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Christiane Passevant
Vision anticipée… à peine
Her. Film de Spike Jonze
Article mis en ligne le 30 mars 2014
dernière modification le 20 mars 2014

par C.P.
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Anticipation… Imaginer un monde dans un futur proche, ses transformations, les dérives d’un système, les changements radicaux de société, et pourquoi pas des aliens venus d’ailleurs, à commencer de nos imaginations et pas forcément d’autres galaxies… Pure imagination ? Peut-être. Il n’empêche que quelques décennies plus tard, on est surpris de voir que ce qui était jugé comme du fantasmatique ou des élucubrations s’avère parfois refléter une réalité en devenir, sinon possible.

On le voit bien dans la littérature si prolixe des années 1950 et 1960 et bien entendu aussi dans le cinéma, notamment avec le dernier film de Spike Jonze, Her, qui décrit un monde aseptisé — c’est tourné dans le centre urbain de Shangaï, version Los Angeles poussée un peu plus loin dans la déshumanisation du décor — où chacun et chacune vit dans sa bulle, mais connectée bien sûr. Le personnage central, Theodore, écrivain public nouvelle manière pour individus en mal d’écriture, est paumé et vit difficilement sa rupture avec sa compagne.

À l’ultra modernité du décor est accolé un conservatisme surprenant des rapports et des sentiments. Son ex-femme est une amie d’enfance, ses relations amoureuses ne dépassent pas le coin de la rue, bref tout est parfaitement codifié, classé. Boulot, métro, dodo dans son appart avec vue panoramique sur des gratte-ciels qui ressemblent à des jeux de legos, parfaitement irréels et sans aucun caractère… Des maquettes posées qui accentuent encore l’impression de solitude des êtres humains qui y vivent. Et Theodore s’ennuie dans un monde où les rencontres fortuites, par hasard n’existent plus et passent obligatoirement et en permanence par le net : la communication gérée par les tuyaux !

S’il y a quelques années, on souriait de ces personnes conversant avec bruyamment avec leur portable collé à l’oreille, c’est maintenant devenu la norme. Dans ce monde hyper connecté, Theodore s’ennuie donc et commande un nouveau logiciel pour esseulé-es avec lequel on peut converser, partager, rire… comme avec une compagne ou un compagnon !
Sceptique, mais curieux, devant les questions posées pour définir son profil, il choisit une voix féminine et commence alors une série de conversations avec une femme désincarnée. La voix est sexy à souhait — Samantha interprétée vocalement par Scarlett Johanson —, et se tisse peu à peu un lien entre Theodore et cette intelligence artificielle modelée selon ses désirs exprimés à la commande. Une cyber romance est née. Ce n’est pas Blade Runner, c’est plutôt Un Logique nommé Joe de Murray Leinster, une nouvelle des années 1950 où l’ordinateur gère la vie des familles, jusqu’au moment fatidique du bug et la machine prend des initiatives…

Spike Jonze avait déjà réussi un film très surprenant avec Being John Malkovich (Dans la peau de de John Malkovich, 1999) et celui-ci y fait penser par l’utilisation de comédien-nes à contre emploi ; en l’occurrence
dans Her, la mise en scène d’un Joaquin Phoenix falot, à peine audible et
qui se prend les pieds dans le tapis dès qu’il s’agit de sentiments réels et
personnels. Une « Love story » comme l’annonce la promotion ? C’est plutôt contrôle des affects par le net, incommunicabilité et cauchemar à la meetic, non ?

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