DIVERGENCES 2
Revue libertaire internationale en ligne
Descriptif du site
Jean-Pierre Garnier
La révolution consensuelle
Article mis en ligne le 30 mars 2014
dernière modification le 3 février 2014

par C.P.
Imprimer logo imprimer
JPEG - 56.5 ko

Sur quoi a débouché la « contestation » soixante-huitarde
dont un « radicalisme » autoproclamé assure l’interminable
prolongation ?
Sur la « rébellion de confort », comme aimait à la
caractériser l’essayiste
« réactionnaire » Philippe Muray, vomi avant sa mort par
le chœur de l’intelligentisa « progessiste », et que je vais,
de ce fait, m’employer à plagier pour parler du modèle
« post-moderne » de contrôle total des esprits, qui s’est
mis en place après mai 68, beaucoup plus efficient que celui les totalitarismes classiques puisqu’il a inclu en lui l’ensemble de ce
qui paraît s’opposer à lui .

C’est ce modèle qui encadre désormais les levées de boucliers et les tollés
de protestation par le biais de ses éditorialistes qui se veulent « insolents » alors qu’ils sont aux ordres sans qu’il soit même besoin de leur en donner, de ses dissidents de studios de radios ou de plateaux de télévision, et de ses pamphlétaires à la grosse tête et au petit pied. Ce modèle où le consensuel s’habille du conflictuel, s’est attribué le négatif qu’il fabrique en grande série, comme le reste, dont il sature le marché, mais c’est afin d’en interdire l’usage en dehors de lui. L’« anticonformisme », la « déviance », la
« transgression » et la « marginalité » ne sont plus, depuis belle lurette, que des produits formatés, concoctés par des réfractaires de pacotiille.
Place à « l’insurrection qui vient » et qui n’en finit pas d’arriver,
c’est-à-dire à la subversion subventionnée, à la critique institutionnalisée, au conformisme aux allures anticonformistes.

C’est le temps des polémistes mesurés, des redresseurs de tort avec modération, des frondeurs bien tempérés, des pourfendeurs « nuancés », des justiciers du juste milieu, des fauteurs de troubles para-gouvernementaux, des leveurs de tabous professionnels, des doseurs de pour et de contre dissimulant leur vélléitarisme derrière le rideau usé de la « compexité ». Tous vocifèrent dans le consensuel. Il est facile de reconnaître un journaliste, un écrivain, un artiste, un militant conformiste : c’est celui qui se flatte le plus haut et le plus fort, tant dans les médias contrôlés par les puissants que, à défaut, dans la « presse alternative » autorisée, d’être politiquement le plus incorrect.

D’où l’emploi systématique, toutes les trois phrases, d’un vocabulaire martial pour défendre des causes qui font l’unanimité : l’antiracisme en tête, de plus en plus limité au philosémitisme, le féminisme, l’antihomophobie, l’écologisme, le droit-de-l’hommisme. De nos jours, dans cette société pacifiée, épargnée par les guerres et débarassée de la lutte des classes qui appartient comme chacun sait à une époque révolue, on est toujours en train de « se battre », de « lutter ». Contre la xénophobie, le machisme, l’exclusion, l’échec scolaire, la pollution, le nucléaire, l’intolérance, le sida, les préjugés, la résistance des idées reçues. Et, bien entendu contre le « populisme », accusé de raviver la « haine » du bas peuple, toujours présenté comme « abruti et sous-politisé », dirigée contre les « élites » au profit de l’« extrêmisme », de droite, de préférence, comme on à pu le vérifier une fois de plus lors de la chasse à l’homme médiatique, judicaire et policière ouverte contre Dieudonné, où un véritable front national s’est constitué. De la coalition UMPS et du Figaro à CQFD, Article 11 et aux éditions Agone, en passant par Le Monde diplomatique et Le Canard enchaîné, c’est à qui s’est mis à crier le plus fort haro sur ce baudet « nauséabond », nouvelle « bête immonde » venue à point pour faire diversion, dans les deux sens du terme, au profit d’un régime de plus en plus répressif en voie de fascisation new look, avec un ministre de l’Intériieur aux postures et mimiques très mussoliniennes en
« Duce » potentiel.

Promus par une intelligentsia « de gôche » et sa mouture « radicale », l’une confortablement installée et l’autre de manière un peu plus précaire dans le système capitaliste dont elles se plaisent à décrire en même temps qu’à décrier les turpitudes, toutes ces luttes et ces combats sont tolérés, quand ils ne sont pas encouragés, par les pouvoirs publics, voire sponsorisés par les marchands, et glorifiés par les plumitifs qui se veulent dans le vent. Si l’on milite encore, ce n’est plus contre l’ordre l’établi mais, consciemment ou non, pour lui. On se veut et on est sommé être « citoyen », non plus au sens belliqueux que revêtait ce terme lors de la Révolution française, mais en tant qu’agent bénévole, docile et zélé des finalités édictées par les autorités. Comme le notait Philippe Murray, « les pires “ penseurs dérangeants ” sont élevés commu du bétail dans la vaste zone bétonnée de la Correction et du Consensus. Ainsi toute pensée critique véritable se trouve-t-elle bannie par ses duplicata. Au royaume de la malversation récupératrice, toute négation réelle doit être éliminée ».

Idéalisme obligatoire, charité généralisée, solidarité sans réplique, antifascisme de tout repos, droits de l’homme dans tous les coins, soucis hygiénistes à tous les étages, principe de précaution à tous les carrefours. Les « combats » menés ne s’inscrivent plus dans une quelconque « guerre sociale », comme disaient les anars de jadis, soit la guerre contre la société bourgeoise. En fait, si luttes et combats il y a, ce n’est plus contre celle-ci, mais en son sein, et finalement, d’une façon sassez claire pour qui ne se laisse pas abuser par rodomontades « radicales » devenues de mode depuis quelque temps, en sa faveur.



Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.80.4