Christiane Passevant
Monrovia, Indiana. Film documentaire de Frederick Wiseman (24 avril)
Article mis en ligne le 22 avril 2019

par C.P.

Monrovia, Indiana
Film documentaire de Frederick Wiseman (24 avril)

Monrovia, Indiana ou les Etats-Unis comme montrées rarement, si peut-être dans certains films de fiction, comme Fargo des Frères Cohen, par exemple.
Monrovia, petite ville agricole du Midwest états-unien compte 1400 habitants, dont 76 % ont voté pour Trump aux dernières élections présidentielles. « Durant les neuf semaines de tournage, les habitants de Monrovia ont été accueillants, aimables et serviables [commente Frederick Wiseman]. Ils m’ont laissé voir tous les aspects de leur vie quotidienne.[…] Ils étaient contents que je m’intéresse à eux et à leur façon de vivre. Ce qui m’a le plus surpris à Monrovia, c’est le manque de curiosité et d’intérêt qu’ils manifestent pour le monde extérieur à leur ville. Ils vont très rarement à Indianapolis, la plus grande ville de l’Indiana, qui n’est qu’à 30 minutes de là. Je n’ai entendu personne manifester d’intérêt pour ce qui se passe en Europe, en Asie, ou ailleurs dans le monde. Leur monde, c’est Monrovia et ce qui se passe autour. »

Et durant neuf semaines, Frederick Wiseman a filmé les champs de maïs et leurs énormes machines à exploiter le sol, les pâturages, les élevages industriels de porcs, le marquage des bêtes, l’abattoir et le transport des bêtes entassées qui stressent — le respect du vivant et de la nature… On connaît pas vraiment à Monrovia. Il y a aussi le conditionnement des bêtes abattues, sous plastique, et… direct au supermarché, puis dans le barbecue. Pour clore le chapitre des animaux, visite chez le vétérinaire où est opéré un chien pour des raisons « esthétiques ».

Entre salles de classe, photos de fin d’année, coupes locales de sport, réunions municipales, cérémonies au funérarium, discussions au Barber Shop et au magasin d’armes du coin, les disciples de dieu se rassemblent… La foi guide les décisions. Bref, la petite maison dans la prairie façon XXIe siècle, pas de quoi susciter la prise de conscience. On ne parle surtout pas de politique, mais du travail, du temps qu’il fait, de la famille, de matériel agricole, de chasse, des voisins… Et s’il y a des problèmes, on se plonge dans la bible pour trouver des réponses ou dans ses variantes fondamentalistes. Et puis, il y a le nationalisme et toujours l’incroyable serment d’allégeance : God Bless America !

La vie réglée quoi ! Mal bouffe, prières et restons entre nous. L’inquiétude, c’est qu’un grand nombre d’étrangers viennent s’installer à Monrovia. De temps en temps, un garage sale (un vide grenier) anime le voisinage, un rallye ou bien une exposition de Hot Rods, de vieilles bagnoles transformées, peut-être la seule manifestation de créativité et de fantaisie, avec le magasin de tatouages.

Amen ! Parce que l’on prie beaucoup à Monrovia sans trop s’occuper de la pollution de l’eau. Le film se termine sur un enterrement et les champs de maïs… On ne pouvait faire mieux, les images parlent d’elles-mêmes. Le pays des opportunités vu par un fabuleux documentariste et une plongée dans la réalité de l’univers états-unien, enfin un des ses aspects.
Monrovia, Indiana de Frederick Wiseman est un chef d’œuvre documentaire qui est en salles le 24 avril.