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Alain Musset
Souvenirs de la Violence et espoirs de Révolution : les peintures murales de l’Université d’Antioquia (Colombie)
Article mis en ligne le 11 novembre 2014
dernière modification le 29 septembre 2014

par C.P.
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Fondée en 1803 à Medellín, l’Université d’Antioquia est la plus ancienne université publique de Colombie. Bien au-delà de ses frontières académiques, elle joue un rôle central dans l’organisation de la recherche et de l’enseignement à l’échelle nationale et se caractérise par un très fort engagement social et politique. Dans un pays qui, depuis plusieurs décennies, vit au rythme de la guerre civile et de la violence, ses enseignant-es et ses étudiant-es ont choisi leur camp. Alors que le contexte colombien est favorable aux privatisations, au recul de l’État et à la fragmentation de la société, l’université d’Antioquia revendique son statut d’institution publique ouverte à toutes les classes sociales et à tous les groupes ethniques.

Ce n’est pas un hasard si, en avril 2014, alors que la municipalité accueillait le très consensuel 7e World Urban Forum dans les superbes locaux du centre administratif de la Alpujarra et de la nouvelle Plaza Mayor, c’est sur le campus de l’Université d’Antioquia qu’était organisé le Forum Social Urbain Alternatif et Populaire chargé d’accueillir non seulement des professeurs d’urbanisme, des philosophes ou des praticiens de la ville, mais aussi, idée particulièrement étrange !, des habitants des quartiers populaires et des familles de déplacés.

Ces groupes venus d’horizons lointains (sur le plan social et spatial) on pu découvrir des bâtiments dont les murs racontent l’histoire critique d’une nation marquée par des conflits sanglants et où le souvenir des violences passées alimente en permanence le désir d’une transformation radicale de la société.

Se souvenir

Les murales de l’université d’Antioquia sont d’abord un rappel constant de la violence politique qui caractérise le pays depuis ses origines. Leurs auteurs, individuels ou collectifs, ont voulu inscrire sur les murs la mémoire de celles et ceux qui ont perdu la vie pour défendre l’idée d’une société juste.


1. Benkos Bioho, esclave venu d’Afrique à la fin du XVIe siècle s’est enfui et a créé une communauté libre de « nègres marrons » dans la montagne. Capturé après des années de lutte, il a été exécuté en 1621 à Carthagène : « Mon nom : offensé. Mon prénom : humilié. Mon état civil : rébellion ».


2. Portrait d’Ana Fabricia Córdoba, leader communautaire de la région d’Urabá. Obligée de se réfugier à Medellín, elle a continué à lutter pour les droits des plus pauvres et a été assassinée le 7 juin 2011.


3. Jaime Garzón, avocat et journaliste, assassiné le 13 août 1999 par des inconnus. Il avait été déclaré cible à abattre par la direction du groupe militaire d’extrême-droite Autodefensas Unidas de Colombia (AUC).


4. Gustavo Marulanda, dirigeant étudiant de l’Université d’Antioquia (faculté de philosophie). Très engagé dans les luttes pour les droits humains, il a été assassiné en 1999 par les membres des Autodefensas Unidas de Colombia (AUC).


5. Alors qu’il participait à la manifestation du premier mai 2005, Nicolas Neira, 15 ans, a été tabassé par des policiers. Touché à la tête et frappé à nouveau alors qu’il était déjà inconscient, il est mort de ses blessures.


6. Alba Restrepo, sociologue de l’Université d’Antioquia, torturée et assassinée par l’armée colombienne en 1998. Edwin Velás, ingénieur électricien de l’Université d’Antioquia, torturé et assassiné par l’armée colombienne : « la semence de lutte qu’ils ont planté germe encore dans nos cœurs ».


7. « Il est interdit d’oublier, pour la vie et la Liberté !!! »


8. « Que personne ne cherche ma tombe, on ne la trouvera pas. Mes mains sont celles qui vont chercher en d’autres mains. Ma voix… celle qui crie ! Mon rêve, celui qui reste entier. Sachez que je ne mourrai que si vous renoncez. Parce que celui qui est mort en combattant vit en chaque camarade ». Comme pour Luis Fernando Barrientos, assassiné en 1973 sur le campus de l’université d’Antioquia par un agent de la sécurité d’État, les étudiant(e)s d’aujourd’hui luttent toujours contre l’oubli.

Lutter

Si la mémoire est une forme de lutte, les peintures murales de l’Université d’Antioquia revendiquent aussi l’engagement de leurs auteur-es auprès des communautés les plus vulnérables et s’attaquent aux problèmes posés, en Colombie et au-delà, par des modes de développement à la fois injustes et insoutenables.


9. Dans le domaine des luttes, le Che reste une figure incontournable.


10. Un pays latino-américain soumis depuis 1823 à la fameuse doctrine Monroe (qui a fait de tout le continent une chasse-gardée des USA,) ne peut que penser à une autre figure historique de l’émancipation, Simon Bolivar : « L’unité de nos peuples n’est pas une simple chimère des hommes mais bien l’inexorable décret du destin ».


11. « Il est temps de reprendre notre histoire et notre géographie réelle, de mieux apprécier nos cultures et de faire revivre les valeurs fondatrices de nos nations et de nos communautés », Orlando Fals Borda (1925-2008), sociologue fondateur de la Recherche Action Participative.


12. Les quartiers pauvres de Medellín sont la marque d’une société inégalitaire où les plus démunis, premières victimes de la violence, sont obligés de survivre dans des conditions souvent épouvantables.


13. Connu-es ou inconnu-es, portraits de femmes et d’hommes en lutte pour la justice et pour l’égalité.


14. « Plus on sait, moins l’or paraît brillant ». Réseau colombien contre la grande industrie minière transnationale ».


15. Déclaration universelle des droits humains : « Considérant essentiel que les droits humains soient protégés par un régime de droit, afin que l’homme et la femme ne soient pas poussés au recours suprême de la révolte contre la tyrannie et l’oppression ».


16. « Sans la femme combative il n’y a pas de révolution ».

Rêver ?


17. Au-delà du réel, une indienne magique ouvre les portes d’un autre monde.


18. Quand les tanks fument des joints, l’horizon s’éclaircit.



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