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Philomène Le Bastard
Je ne suis pas lui
Film de Tayfun Pirselimoglu
Article mis en ligne le 1er juillet 2014
dernière modification le 30 juin 2014

par C.P.
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Je ne suis pas lui  [1] ou l’histoire d’un type ordinaire et sans âge qui semble exister par habitude. Nihat est aide-cuisinier à Istanbul et sa vie, monotone
et routinière, se résume à son travail, les repas solitaires pris devant la télé et des virées glauques avec ses collègues et des prostituées, au bord de l’autoroute.

Nihat est comme absent, étranger à la vie qu’il mène, étranger ou de passage en quelque sorte. Le jeu du comédien passe par le regard et son visage, impavide. Son quasi silence accentue l’impression d’absence. Dans l’appartement de Nihat, qui lui ressemble — morne et impersonnel —, la télé monopolise l’attention, comme une indication de vie. Peu à peu, cependant, le réalisme fantastique de Tayfun Pirselimoglu s’installe dans la trame narrative du récit. Du miroir banal accroché au mur jaillit l’insolite, l’image reflétée y demeure alors que la pièce est vide, l’image de Nihat, en décalage avec le temps.

Au cours d’une des virées où Nihat est entraîné par ses collègues, il est arrêté et incarcéré. Les deux autres se sont enfuis par peur du scandale.
Le prisonnier avec lequel il partage une cellule ne porte qu’une seule chaussure. Sans dire un mot, il tape sur les barreaux de manière méthodique. Un policier le frappe. Au réveil de Nihat, le prisonnier a
disparu.

Durant l’incarcération, l’univers de Nihat semble avoir basculé.
Une de ses collègues, dont le mari purge une peine de prison, l’invite à dîner. Il accepte, d’abord avec méfiance, sans parler ou très peu,
Puis la relation se développe et, constatant sa ressemblance avec le mari prisonnier, il s’approprie peu à peu l’identité de ce dernier. Peut-être y voit-il l’occasion d’une seconde vie, la porte de sortie d’un univers morne.

La jeune femme disparaît au cours d’une promenade en barque après qu’il se soit endormi. Il la découvre morte sur la plage et se fait passer pour son mari auprès des policiers venus constater le décès. Chaque fois qu’il s’endort, les séquences se brouillent dans un espace-temps décalé, les identités aussi… Rêve ou réalité ?

Il reste dans l’appartement de la morte et usurpe définitivement l’identité de Necip, le mari. Il croise la femme, ou son sosie, devenue blonde et prostituée. Peu de temps après, il est arrêté sous sa nouvelle identité et a beau dire, Je ne suis pas lui, il est arrêté. Le véritable Necip prend un bateau et Nihat se retrouve dans la même cellule qu’auparavant, avec le même prisonnier qui reprend sa chaussure pour taper sur les barreaux.

Le retour à la même scène n’a pas de réponse, on ne sait pas si la chronologie du récit est déstructurée, s’il a imaginé l’usurpation d’identité, les scènes vécues, s’il est les deux personnages Necip et Nihat.

Le film est troublant, à la limite de l’anticipation et du réalisme, et l’on retrouve l’univers onirique de Tayfun Pirselimoglu (Hair, 2010), entre l’étrange et le récit poétique.

Notes :

[1Je ne suis pas lui (I am not him) de Tayfun Pirselimoglu (Turquie, 2h 04mn). Scénarion : Tayfun Pirselimoglu. Image : Andreas Sianos. Son : Fatih Aydogdu. Montage : Ali Aga. Musique : Giorgos Koumendakis. Avec Ercan Kesal, Maryam Zaree, Rıza Akın, Mehmet Avcı, Nihat Alptekin.



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