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Christiane Passevant
Villes rebelles. De New York à Sao Paulo
Comment la rue affronte le nouvel ordre capitaliste mondial. Collectif (éditions du Sextant)
Article mis en ligne le 1er juillet 2014
dernière modification le 30 juin 2014

par C.P.
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Villes rebelles. De New York à Sao Paulo, comment la rue affronte le nouvel ordre capitaliste mondial

Collectif : Raquel Rolnik, Ermínia Maricato, Jorge Souto Maior, Mauro Iasi, Silvia Viana, Ruy Braga, Lincoln Secco, Leonardo Sakamoto, João Alexandre Peschanski, Carlos Vainer, Venício A. de Lima, Felipe Brito, Pedro Rocha de Oliveira, Paulo Arantes, Roberto Schwarz, Slavoj Žižek, David Harvey, Mike Davis.

Traduit du portugais (Brésil) par Antoine Chareyre (éditions du Sextant)

La vague de soulèvements et de manifestations dans le monde depuis 2011 a relancé l’idée de l’émergence d’une large prise de conscience populaire.
Ce que les médias ont qualifié de « printemps arabe » pour nommer l’irruption de révoltes de l’autre côté de la Méditerranée, ne tient évidemment pas compte, dans sa généralisation et son romantisme marchand, de la spécificité et de la complexité des mouvements, des
enjeux et des forces sociales en présence dans chaque pays et chaque région.

Si les soulèvements populaires n’ont pas généré les changements espérés par les populations, ils ont eu néanmoins des répercussions importantes
et graves. Les processus de récupération ont rapidement détourné le potentiel révolutionnaire des soulèvements, qui ont précédé des prises de pouvoir militaires, claniques, la répression brutale, l’illusion islamiste, la guerre civile, les simulacres de « démocratie ». Il fallait recycler le système sans pour autant régler les problèmes de pauvreté, du chômage, des inégalités, de la corruption ou de l’absence de services publics. Toutefois, malgré les échecs dramatiques, il n’en demeure pas moins que le silence s’est fissuré comme la léthargie consensuelle, que la parole s’est libérée, enfin que les peuples ont réalisé qu’ensemble ils représentent une force.
Et dans le reste du monde, les contestations se sont succédées comme en écho aux révoltes méditerranéennes.

En juin 2013, une série de manifestations enflamme les rues de nombreuses villes du Brésil. Le Mouvement pour le Transport Gratuit manifeste contre la hausse des tarifs des transports publics et déclenche
un soulèvement. Villes rebelles. De New York à Sao Paulo est publié en juillet 2013 et rassemble des textes d’auteur-es brésilien-nes et anglophones. Pas moins de 18 auteur-es contribuent à cet ouvrage collectif qui pose une question essentielle : « Quel est le lien entre le mouvement
au Brésil et d’autres mouvements semblables dans le monde […] ? De la place Tharir, en Égypte, à la place de la Puerta del Sol, à Madrid, de la place Syntagma, en Grèce, au parc Zuccotti, aux Etats-Unis, en passant par la place Taksim, en Turquie, ces mouvements ont transformé les places en tribunes de protestations composées en majorité de jeunes, mobilisés via
les réseaux sociaux, sans syndicats ou organisations traditionnelles. »

Villes rebelles. De New York à Sao Paulo. Comment la rue affronte le nouvel ordre capitaliste mondial est essentiel pour comprendre les révoltes spontanées qui n’ont pas besoin de chefs pour s’organiser et lutter. Le lien entre tous ces mouvements à travers le monde est en effet la spontanéité et l’absence de chefs. Ce sont des mouvements où, soudain, les individus
« privés du pouvoir de décision sur leur destin, s’emparent de ce destin comme de leur propre corps, au moyen de l’action directe. » C’est parier
sur la « rébellion du désir ». La population s’empare ainsi de l’organisation du transport et donc d’une dimension fondamentale de la vie urbaine, cela devient une « lutte pour la réappropriation de l’espace urbain ».

Comme ailleurs, le Brésil était « devenu une gigantesque fabrique du consentement ». Alors, « la résistance urbaine, les mouvements des sans-toit, les mouvements étudiants […] se sont articulés en réseaux plus larges, comme les Comités Populaires de la Coupe du Monde et Articulation Nationale ». Occupations, grèves, manifestations… « La ville est employée comme une arme en vue de sa propre reconquête ».

À Sao Paulo : « la ville est employée comme une arme en vue de sa propre reconquête […] la population lance contre elle-même le système de transport chaotique des métropoles, qui donne la priorité au transport individuel et abandonne ces métropoles au bord de l’effondrement.
Dans ce processus, les gens prennent collectivement les rênes de l’organisation de leur propre quotidien. »

Les contributions qui composent cet ouvrages n’offrent pas la même analyse, bien au contraire, elles participent à la construction d’une pensée subversive dans ses différents aspects. D’où l’intérêt de ce livre écrit à chaud, au cours des mouvements de protestation. « Les villes sont le lieu principal où s’opère la reproduction de la force de travail. » Et c’est aussi un produit, « pour les capitaux qui empochent » des bénéfices, des intérêts et des revenus.

La coupe du monde de football s’achève, mais le Brésil vivra les deux années qui viennent la préparation de Jeux olympiques qui se s’organisera contre la population, encore une fois, au détriment des services publics et de la vie urbaine en général.

Villes rebelles. De New York à Sao Paulo. Comment la rue affronte le nouvel ordre capitaliste mondial



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