DIVERGENCES 2
Revue libertaire internationale en ligne
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24 Août 1944
Déni d’histoire. Les républicains espagnols de la Nueve entrent dans Paris
Programme 2014
Article mis en ligne le 1er juillet 2014
dernière modification le 9 juin 2014

par C.P.
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« Aucun de ces hommes n’avaient la prétention d’écrire l’Histoire. Chacun d’eux, cependant, participa à elle comme combattant et témoin
d’exception. Les historiens et les politiques se sont très peu intéressés à eux. »

Evelyn Mesquida, La Nueve, 24 août 1944 : ces Républicains espagnols qui ont libéré Paris, Cherche Midi, 2011.

Quand la Catalogne tombe, en janvier 1939, après deux ans et demi de combats contre l’armée putschiste de Franco, aidée par Hitler, Mussolini et Salazar, un demi-million d’Espagnols, sous les intempéries et les bom- bardements, franchissent la frontière française. Ils sont internés dans des camps de concentration improvisés, clos de barbelés : Gurs, Argelès, Bram, Saint-Cyprien, Le Vernet-d’Ariège... Au cours des premières semaines, près de 15 000 de ces exilés, désespérés, meurent de faim, de maladie, de froid...

Devant l’imminence de la guerre avec l’Allemagne, plusieurs dizaines de milliers de ces Espagnols sont incorporés à l’effort de guerre dans les compagnies de travailleurs étrangers (CTE) ou dans la Légion étrangère. Seule alternative : le retour en Espagne franquiste, au péril de leur vie !

Avec l’Armistice, la situation s’aggrave. Aux yeux de Vichy, ces réfugiés sont des « rouges », potentiellement dangereux. L’Afrique du Nord « accueille » nombre d’entre eux ayant échappé à la répression fasciste en traversant la Méditerranée depuis les côtes espagnoles. Les autorités françaises en envoient environ 20 000 vers les camps d’internement et de discipline du Maroc, de Tunisie et d’Algérie. D’autres périssent dans des geôles vichystes ou sont déportés dans des camps nazis (comme Mauthausen, où sont morts les deux tiers des 7 200 internés). Sortis des camps français, des milliers de soldats espagnols se battent contre les Allemands, sur tous les fronts : dans les Forces françaises libres au sein de la Résistance française...

En Afrique, après des batailles contre Vichy et les divisions allemandes du général Rommel, une partie de ces milliers d’Espagnols est intégrée à la 2e division blindée (2e DB) du général Leclerc. Au sein de cette division, la 9e compagnie, la Nueve, est commandée par le capitaine français Dronne, mais les autres postes de responsabilité sont tenus par des Espagnols ; la langue de la compagnie est le castillan et une forte composante des hommes est anarchiste, antimilitariste...

Unité d’avant-garde en raison de son expérience de la guerre en Espagne, la Nueve est dotée de l’armement le plus moderne : depuis sa base, au Maroc, avec ses 22 véhicules chenillés — des half-tracks —, elle est transportée en Angleterre pour participer au débarquement. À l’aube du 1er août 1944, la compagnie débarque en Normandie. Elle participe à de violents combats et libère diverses agglomérations, au prix de nombreuses pertes. Puis elle se dirige vers Paris. L’après-midi du 24 août 1944, la Nueve traverse la ceinture de feu qui protège la ville et fonce vers le centre.
De nombreux Parisiens acclament les libérateurs : en tête de la colonne, le Guadalajara est le premier véhicule à atteindre l’Hôtel de Ville, et le lieutenant « français » Amado Granell est le premier soldat de la 2e DB à rencontrer les représentants de la Résistance. La radio annonce l’événement ; les cloches retentissent et les Parisiens sortent dans la rue. Sur l’esplanade de l’Hôtel de Ville, la foule chante la Marseillaise et les Espagnols entonnent des chants de la résistance au fascisme.

Le 25 au matin, les affrontements se poursuivent contre les diverses poches de résistance allemande. Les Espagnols de Leclerc et ceux de la Résistance parisienne com- battent ensemble. L’Estrémadurien Antonio Gutiérrez, l’Aragonais Navarro et le Sévillan Sánchez, combattants de la Résistance, rompent la défense allemande à l’hôtel Meurice ; ils entrent les premiers dans le bureau où se trouvent le général Von Choltitz, gouverneur militaire de Paris, et son état-major, les arrêtent et les remettent aux officiers de la 2e DB. Le 26 août, tout Paris est dans la rue. La Nueve est postée avec le reste de la division face à l’Arc de Triomphe, saluée par le général de Gaulle avant le début du défilé de la Victoire sur les Champs-Élysées. Le lieutenant Amado Granell ouvre la marche dans un véhicule portant la croix de Lorraine. De Gaulle et Leclerc sont escortés par les half-tracks des Espagnols de la Nueve, à la grande joie des Parisiens et des milliers de républicains espagnols qui saluent les libérateurs.

