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La banlieue du « 20 heures ». Ethnographie de la production d’un lieu commun journalistique
Jérôme Berthaut (Agone)
Article mis en ligne le 1er juillet 2014
dernière modification le 30 juin 2014

par C.P.
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La Banlieue du « 20 heures »

Ethnographie de la production d’un lieu commun journalistique

Jérôme Berthaut (Agone)

Avec la précarisation du métier de journaliste et la place de plus en plus considérable accordée à la COM au détriment de l’info, on peut se demander si les représentations normées ne vont pas envahir complètement l’espace de l’information. C’est déjà le cas pour les journaux télévisés, dont le format obligé ne laisse guère de place à l’analyse, encore moins à l’analyse contradictoire, sinon sous forme de polémiques stériles, histoire de créer du spectacle sur mesure. Aucune surprise à prévoir de ce côté. Le temps restreint de parole régit le moindre commentaire et les nouvelles terminologies participent à « une forme de prêt-à-penser immédiatement opératoire ».

Le Prime Time règne sur l’info aussi sûrement et efficacement qu’une armée de censeurs. Le journal du 20 heures, phare du concept, est cadré et distillé comme prêt-à-penser obligé. Ce cadre de traitement de l’information fait que certains événements sont placés sur le devant de la scène pour en écarter d’autres, afin de fabriquer des « réputations », des slogans, qui font écho à des volontés politiques et ont la force des clichés transformés en jugements lapidaires et sans appel. Il ne s’agit pas là seulement d’analyses pouvant être qualifiées de primaires, mais bien de volonté délibérée de la part de la hiérarchie pour coller à la stratégie de la chaîne, puisqu’il est plus particulièrement question de télévision dans le livre de Jérôme Berthaut.

Dans La Banlieue du « 20 heures ». Ethnographie de la production d’un lieu commun journalistique, Jérôme Berthault propose « d’analyser la façon dont la fabrication d’un reportage “banlieue” favorise la mobilisation, au sein des rédactions, d’un stock de représentations, de normes et de pratiques professionnelles. » Autrement dit, comment « se construit à travers l’imbrication fine de différentes formes de socialisation au métier et contribue ainsi à la pérennisation et à l’actualisation des formes contemporaines de traitement médiatique des quartiers populaires. »

La Banlieue du « 20 heures » est une parfaite illustration du conformisme et des dérives de la profession. Le rôle des rédactions est essentiel, de ce point de vue, comme « lieu d’inculcation de normes, participant au maintien des pratiques et à la production de discours stigmatisants. » Point n’est donc besoin de censure, elle est intériorisée. Et la scénarisation médiatique prend le pas sur l’information qui devient un produit. Les infos se gèrent à présent comme la pub !

Reste à imaginer les moyens pour contourner le cadre d’une information normée et policée ou en détourner le processus. Pour le dire de manière plus directe, combien de temps encore les journalistes vont-ils et vont-elles accepter les injonctions de leur hiérarchie et ne pas réellement faire leur métier ?



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