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Revue libertaire internationale en ligne
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Christiane Passevant
La femme du ferrailleur
Film de Danis Tanovic
Article mis en ligne le 30 mars 2014
dernière modification le 13 mars 2014

par C.P.
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Sur les écrans depuis le 26 février 2014.

La femme du ferrailleur [1] est la retranscription d’un fait divers réel joué par les protagonistes eux-mêmes. Danis Tanović a filmé en 9 jours, en lumière naturelle, avec une Canon 5D et a utilisé toute son expérience de documentariste pour transcrire en images une réalité sans artifice. Une enquête sociale très forte où le récit, sous forme de documentaire fiction, accentue l’impression d’extrême précarité et crée un climat troublant, plaçant ainsi le public au cœur d’une histoire inextricable. Celle-ci est cependant présentée sans affect ni dramatisation, dans une narration filmique brute et linéaire.

Bosnie. Histoire ordinaire d’une femme, Senada, dont le couple se trouve entraîné dans une situation sans alternative. Et si l’on songe
au présent de Senada et de son compagnon Nazif, au manque de solidarité de la part des autorités locales, cela ressemble fort au futur qui se profile en France et en Europe concernant les soins, il est certain que ce film prend une dimension sociale très réelle.

Survivre est la préoccupation principale de cette famille avec leur deux fillettes. Le père pique du bois dans la forêt proche pour chauffer la maison et cuisiner, ferraille dans une déchetterie sauvage, découpe des épaves, et Senada s’occupe de la maison et des enfants. Le jour où elle est saisie brusquement de violentes douleurs au ventre, la spirale de l’irrémédiable s’enclenche. Aux urgences de l’hôpital, le médecin diagnostique une fausse couche qui nécessite un curetage pour éviter une septicémie. Mais le couple n’a pas de couverture sociale et doit payer l’opération cash, pour Nazif c’est une fortune et il ne peut y faire face. Il supplie alors le médecin et son assistante, promet de rembourser par la suite, mais les consignes du directeur de l’hôpital sont strictes : pas d’opération sans couverture sociale ou paiement comptant.

S’enchaînent alors plusieurs aller-retours sur fond de centrale nucléaire
et plusieurs tentatives auprès de l’hôpital, puis d’associations
qui contactent les autorités, mais rien n’y fait. Senada se résigne à la souffrance, veut abandonner et se laisser mourir. Nazif, lui se bat contre
la fatalité, ce qui pose la question : que ferions-nous, confronté-es au
refus des soins lorsque la vie et la mort sont en jeu ?

Le film est tiré d’une situation réelle où Senada et Nazif jouent leur propre rôle, sans artifice, dans l’urgence d’une course contre la mort. L’abandon du système social pour une libéralisation des soins est décrit en détail et dans toute son horreur. Le constat se veut laconiquement cynique : un médecin peut refuser des soins à une personne en danger de mort. Sans argent, on ne soigne plus !

En France, on ferme les hôpitaux, « trop coûteux », et se développent de plus en plus les soins à deux vitesses dispensés aux malades. Le problème de la santé et de la couverture sociale posent des questions cruciales, surtout en temps de crise. « Quelles personnes sommes-nous devenues ? » se demande le réalisateur, Danis Tanović, « Quinze ans après la guerre de Bosnie — pendant laquelle j’ai été témoin d’actes de bravoure où des hommes et des femmes risquaient leur vie pour des étrangers dans le besoin, notre société détourne son regard de ceux qui socialement n’ont aucun droit. »

Notes :

[1La femme du ferrailleur de Danis Tanović(2013, 1h15, Bosnie-Herzégovine, Slovénie, France). Scénario : Danis Tanović. Image : Erol Zubčević. Conception sonore et mixage : Samir Fočo. Montage : Timur Makarević. Interprétation : Senada Alimanovic, Nazif Mujic, Sandra Mujic, Šemsa Mujic.

P.S. :

Berlin 2013 : Ours d’argent – Grand prix du jury et Ours d’argent du meilleur acteur (Nazif Mujic).

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