Christiane Passevant
Anna, un jour de ZSofia Szilàgyl (19 juin 2019)
Article mis en ligne le 5 juillet 2019

par C.P.

Anna jongle avec sa quarantaine, son travail, trois gosses, des soucis financiers, et un mari qui décroche de la vie familiale. Dépassée par le rythme frénétique de ses journées — travail, maison, enfants et mari qui prend la tangente —, Anna, agaçante et touchante, perd pied et s’enfonce peu à peu dans une situation où tout lui échappe.
Anna, un jour… Ou sacrée journée !

On pourrait dire qu’Anna est une sorte de perfect mother, mais voilà au cours des années, les rapports changent et il faut couper le cordon, déléguer… De son point de vue, cela lui paraît impossible et elle s’évertue à gérer le quotidien sans prendre le temps d’y réfléchir. Côté couple, c’est la routine, et finalement s’oublier soi-même aboutit à l’usure des sentiments et peu à peu à leur effacement. Le désir est absent, les relations sexuelles sont rares… Se tisse alors le piège ordinaire du couple avec un compagnon qui s’éloigne, tandis que la proche copine représente la découverte, l’attention mutuelle, et l’aventure à portée de main. Anna n’arrête pas de courir et n’écoute rien… Peut-être préfère-t-elle le déni ?

La réalisatrice décrit avec finesse l’attente d’Anna devenant contrainte pour les autres, la perte de connivence, l’absence d’échange sinon, pour les reproches, et puis l’oubli du partage lorsqu’on a plus rien à se dire. « Il y a quelque chose à la fois de très ordinaire et d’incroyablement cruel dans ce quotidien — et pas seulement celui des mères ou des femmes. On ne peut rien faire pour soi ni même savoir ce que l’on voudrait pour soi, quand le temps maximum où l’on peut rester assis tranquillement sans penser à la prochaine tâche à accomplir ne dépasse pas dix minutes par jour. La somme de tout cela nous retient de nous libérer des contraintes, de nos devoirs et de nos bonnes manières. »

Anna, un jour de ZSofia Szilàgyl (prononcer Zilaguil) fait penser à une sonate à la fois triste et lasse…
Le film est en salles depuis le 19 juin.