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Christiane Passevant
Féminicides et impunité. Le cas de Cuidad Juarez
Marie France Labrecque. Préface de Diane Lamoureux (écosociété)
Article mis en ligne le 7 octobre 2012
dernière modification le 27 septembre 2012

par C.P.
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Après le livre enquête de Marc Fernandez et Jean-Christophe Rampal publié en 2005, La ville qui tue les femmes. Enquête à Cuidad Juarez et le film, Les Oubliées de Juarez (Bordertown), réalisé par Gregory Nava (2007) et interprété par Jennifer Lopez, Antonio Banderas et Martin Sheen, le livre de Marie France Labrecque mène une réflexion profonde sur les raisons de ce
« féminicide ».

Pourquoi cette ville et pourquoi la permanence de ces crimes qui ciblent presque exclusivement de jeunes travailleuses de ces fameuses maquiladoras des villes frontières ? Presque exclusivement car des cas de jeunes femmes, touristes, se sont ajoutés aux assassinats perpétrés dans cette ville. Impunité et corruption sont liées pour expliquer la situation qui perdure dans toute son horreur pour une raison majeure qui domine tous les cas de figure et les hypothèses envisagées : le patriarcat. Car il est impossible d’imaginer que plus d’un millier de crimes commis de manière atroce et depuis des années demeure sans solution.

Le livre de Marie France Labrecque, Féminicides et impunité. Le cas de Cuidad Juarez, basé sur une recherche approfondie des textes et des témoignages, apporte un éclairage autre qu’évènementiel de la situation et explore les diverses hypothèses, de même que les enjeux politiques, nationalistes sur fond d’intérêts des cartels de la drogue et de la police locale.

Comme l’écrit Diane Lamoureux dans sa préface : « On ne saurait trop insister sur le lien entre la violence socioéconomique et la violence sexuelle et sexuée. De la même façon que l’évolution récente de l’économie tend à anthropomorphiser le marché (puisqu’il a ses humeurs, ses volontés) et à réifier les travailleurs et les les travailleuses qui deviennent, comme les vieilles chaussettes sales, redondants et superflus, la violence sexuelle et sexuée, surtout à l’échelle de Juarez, tend à transformer les femmes en victimes anonymes, en mortes qui, même vivantes, ne méritaient pas le respect et qu’on peut impunément abandonner sur les terrains vagues. Et celles qui les défendent, qui cherchent à leur redonner leur humanité, doivent aussi mourir pour
que le crime soit parfait et ne soit même plus considéré comme
un crime. »

On comprend mieux alors comment le trafic, la déshumanisation, l’exploitation des femmes dans les usines frontières, la prostitution et les assassinats des femmes perdurent en toute impunité avec la complicité directe ou indirecte des autorités.

Féminicides et impunité. Le cas de Cuidad Juarez de Marie France Labrecque


Les oubliées de Juarez réalisé par Gregory Nava (2007).

Ciudad Juárez est devenue synonyme de violence extrême. Cette ville frontalière du nord du Mexique, où sont établies de nombreuses maquiladoras, constitue non seulement l’un des principaux sites de la guerre sans merci que se livrent les cartels de la drogue, elle représente aussi le lieu emblématique de ce qu’on appelle aujourd’hui le « féminicide ».

Plus d’un millier de femmes ont été tuées depuis 1993 dans cette ville de 1,3 million d’habitants. Leurs cadavres ont souvent été retrouvés sur des terrains vagues ou dans le désert entourant l’agglomération, portant des marques de torture et de sévices sexuels. Toutes sortes d’hypothèses circulent sur ces crimes, mais un fait demeure : la plupart sont restés impunis.

Comment expliquer une telle impunité ? Le terme de « féminicide » s’est peu à peu imposé pour désigner cette réalité intolérable qui n’est pas propre au Mexique. S’il signifie le fait de tuer une femme pour le simple fait d’être une femme, ce concept met également en cause la responsabilité de l’État, qui se révèle incapable de garantir le respect de la vie des femmes. De plus, le fait que les femmes assassinées proviennent en général de milieux modestes et racialisés ouvre la réflexion sur plusieurs types de féminicides.

Résolument inscrite dans une perspective féministe, l’analyse de Marie France Labrecque dépeint un contexte régional et une économie globale qui renforcent la violence de genre, alors que le patriarcat est présent dans toutes les couches de la société mexicaine. C’est avec la rigueur du travail de terrain et la générosité du témoignage engagé que cette chercheuse et anthropologue féministe tente de « comprendre l’incompréhensible ».

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