Christiane Passevant
Close Encounters with Vilmos Zsigmond
Film documentaire de Pierre Filmon
Article mis en ligne le 27 décembre 2016

par C.P.

Close Encounters with Vilmos Zsigmond, autrement dit, une rencontre d’un autre type avec un directeur de la photo, novateur et sans cesse inventif. Le film est avant tout une leçon de cinéma et un régal des yeux.

La lumière que Vilmos Zsigmond crée dans les films fait partie du récit cinématographique au même titre que la mise en scène. Toute sa filmographie s’inscrit en dehors du système hollywodien, à la recherche d’une réalité sublimée, d’un naturel qui transcende en quelque sorte la dramaturgie du récit cinématographique. Si les images sont trop belles, trop léchées, le public ne peut pas ressentir ce que raconte l’histoire, et l’éclairage est l’âme de la photographie.

Close Encounters with Vilmos Zsigmond, c’est revisiter par les coulisses de la lumière de films mythiques comme Délivrance de John Boorman (1973), Voyage au bout de l’enfer (Deer Hunter) (1978) — impossible d’oublier les plans de la ville, la nuit — et la Porte du paradis (1980) — avec l’extraordinaire lumière de la scène de la danse — de Michael Cimino, Sugarland Express (1974) et Rencontres du troisième type de Spielberg (1978), The Rose de Mark Rydell (1980), et beaucoup d’autres… Il a tourné avec les plus grands réalisateurs, Robert Altman, Martin Scorsese, Jerry Schatzberg, Brian de Palma et a certainement influencé toute une génération de cinéastes. Vilmos Zsigmond représente une rupture avec le cinéma d’alors en imposant une image qu’on n’avait pas l’habitude de voir.

Le film documentaire de Pierre Filmon nous plonge dans l’univers du cinéma et son artisanat, sa recherche, dès les premières images, dans le prologue où l’on regarde Vilmos choisir le cadre, expliquer la lumière et la voir changer selon ses choix. Une très belle rencontre que celle d’un maître de la lumière et d’un passionné de cinéma qui aboutit au documentaire qui retrace l’itinéraire de Vilmos Zsigmond, en racontant les accidents, les défis, les trouvailles, les innovations qu’il apporte, avec quelques autres, et qui vont révolutionner la manière de filmer, d’éclairer, d’inventer une tendance, une touche entre réalité, peinture et graphisme. Une patte, une signature que l’on retrouve dans tous ses films : un jeu entre les lumières, les techniques d’exposition, l’étalonnage… À les entendre dans le film, il semble que la même passion ait animé les réalisateurs avec qui Vilmos Zsigmond a travaillé.

Hongrie 1956. Vilmos et son ami Laszlo Kovacs, tous deux étudiants en cinéma, filment l’insurrection de Budapest et l’arrivée des chars soviétiques dans la ville. Ils s’enfuient en Europe et arrivent aux États-Unis. Vilmos galère quelques années avant de travailler sur des films série Z pour lesquels il n’est même pas crédité, jusqu’à sa rencontre avec Peter Fonda pour qui il fera la lumière de L’homme sans frontière (1971).

L’aventure cinématographique commence alors, celle d’un très grand artiste de la lumière, apprécié tant par les réalisateurs que les autres chefs opérateurs, que les comédiens et comédiennes qui témoignent de sa rigueur, de son inventivité, de son apport au cinéma et de son influence originale sur le cinéma.