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Nicolas Mourer
Mon mec
Article mis en ligne le 22 juillet 2014

par C.P.
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Certains sont intrigués et se demandent s’il a des érections. D’autres nous regardent sortir du bateau-mouche en nous prenant en photo, parce qu’il boite. Bête de foire que ça fait dans leur tête. C’est d’voir comment les escaliers qui mènent aux chiottes sont tant colimaçonnés dans le bas du bar que t’as le temps de te faire dessus avant d’arriver là-haut, à la cuvette du Seigneur. Il fait pas beau, pas bon être handicapé, et en plus quand t’es pas sous les tropiques… Heureusement, mon mec, il a un peu de blé pour se payer le taxi, un patron qui le comprend, parce que son patron a aussi un fiston qu’a des mouises, aux genoux, aux coudes, ailleurs, tu connais toute l’histoire. Seulement, quand t’es pédé, handicapé, manquerait plus que tu t’appelles Mouloud et là tu rejoues Mission Impossible avec les galères de pectoraux, de fusils, et la daube US. Ou alors on te file une palme d’or avec Zidane, le coup de boule et les zhonneurs du Président.

J’dis pas qu’on vit mal avec mon amoureux, on vit à deux, c’est ça qu’est fort. Mais franchement, y’a trop de réalité, trop de murs, trop de caniveaux qui penchent du côté où tu vas tomber, que chaque millimètre que tu avances avec lui, on s’aime un peu plus fort. Sinon t’es foutu. Les autres, tu les entends : favoriser l’accès… améliorer les passages… permettre aux plus fragiles… Ca manque pas d’air, pas de pérorer sur ton beau futur lointain la canaille des faubourgs, mais ça fait rien, ça pérore, y’a pas de verbe autre que ce machin-là : du blabla.

Moi j’veux un monde où qu’y a des accès partout, pas de digicode, des petites surprises dans des boîtes à zamour pour mon loulou, du cacao qui fait chaud dans l’gosier, des gens qui font des câlins, des conneries de temps en temps mais… surtout rien, rien qui nous sépare. Faudrait d’abord tout couper, tout détruire, tout raser, tout recommencer : la citrouille à zéro. Et puis tu fais un monde où qu’t’as pas peur avec des gens qui te filent un coup de pouce pour chaque pas.

En fait, je sais pas, il faudrait qu’on soit des femmes, oui. Si tu veux, oui, des femmes criminelles, même si ça n’existe pas parce qu’une femme criminelle, tu lui as déjà tout pardonné, toujours déjà tout pardonné. Ca existe pas ce truc là, « famcriminel ». Ouais, avec des femmes on s’y sentirait bien, on s’y sentirait plus Nahdinecapé ! On s’rait libre : plus besoin de sécurité, on barrerait le mot de la liste. Y’aurait pas de garages, pas de bagnoles, pas de décapsuleurs, on ferait tout comme ça, tout près de lui, de moi, de nous, tout près de mon loulou. On n’aurait plus honte de faire pipi assis. On s’rait r’lâchés, on reprendrait notre liberté. On marcherait à notre rythme, la ville toujours en fête, en joie, en vie. On f’rait l’amour doucement, en prenant notre temps. On s’rirait pas de nous. Y’aurait toujours plein de filles pour mon loulou. Il est bien avec les filles. Je le regarde de loin, il a peur d’être seul. Elles l’attrapent, lui font des caresses dans les cheveux, et même il danse oui !! Fallait-il attendre la féminie comme royaume pour être heureux.

Mon mec, il est handicapé comme les autres. C’est le monde qu’on plaindra toujours, c’est pas lui qui va nous plaindre, ça non ! Par contre, c’est nos verres qu’on va remplir, avec du rire, des pieds légers qui sautillent, des gants cachant des mains qui chantent sur nos visages et le reste dis donc, souviens-toi du père Léo et sa ferraille dans la voix, moi je leur dis à ces idiots de colons-là : T’es Rock, coco ?

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