilles Tourman
Article mis en ligne le 23 septembre 2019

par C.P.

Dieu, Brando et moi
De Gilles Tourman sur une idée de Daniel Milgram

Studio Hébertot
78 bis boulevard des Batignolles 75017
Jusqu’au 17 novembre

Daniel Milgram est auprès de son père, en fin de vie, et voilà que le comédien se remémore des moments de son enfance, alors qu’il est accueilli par la communauté protestante du plateau du Chambon sur Lignon, sauvé ainsi des persécutions nazies, et il y a ses rapports filiaux avec une mère qui prend une sacrée place ou une place sacrée, on s’y perd… Et que dire de sa passion pour Marlon Brando !

Un tramway nommé désir, une merveille qui révèle l’immense acteur qu’est Marlon Brando, que voilà sanctifié dans le souvenir de Daniel prenant ainsi prétexte à se jeter à corps perdu dans un jeu tourbillonnant, chorégraphié et pris littéralement dans le décor construit comme une nasse à la Cornelis Escher. Le damier en perspective divise le sol et propulse le public dans la mémoire quelque peu en méandres de Daniel. Le récit est saupoudré d’accent yiddish et assaisonné d’humour juif : Qui a parlé de peuple élu, hein ? « Et pourquoi il n’y a pas eu d’autre élection depuis 5000 ans ? »

Un texte émaillé de saillies surprenantes, interprété avec brio par Patrick Simon, qui navigue entre émotion, ironie et gravité parfois, notamment lorsqu’il renvoie à une frange de cette société française qui s’insurgea contre la Collaboration active et passive. Enfin un texte qui jongle avec l’intime et l’universel, comme cela en passant… On en saura plus sur le complexe d’Œdipe et l’humour de Freud… Dieu, Brando et moi, c’est également un rythme impeccable qui secoue, mais, en même temps, enchaîne en fondu enchaîné les différentes saynètes de la vie de Daniel comme dans un long plan séquence. Oui, c’est visuel.

Résumons : un père mourant, une mère omniprésente, un comédien qui passe du rire, de la blague aux larmes… Patrick Simon — en solo —, qui ne cesse de se dédoubler, bondissant et drôle : il interprète le comédien… Vous suivez ?
Allez je vous souhaite sans Dieu ni maître comme le chante Serge Utgé-Royo, et il est à parier que le rabbi de Dieu, Brando et moi (oui, oui, celui avec la kippa) me dira « ben, tu as raison ». Hein Gilles Tourman ?!
De quoi se régaler au Studio Hébertot !