Être là. Film documentaire de Régis Sauder
Article mis en ligne le 4 janvier 2013
dernière modification le 25 décembre 2012

par C.P.

Être là, le nouveau film de Régis Sauder se déroule dans le Service Médico-Psychologique de la prison des Baumettes, à Marseille.

Comme dans son précédent, Nous, Princesses de Clèves, tourné au lycée Diderot de la même ville, dans ses quartiers nord, il s’attache à observer le travail de ces personnes, essentiellement des femmes, qui ne renoncent pas à maintenir le lien social, aussi ténu soit-il, dans ces lieux aux frontières de notre République.

On entend des patients qui expriment leur souffrance, leur violence ou leur fantaisie, tandis que la caméra scrute le visage des soignantes (psychiatres, infirmières, ergothérapeutes), à l’écoute des détenus qui, ayant commis des infractions aussi graves soient-elles, n’en demeurent pas moins des sujets.

Être là rend hommage à cette volonté farouche de privilégier le soin et la confiance indispensable à la relation soignants / soignés, mise à mal par les démarches d’évaluation et de prédiction des comportements
préconisées par l’ancien gouvernement dans le cadre des mesures
anti-récidives.

Mais dans l’intimité de cette relation singulière, Être là nous confronte aussi à l’insupportable présence de certains malades qui, de toute évidence, ne devraient pas y être, en prison, mais à l’hôpital.

Après 10 ans d’engagement intense comme psychiatre au sein du service, Sophie, une des protagonistes principales du film, témoigne de ses difficultés à s’y tenir : que cautionne-t-elle ? Et jusqu’à quand pourra-t-elle résister,
malgré la force que lui confère la cohésion du collectif soignant ?
Grande est sa tentation de partir loin de la misère et de l’enfermement, loin aussi des simplifications abusives qui, en prison comme souvent ailleurs, tendent à asphyxier la complexité de l’humain.

À partir des questions qui se posent au SMP des Baumettes, aux marges de notre humanité, de notre contrat social et de notre citoyenneté, le film nous invite à réfléchir sur la place du soin, de l’attention à l’autre et de la psychiatrie dans les prisons bien sûr, mais aussi au sein de notre société.