Treize jours plus tard, la compagnie repart au combat, avec toute la division Leclerc : Dompaire, Chatel, Nancy, Strasbourg... Le 27 avril 1945, la Nueve traverse le Rhin pour atteindre le nid d’aigle d’Hitler, à Berchtesgaden.

Les Espagnols de la Nueve étaient 146 quand ils débarquèrent en Normandie : ils ne sont que 16 à leur arrivée au bunker de Hitler. Les autres ont jalonné de leurs blessures ou de leurs tombes le long chemin de la Libération.

LES HOMMES DE LA NUEVE PARLENT DE LEUR COMPAGNIE

- Germán Arrúe :
« Nous n’avions pas besoin de recevoir des ordres... On se réunissait [...] et on décidait comment nous allions attaquer. »

- Manuel Fernández :
« La Nueve avait quelque chose de différent qu’on ne retrouvait pas dans les autres compagnies. Je crois que c’était le mélange d’hommes plus âgés et plus jeunes, tous avec une force et une envie de vaincre... »

L’ARRIVÉE DANS PARIS RACONTÉE PAR LES HOMMES DE LA NUEVE

- Fermín Pujol :
« Les gens nous encourageaient tout au long du chemin, courant à nos côtés, pleurant, applaudissant, saluant, chantant. L’enthousiasme était incroyable. »

- Manuel Lozano :
« Les gens étaient très surpris en nous entendant parler espagnol.
Ils n’arrêtaient pas de nous embrasser. Ce fut quelque chose d’extraordinaire ! »

- Le capitaine Dronne, parlant de ces hommes : « S’ils embrassèrent notre cause, c’est parce que c’était la cause de la liberté. »

- La Révolution sociale espagnole, Frank Mintz.

- L’exil des républicains espagnols, Geneviève Dreyfus-Armand.

- « No mataron sus ideas » : Histoire d’un exil politique ou la lutte contre l’oubli, Claire Pallas.

- Les combattants espagnols dans la résistance française et dans la Libération de Paris, Evelyn Mesquida, Véronique Salou, Guillaume Goutte.

Bajo El Signo Libertario

Un film de Les (1936, 16’)

Les anarcho-syndicalistes de la CNT réalisèrent plus de quatre-vingt films pour les seules années 1936 et 1937, notamment à Barcelone où la collectivisation de l’économie était en marche. Le secteur du cinéma passa de l’économie de marché à une socialisation des moyens de production contrôlées par les travailleurs. En 1936, le film Bajo el signo libertario (Sous le signe libertaire) ouvrait la voie au documentaire-fiction.

Les caméras du Syndicat unique des spectacles publics de la CNT filmaient les prises des premiers jours de la révolution à Barcelone et les épisodes de la collectivisation dans le village aragonais de Pina de Ebro.

Contes de l’exil ordinaire

Un film de René Grando (1989, 52’)

Le point de départ de ce document est un épisode mal connu de l’Histoire de France : l’internement dans les camps du sud de la France des réfugiés républicains espagnols. Il met en relief leur participation à la Résistance française et à tous les combats pour la libération du territoire.

Les contes de l’exil ordinaire donnent la parole à ceux qui ont vécu la guerre, l’exil, les camps et à leurs enfants qui disent à leur tour le poids et la valeur de cet « héritage » républicain. Un film avec des images d’archives exceptionnelles (photos et films d’actualité de l’époque).

La Nueve ou les oubliés de la victoire

Un film d’Alberto Marquardt (2009, 53’)

L’histoire de la Nueve, c’est celle de paysans, d’artisans, d’instituteurs,
« projetés » sans crier gare dans l’Histoire, arrachés à leur condition, leur quotidien, et qui relèvent le défi qui leur est ainsi imposé, sans faillir, jusqu’au bout, malgré les épreuves, malgré Vichy, malgré son armée, malgré les camps, ceux de la frontière puis ceux en Afrique du Nord.

C’est l’histoire que nous racontent Manuel Fernandez et Luis Royo Ibanez. Ils n’avaient pas 20 ans quand ils ont rejoint les rangs des républicains espagnols.

P.S. :

L’association 24 août 1944

Cette association a pour but de faire connaître et de cultiver la mémoire historique (écrite, enregistrée, iconographique, artistique, etc.) de la Libération de Paris en 1944, en liant cette célébration à la participation des antifascistes espagnols de la 2e DB, en exposant toutes les facettes de cette lutte commencée le 19 juillet 1936 en Espagne et continuée sur différents fronts en Europe et en Afrique, et plus particulièrement dans les maquis en France. Pour beaucoup de femmes et d’hommes, elle se prolongea dans le combat contre le franquisme, jusque dans les années 1960.

Nous prévoyons, entre autres, de réaliser des recherches, d’animer des débats, de présenter des expositions, de diffuser et de réaliser des films, de publier des documents et d’organiser des évènements commémoratifs et festifs.

Contact :
- 24aout1944@gmail.com

- http://www.24-aout-1944.org



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