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Philomène Le Bastard
Métabolisme ou quand le soir tombe sur Bucarest
Film de Corneliu Porumboiu
Article mis en ligne le 30 mars 2014
dernière modification le 21 mars 2014

par C.P.
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Sortie sur le écrans le 16 avril 2014.

Premier plan, intérieur d’une voiture. Le réalisateur, Paul, explique à sa comédienne, Alina, son idée du film et sa décision de tourner une scène de nu avec elle. Pour la convaincre, il lui dit que plus tard elle aimera se regarder. On comprend alors qu’il a une relation avec elle, que cette scène n’était pas prévue dans le scénario, mais tout semble très abstrait du fait que les personnages ne sont visibles que de dos, dans le même cadre avec défilant en fond un paysage urbain. Les personnages, presque en ombre chinoise, dialoguent mais les sentiments ne transparaissent pas.

On reste très extérieur et le regard hésite entre un film ou un exercice de style, car les plans séquence s’enchaînent avec une caméra fixe, sans gros plans, et des dialogues interminables. On assiste aux répétitions, aux discussions avec la productrice, aux hésitations du réalisateur et à ses exigences vis-à-vis de la comédienne qu’il enferme dans des a priori de jeu. Il cherche, mais sans laisser de place à l’improvisation ou à l’intuition de la jeune femme. C’est l’élaboration d’un film, en tâtonnant. Il s’agit d’un cinéaste en crise, un cinéaste qui se cherche… entre son obsession d’ulcère et son inaptitude à s’impliquer dans une relation amoureuse, un cinéaste perdu au cours du tournage de « son » film d’auteur qui se veut engagé. Finalement, on reste sur sa faim par rapport aux coulisses de la création.

Drôle d’idée pour un tournage ! Corneliu Porumboiu explique que le
scénario est né d’un projet de loi « qui devait changer le fonctionnement du cinéma ». Pour obtenir une aide, il était en effet question de « présenter
non pas un scénario, mais un découpage précis », chaque scène devant
être déterminée par avance pour sa durée et son cadre. Aucune place donc à l’improvisation ou à la magie d’une scène s’échappant d’une écriture préalable. C’est cette contrainte qui transparaît en fond de jeu de chaque scène, la recherche dans la contrainte. S’ajoute le problème de communication d’un réalisateur autocentré, joué avec brio par Bogdan Dumitrach, qui applique les contraintes sans pour autant les expliquer ou les accepter.

Métabolisme ou quand le soir tombe sur Bucarest [1] est un film qui se voit à plusieurs niveaux de compréhension. Par exemple, le long plan séquence dans le restaurant où sont attablés Paul et Alina installe une complexité du rapport dominant/dominé entre le réalisateur et la comédienne, Alina semble consciente et réplique, décidée à ne pas être reléguée au rôle de sujet. Les rôles s’inversent en quelque sorte et le maître du jeu, le réalisateur, dévoile sa fragilité, sa peur et son indécision.

Élaboration d’un tournage sous contrôle extérieur, Métabolisme ou quand le soir tombe sur Bucarest reste suspendu à l’idée d’un film qui n’aboutira pas. Corneliu Porumboiu dit avoir voulu « retourner la caméra sur le métier de réalisateur, de donner à voir un travail, une méthode et un projet en train de se réaliser. Regarder l’envers du décor. » Mais ce qu’il ressort, c’est une impression entre réalité et fiction où se meut un homme paumé entre le projet sur lequel il travaille, la relation qu’il entame avec la comédienne, sa peur de la maladie et la pression de la production.

Notes :

[1Métabolisme ou quand le soir tombe sur Bucarest de Corneliu Porumboiu (Roumanie-France, 1h 29 mn). Avec Diana Avrămuţ, Bogdan Dumitrache, Mihaela Sîrbu. Le film a été présenté en Sélection Concorso internazionale au 66ème Festival De Locarno 2013, en sélection officielle au
Festival Ciné 32 Auch, au
New York Film Festival, au Lisbon & Estoril film Festival, au
Festival International du Film de Toronto.

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