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Nestor Potkine, qui cherche où diable est le bouchon qu’il faut retirer pour voir couler Le Monde
Pratique de la classe de loisir
Article mis en ligne le 11 novembre 2014
dernière modification le 29 septembre 2014

par C.P.
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Même en ces temps de prix immobiliers ahurissants, 7,75 millions d’euros pour un appartement de 301 mètres carrés, cela fait beaucoup. En particulier si les charges minimales se montent, par contrat à 6% du prix d’achat, par an. Si vous trouvez cela un peu cher, vous pouvez vous rabattre sur un 103 mètres carrés à 2,2 millions d’euros. Quelle étonnante caractéristique de la copropriété justifie des prix aussi stratosphériques ? Et bien la copropriété consiste en 160 appartements construits sur un paquebot de 196 mètres de long. Douze étages, pardon douze ponts. Le paquebot s’appelle, avec une louable modestie, The World. Car son but est à la fois de parcourir le monde, d’être le monde pour ses résidents. Le grand monde, à ses prix-là, cela va sans dire.

Anarchie chez les ploutocrates

Depuis 2002, The World vogue donc de port en port, de merveille en merveille. Au programme de l’année 2014, départ en plein hiver des calmes et chaudes îles Canaries. Passage de l’Atlantique équatorial, découverte des Caraïbes. Traversée du Canal de Panama, puis côte ouest de l’Amérique latine (qu’en termes simples ces choses-là sont dites !). Traversée du Pacifique Sud, Polynésie et toutes ces sortes de choses, Nouvelle-Zélande, Papouasie… expédition (« expédition » je cite verbatim) beaucoup plus au nord en Mer d’Okhostk, et on termine, car chez les riches on est ouvert d’esprit, non pas seulement en Corée du Sud, mais aussi en Corée du Nord (je cite à nouveau « peut-être l’une des expériences les plus intéressantes à bord de The World »).

On peut être un roi stalinien, et apprécier la compagnie des cercles les plus raffinés, non ? Quid de notre étrange intertitre « anarchie chez les ploutocrates » ? Le paquebot appartient réellement aux 160 copropriétaires, et ce sont eux qui décident de l’itinéraire. L’autogestion, y’a que ça de vrai. Enfin « autogestion », le mot est un peu flou, comme celui de
« démocratie » par lequel on décrit la société athénienne, dont les deux tiers se composaient de métèques sans autre droit que celui de partir en cas de mécontentement, et d’esclaves sans aucun droit absolument. Et ne parlons pas des femmes athéniennes…

Les 160 propriétaires utilisent les services, à bord, de 320 employé-es, du capitaine aux femmes de ménage. Sans surprise, les marins et le personnel technique viennent principalement du Tiers Monde, les Philippines en particulier, où les salaires sont un peu moins stratosphériques que les prix des appartements du World. Et encore moins sans surprise, les personnels de service, en contact direct avec les résidents, sont en général Blancs et beaux. À chaque escale, limousines, guides, experts variés, excursions en hélicoptère, en Rolls, en jet, en motoskis, à dos de pur-sang, de chameaux, d’éléphants…

Collectivisme chez les ploutocrates

Le premier réflexe en lisant les lignes qui précèdent sera, à l’évidence, d’hésiter entre ricanement et colère : hideux kidnapping du beau désir
de liberté ! Répugnant fantasme élitiste « nous allons jouir de la planète tant qu’elle est encore belle, grâce au travail des imbéciles que nous exploitons » ! Dangereux fantasme d’évasion, où les vrais puissants, les riches, croient pouvoir échapper à la surpopulation et à la laideur que leur publicité et leur industrie du bâtiment, et leurs industries automobiles infligent à la planète et à l’humanité !

Non, vous vous trompez : le riche est collectiviste. La preuve en est dans ces phrases émouvantes, tirées du site officiel de cette commune libre :
« ce que nous partageons va bien plus loin que la simple propriété. […] À mesure que le temps passe, les voisins deviennent des compagnons de voyage et les compagnons de voyage deviennent de bons amis. Nous nous donnons les uns aux autres de nouvelles manières de ressentir nos destinations. Mais par-dessus tout, nous nous donnons les uns aux autres du réconfort, de la bonne compagnie, et beaucoup de fous rires. »

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