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Nestor Potkine-Stentor
Magie de l’intention
Article mis en ligne le 11 novembre 2014
dernière modification le 29 septembre 2014

par C.P.
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Les religions servent à détendre les tensions. En particulier les tensions qui naissent de l’incertitude, de l’inconnu, de ce qui nous concerne et nous affecte sans que nous puissions le comprendre. Le modus operandi n’a rien de complexe. Il suffit de nommer, ou, processus à peu près similaire, d’attribuer à une puissance invisible, ce qui nous déroute. Le temps, l’énergie, la conscience, la mort et bien d’autres mystères, menaces et misères sont jetés au grand presse-purée onomastique (l’onomastique est l’étude des noms). Pour certains, les éclaircissements sont à présent disponibles et compréhensibles. Pour d’autres, les éclaircissements disponibles ont l’inconvénient d’être, pour suivre un mot anglais tout à fait parlant, contre-intuitifs.

L’âme comme équation chimique, le cerveau comme menteur éternel

Par exemple, on a compris depuis longtemps que le fonctionnement mental est un processus concret, qui n’a rien d’immatériel. Qu’un peu de Valium, une substance des plus concrètes, pénètre la circulation sanguine, et l’immatériel esprit cesse de fonctionner. Pourtant, même chez les matérialistes endurcis, ce que l’on sait abstraitement, « le fonctionnement mental n’est qu’un processus électrochimique » est sans cesse contredit, en apparence, par la perception que chacun possède de son fonctionnement mental, cet acte curieusement désincarné, que l’on ne peut pas peser, que l’on ne peut pas toucher. « Pas toucher » ? Voilà la solution ! Car notre corps est équipé, partout, de cellules servant de récepteurs tactiles. Sauf en un organe. Le cerveau. On peut amputer des zones du cerveau, c’est-à-dire couper au scalpel le cerveau, mais le patient, ou la victime, ne sent rien, parce que le cerveau ne dispose d’aucun récepteur tactile. Alors, nouilles que nous sommes, parce que nous ne pouvons ni toucher, ni peser la pensée, nous imaginons qu’elle est immatérielle, donc tant qu’à faire, éternelle, immortelle, parcelle du divin, etc. C’est ainsi que dans tous les continents, toutes les cultures, ces ânes bâtés d’humains croient à l’âme, à ses errances et à sa survie. En ce qui me concerne, je n’ai pu réellement cesser de me représenter mes propres processus mentaux comme des opérations immatérielles que lorsque cette particularité du cerveau, et son universelle conséquence, fut portée à mon attention.

La voie du Stentor nous laisse sans voix

Les mœurs des organismes unicellulaires nous enseignent eux aussi à quel point les êtres humains voient de l’intention, et donc de la personnalité, de la réflexion, et jusqu’à de la conscience là où ne se trouve qu’un peu de protoplasme. Observons « Stentor roeselii », un honnête protozoaire que nul ne saurait accuser de beaucoup d’intelligence (il mesure moins d’un millimètre de long) et qui consiste en un tube de la forme d’une trompette, dont on aurait glissé l’embouchure dans une chaussette trop large.

Quant à l’autre extrémité de la trompette, elle est munie de fins cils qui permettent à Stentor d’avaler les particules comestibles qui passent à sa portée. Si un expérimentateur dirige vers les cils un fin jet d’eau, l’ouverture et les cils se rétractent aussitôt. Si on arrête le jet d’eau, après une trentaine de secondes, l’ouverture et les cils se déploient à nouveau. Et si on recommence, là Stentor ne réagit pas, ayant « compris » que le jet d’eau n’a rien de nocif, parce qu’il se « souvient » que rien de néfaste ne lui a succédé. Si en revanche, on lui envoie un petit jet de particules apparemment mangeables mais en fait indigestes, au deuxième jet, Stentor ayant « compris » la nature des intrus, s’en « souvient » et va se pencher d’un côté ou d’un autre afin d’échapper au jet malvenu.

Mieux encore, si l’on répète l’opération plusieurs fois, après une vingtaine de minutes, « écoeuré », Stentor va se livrer aux bizarres opérations qui lui permettent de se déplacer et ira planter sa tente ailleurs, sous des cieux plus cléments. Un millimètre de long, pas un gramme de neurone, et pourtant une forme évidente de réflexion ! Comment expliquer le mystère ?

En répondant que la réflexion, la compréhension, la mémoire sont des noms humains que nous plaquons sur des processus certes complexes, mais fondés sur des opérations très simples, en l’occurrence des réactions chimiques engendrées par, et engendrant des, déplacements mécaniques. C’est comme si nous nous mettions à croire à l’intelligence et à la mémoire des ordinateurs, dont nous savons pourtant qu’ils n’« agissent » de manière ressemblant à l’activité mentale humaine que parce que des circuits électroniques sont soit ouverts, soit fermés. Rien de plus. D’ailleurs, nous attribuons tous à ces */& !++^$ ! d’ordinateurs réflexion, intelligence ou stupidité, bonne ou mauvaise volonté, etc.

Nous sommes des animaux sociaux, dont la survie dépend de la coopération d’autres personnes. Notre cerveau a évolué de façon à voire en tout événement un acte, c’est-à-dire à imaginer une volonté, donc une personne, derrière tout événement. On comprend mieux que la religion soit si difficile à extirper.

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