DIVERGENCES 2
Revue libertaire internationale en ligne
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Christiane Passevant
La Fille des camps
Nadia Sweeny (Michalon)
Article mis en ligne le 1er juillet 2014
dernière modification le 9 juin 2014

par C.P.
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La fille des camps, c’est Nadia, une jeune journaliste française qui
décide de s’installer en Cisjordanie, d’y travailler, et d’y faire sa vie avec
un réfugié palestinien. Belle histoire d’amour et d’engagement, si la réalité de la situation, la violence quotidienne de l’occupation militaire israélienne, les tensions qui en découlent, mais aussi les coutumes dont Nadia ignore
les codes, n’avaient, au fur et à mesure de son installation dans un camp
de réfugié-es, près de Naplouse, changé la nature de la relation du couple. Les malentendus, l’indépendance de la jeune femme, son romantisme s’ajoutent à la pression sociale et enveniment le rapport passionnel des deux jeunes gens qui se délite jusqu’au drame…

« Ce voyage a été un rite initiatique, [explique l’auteure]. Une expérience douloureuse au cours de laquelle les initiés sont soumis à des tortures et des tests difficiles, mais apprennent en parallèle à connaître les profondeurs de l’humain, leurs propres limites. Moi, comme beaucoup d’autres, j’appartiens au monde dans sa diversité. Je suis d’ici et de là-bas. Je suis
eux et nous, riche d’une pluralité que je veux aujourd’hui cultiver et assumer. »

La fille des camps est à la fois un roman personnel, une expérience intime, et la description détaillée de la vie quotidienne dans les camps
et les villes palestiniennes. Un témoignage extrêmement intéressant
car il provient d’une observatrice extérieure, mais intégrée dans la société palestinienne. Les check points, les incursions militaires israéliennes,
leur signification et les enjeux politiques, les conséquences de l’occupation militaire, les emprisonnements, les morts, les conflits entre fractions politiques palestiniennes, tout est évoqué et permet de mesurer les
dégâts à terme de la situation sur les populations.
L’impact de la militarisation est dramatique, le racisme d’une société
qui en occupe une autre a des implications pernicieuses et extrêmement graves. La haine et la duplicité s’installent. La propagande joue également sur le changement des perceptions. Comme l’écrit Nadia Sweeny dans La fille des camps, ceux que l’on juge terroristes d’un côté sont les martyrs et les héros de l’autre.

Nadia, la multiculturelle, fait le difficile apprentissage de la dépendance
sans d’abord réaliser qu’elle est piégée entre, d’une part, l’occupation militaire israélienne et les bombardements qui engendrent des liens pour résister à l’horreur et à la peur et, d’autre part, le poids des traditions, les violences conjugales et le « crime d’honneur ». Lorsqu’elle comprend et en prend la mesure, elle se rebelle, mais les risques sont énormes.
« Je suis arrivée d’un autre temps, avec des bagages plus lourds et une conscience plus vive. J’ai franchi un cap.
Pas celui de l’insensibilité, mais celui de la maturité. Je suis partie avec la naïveté, la curiosité et la spontanéité d’une adolescente, je suis revenue avec la lucidité parfois douloureuse d’une adulte. »

La fille des camps est le roman et l’enquête d’une jeune femme qui rêve d’associer son engagement politique, son itinéraire professionnel et sa vie personnelle au cœur d’une situation extrême, dans un territoire sous occupation militaire. Dans un récit rythmé, elle se confie sans complaisance et traite les événements dans un journal au jour le jour.
Une expérience forte et unique.



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