Christiane Passevant
Réfractions. N° 35. À l’école des anarchistes
Article mis en ligne le 7 juillet 2016
dernière modification le 27 décembre 2016

par C.P.

Les réformes de l’éducation nationale ajoutent, à chacune de leur mise en place, des cadres contraignants au processus de conformation des rôles dans une société de plus en plus exemplaire pour la fabrication d’allégeance et de soumission. Dans ce contexte, on peut se poser des questions sur ce que les anarchistes peuvent apporter au plan de la réflexion sur ces changements récurrents, qui semblent marquer le territoire d’ambitions personnelles, plutôt que de générer l’épanouissement, la curiosité et la pensée critique.

Comme le signale l’édito de ce nouveau numéro de Réfractions, le n° 35, il est toutefois difficile « d’associer les anarchistes au mot “école”. D’abord parce que les anarchistes ne sont pas une école, si l’on entend par là un ensemble de disciples que réunit l’enseignement d’un maître, à la doctrine duquel ils vouent à leur tour leur vie. Ensuite parce que les anarchistes n’aiment pas l’institution scolaire, son organisation hiérarchique, ses maîtres, sa bureaucratie, l’ennui mortel auquel on y confronte nombre d’élèves, sa reproduction des inégalités sociales, son apprentissage de la soumission, son inculcation des valeurs républicaines et citoyennes, sa spécialisation contrainte, sa visée utilitaire et son absence plus générale d’intérêt pour toute éducation à la liberté. »

S’apercevant néanmoins très vite des « nuisances de l’institution scolaire, […] les anarchistes se sont lancés dans des projets d’éducation libertaire, fondant des établissements alternatifs, voire tentant de subvertir de l’intérieur l’institution scolaire en y promouvant d’autres rapports entre prétendus maîtres et supposés élèves. » On pense aux universités populaires, aux écoles autogérées dans lesquelles les rapports autoritaires sont écartés au profit de l’échange des savoirs et d’une autonomie active.

Utopie ? peut-être et pourquoi pas ?… Les expériences libertaires faites dans le domaine de la pédagogie sont des exemples pratiques qui prouvent que l’attention de l’élève est favorisée par un enseignement intéressant, désirable et éveillant la curiosité, ce qui implique la prise en compte du temps de compréhension de chaque élève, autrement dit la libre participation en vue d’une réalisation personnelle et collective.

Ce sont des expériences qui confirment, selon Laïla Houlmann, que « l’école ne nécessite pas un cadre scolaire […] autoritaire et rigide pour que l’intérêt des élèves soit stimulé ».

Cette parution de Réfractions, À l’école des anarchistes, exprime autant des réflexions sur les bases de l’institution scolaire que sur les diverses tentatives de retirer le savoir « des mains des spécialistes et sa transmission de toute structure hiérarchique. »