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Christiane Passevant
Le rapport Brazza. Mission d’enquête du Congo : rapport et documents (1905-1907)
(Passager clandestin)
Article mis en ligne le 30 mars 2014
dernière modification le 13 mars 2014

par C.P.
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Le rapport Brazza. Mission d’enquête du Congo : rapport et documents (1905-1907) est l’un des textes rares permettant de prendre la dimension réelle des méfaits du colonialisme et des moyens qui ont été développés pour justifier les massacres, les déplacements de populations, la destruction des liens sociaux, des cultures, ceci pour établir des empires coloniaux et, donc, avant tout, pour une logique de profit.

Texte rare que ce Rapport Brazza, car peu de voix se sont élevées pour informer sur les méfaits de la colonisation, ses pratiques quant au traitement des populations autochtones et les exactions des “ requins et
des négriers ”. L’idée de « mission civilisatrice » offerte aux « sauvages » était évidemment mise en avant pour faire passer les horreurs perpétrées dans les pays colonisés. Mais comme l’explique Patrick Farbiaz dans son livre, Désobéir au colonialisme, « la colonisation ensauvage aussi le colonisateur. »

Dans le consensus de l’approbation et du silence sur ce qu’enduraient les populations sous contrôle colonial, Paul Vigné fut l’une de ces quelques voix avec La sueur du burnous, publié en 1911 dans La Guerre sociale, Félicien Challaye en fut une autre avec les Souvenirs de la colonisation, republiés sous le titre de Livre noir de la colonisation, deux ouvrages réédités par les éditions Nuits rouges. Et enfin, un peu plus tard, Cent ans de capitalisme en Algérie (1830-1930). Histoire de la conquête coloniale de Robert Louzon (réédité par Acratie). Le rapport Brazza. Mission d’enquête du Congo : rapport et documents (1905-1907) fait suite à ces ouvrages et les complète dans l’analyse et le témoignage sur le fait colonial.

Ouvrage essentiel, car s’il avait été demandé pour information, au vu des témoignages et des faits accablants, il n’avait jamais été publié et avait disparu dans une de ces trappes que l’histoire officielle garde secrète. « Pour rendre [ce rapport] inoffensif, de telles coupures seraient nécessaires qu’en fin de compte il n’existerait plus » (Note au sujet de la publication du rapport, 1906).

Mais finalement aujourd’hui, la représentation de l’autre, de l’étranger, de l’immigré-e, — arabe, rom, africain, ect. —, représentation diffusée et intégrée au XIXe siècle, a-t-elle changé ? Le racisme et la discrimination vis-à-vis des « barbares dans les cités » comme l’écrivait Jean-Pierre Garnier, les bavures… n’est-ce pas la conséquence ou la suite logique de l’idéologie coloniale du XIXe siècle ?

Le rapport Brazza. Mission d’enquête du Congo : rapport et documents (1905-1907) est un ouvrage de référence pour déconstruire une théorie
selon laquelle le colonialisme n’aurait pas été une entreprise négative !

Les origines d’un secret d’état

En 1903, le journaliste britannique Edmund Morel entreprend de lancer une campagne européenne contre les abus du « caoutchouc rouge » (sanglant) de l’État indépendant du Congo, le futur Congo belge, alors soumis au pouvoir discrétionnaire de Léo- pold II, roi des Belges. Côté Congo français, les abus sont réputés moins criants. Néanmoins ils sont assez réels pour provoquer quelques remous dans la presse et au parlement au cours de l’année 1904-1905.

En 1905, pour tenter de faire taire les rumeurs et calmer l’impatience des autres puissances coloniales de la région, les autorités françaises se sentent obligées de dépêcher sur place une mission d’inspection.

Telle est l’origine de la dernière mission en Afrique de Pierre Savorgnan de Brazza, partie le 5 avril 1905 de Marseille, qui entraîna la mort de l’explorateur, le 14 septembre 1905, à l’escale du retour à Dakar. Le rapport qui fut rédigé par le ministère à partir des archives de la mission, jugé explosif, ne fut jamais publié. Il fut oublié et on le crut perdu...

Le rapport Brazza met en lumière un système inefficace, coûteux pour l’État et surtout à l’origine d’abus massifs et intolérables. Il montre le poids exercé par les intérêts privés sur la politique coloniale.

Il prouve que l’administration française ne pouvait ignorer ces dérives, qu’elle les tolérait et que, dans une certaine mesure, elle les couvrait.

La mémoire difficile du passé colonial (extrait de la préface)

« Tout se passe comme si on avait affaire à un cas d’amnésie collective, ou plutôt à une volonté collective de ne pas savoir, de ne pas se souvenir. Pendant des décennies, ce n’est pas qu’on oubliât Pierre Savorgnan de Brazza lui-même — on le célèbre encore aujourd’hui —, mais on ne s’intéressa pas à son ultime rapport. Pire, on se convainquit qu’il était désormais impossible d’en prendre connaissance. Lorsqu’il était cité, c’était bien souvent pour en déplorer l’absence ou la disparition. On supposa en outre qu’il ne présentait pas d’intérêt, puisqu’il avait été établi par une commission coloniale peu transparente.

En définitive, personne ne semble avoir eu l’idée toute simple d’aller le chercher là où d’évidence il se trouvait : dans les archives du ministère des Colonies d’une part, ouvertes jusqu’en 1920 dès la deuxième moitié du XXe siècle, et dans celles du Quai d’Orsay d’autre part. Ce manque de curiosité, ou plutôt ce désir, inconscient ou non, de ne pas inventorier le passé colonial, dure encore aujourd’hui. La raison d’être de la présente édition est, sur des faits précis, d’établir aussi fidèlement que possible le savoir tel que nous l’ont transmis des documents originaux, inédits, abondants et librement consultables, seule façon de prendre sereinement connaissance de la totalité de notre passé ».



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