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Christiane Passevant
My sweet Pepper Land
Film de Hiner Saleem
Article mis en ligne le 30 mars 2014
dernière modification le 23 mars 2014

par C.P.
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My sweet Pepper Land

Hiner Saleem

Sortie sur les écrans le 9 avril 2014.

Premier acte officiel de la « démocratie » irako-kurde : une pendaison où il faut se reprendre à plusieurs fois pour l’exécuter. Toute la scène est traitée sur le mode de l’humour absurde. Baran, combattant pour la liberté du Kurdistan irakien, ne le supporte pas et démissionne. Mais de retour dans son village, il se heurte à la volonté de sa mère de la marier à tout prix. Défilé de promises sous l’œil goguenard de Baran qui n’en peut mais… À bout de patience et voyant qu’il ne peut rien contre les coutumes, il reprend sa démission et demande à être nommé très loin et là où l’on aura le plus besoin de lui.

C’est ainsi qu’il part aux confins Nord du pays, à la frontière du Kurdistan turc, où résiste une armée de partisanes kurdes. Dans la région, tout le monde est armé, les trafiquants qui dirigent la zone sous la férule du caïd
local, Aziz Aga, les maquisardes turques, et Baran censé rétablir l’ordre, sans espérer aucune aide, face une mafia qui fait la pluie et le beau temps, aux incursions des résistantes et aux raids militaires turcs. My sweet Pepper Land [1] de Hiner Saleem décrit un quotidien rude dans des paysages sauvages et magnifiques.

« Tout ce que je voyais [commente Hiner Saleem] me rappelait le Far West des westerns américains que j’aime : les montagnes, les vallées sauvages et les villages parsemés dans les steppes. D’anciens combattants sont devenus shérifs, certains mercenaires et d’autres businessmen. La frontière du Kurdistan avec l’Iran et la Turquie est le lieu de passage de tous les trafics. On échange du pétrole contre des médicaments souvent périmés avec les Turcs. Parfois, c’est de l’alcool pour les officiers iraniens, jusqu’au concentré de tomate pour les Kurdes. Car le pays importe tout. »

Dans cette ambiance de western arrive la maîtresse d’école, Govend,
qui revendique son indépendance face à des coutumes ancestrales, qu’elle respecte pour certaines, mais rejettent absolument lorsque elles sont imposées parce qu’elle est une femme. Govend va se heurter aux trafiquants, qui voient d’un mauvais œil les incursions du maquis turc pour des médicaments parce que cela attire l’attention des militaires et donc freine leur commerce, mais aussi ses velléités d’indépendance. Mauvais exemple pour la communauté et remise en question de leur pouvoir.
On apprend d’ailleurs que Aziz Aga a collaboré avec les militaires turcs pour
la répression du maquis turc.

Des guerres, des luttes ne restent que des ruines et de la violence, et si l’Irak est devenu un État fédéral depuis la chute de Saddam Hussein, si les Kurdes ont obtenu une certaine autonomie, il n’en demeure pas moins que la construction de routes, des infrastructures nécessaires ne se décrète pas.
Les mentalités n’évoluent pas aussi facilement.

Le statut des femmes, par exemple, quel est-il dans le Kurdistan irakien ou dans le maquis turc ? Dans le film, une des combattantes dit avoir pris le maquis pour se sentir plus libre. L’ouverture du pays côté irakien à la
« démocratie » ne change pas la vision patriarcale traditionnelle. Govend incarne cette volonté d’indépendance des femmes. Elle est institutrice et revendique des droits égalitaires en reconnaissant certains aspects de la tradition. Elle est vigilante, sait se conduire, mais refuse de se plier aux codes ancestraux de l’honneur de la famille, symbolisé par une femme entièrement soumise aux « mâles ». My sweet Pepper Land met en scène des femmes, soit cultivée, soit militantes qui montrent le changement qui, malgré tout, est amorcé.

Les témoignages de femmes médecins, professeures ou institutrices, ayant travaillé dans des villages, ont inspiré le rôle de Govend, interprétée avec force et subtilité par Golshifteh Farahani qui interprète elle-même ses propres compositions sur un superbe instrument. On se souvient de la détermination de son personnage dans Syngue Sabour de Atiq Rahimi (2012) ou de son interprétation dans À propos d’Elly de Asghar Farhadi (2009). Elle s’imposait. Les violences patriarcales, l’oppression sont présentes dans les trames de ces récits.

La jeunesse d’un pays, sorti d’années de lutte et de répression, ne peut cependant qu’attendre plus de liberté et revendiquer des changements, notamment du statut des femmes. « Mon cinéma, [déclare Hiner Saleem] s’est toujours porté sur ces questions. Par ailleurs, né dans un pays musulman, je suis particulièrement sensible à la question du statut de
la femme dans notre société. Dans le Kurdistan d’aujourd’hui, les
femmes espèrent trouver une nouvelle identité, un nouveau rôle social et politique. »

Notes :

[1My sweet Pepper Land de Hiner Saleem (2013). Scénario : Hiner Saleem en collaboration avec Antoine Lacomblez. Image : Pascal Auffray. Son : Miroslav Babic. Montage : Sophie Reine, Clémence Samson, Juliette Haubois. Musique originale composée et interprétée par Golshifteh Farahani. Avec Golshifteh Farahani, Korkmaz Arslan, Suat Usta, Mir Murad Bedirxan, Tarik Akrevi, Véronique Wüthrich.

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