DIVERGENCES 2
Revue libertaire internationale en ligne
Descriptif du site
Christiane Passevant
Faire quelque chose
Film documentaire de Vincent Goubet
Article mis en ligne le 4 janvier 2013
dernière modification le 3 janvier 2013

par C.P.
Imprimer logo imprimer

Faire quelque chose

Film documentaire de Vincent Goubet

Sortie au cinéma le 2 janvier 2013

« Lorsqu’on voit passer une injustice, il faut réagir. On réagit comme on peut… Mais on réagit ». Réagir contre l’inacceptable, refuser de subir,
« marquer le coup », s’impliquer, prendre des risques, se dire que finalement on a pas le choix quand il s’agit de défendre sa liberté, celle des autres aussi, et sa dignité… Il faut Faire quelque chose !

Ce premier film de Vincent Goubet, Faire quelque chose, est un long témoignage à plusieurs voix, des voix de femmes et d’hommes qui se recoupent, se complètent, réaffirment, chacun et chacune à sa manière, l’importance de résister. Il a fallu cinq années de rencontres et d’entretiens à Vincent Goubet pour réaliser ce film, cela représente deux cents heures de rushes pour donner le contexte d’une époque très particulière et la dimension de l’engagement de ces résistant-es.

En 1940, la défaite française est consommée face à l’armée allemande et la déroute est totale. Le traumatisme de 1940 a été immense et dure encore aujourd’hui, dit l’un des témoins du film. Entre l’exode, les milliers soldats prisonniers, la capitulation et les défilés des troupes allemandes dans Paris, c’est le sentiment de trahison qui anime les témoins de l’époque. En prime et pour « sauver le pays », arrive au pouvoir un vieux maréchal qui avait fait fusiller des soldats pendant la Première Guerre mondiale pour avoir chanté l’Internationale. Un militaire qui faisait partie de l’extrême droite, qui avait des liens avec la Cagoule et qui s’empressa de rencontrer Hitler pour collaborer.

Travail Famille Patrie ! C’était son slogan et de répéter en boucle que la population française était vaincue et qu’elle devait évidemment courber l’échine devant l’occupant nazi.

L’appel du 18 juin a été très peu entendu, mais « Tout de suite, il y a eu deux camps », se souvient Pierrette Rossi. Il était impératif de résister, mais comment ? Ce n’était pas si simple, malgré les humiliations et la détermination de ces jeunes résistants et résistantes. « Ils nous considéraient comme des sous-hommes, [dit Madeleine Riffault]. Nous avons fait la même chose dans les colonies », aux Bougnouls. Et d’ajouter : « On est toujours le Bougnoul de quelqu’un. »

Ils et elles ont à présent entre 87 et 98 ans, parlent de cette expérience unique du Conseil National de la Résistance et de son programme commun à toutes les tendances politiques. Et même si « on a occulté la Résistance après la Libération », ils et elles sont toujours aussi clair-es par rapport à leur choix, sans regret, sinon des ami-es qui y sont resté-es ou de ceux et celles qui ne sont pas revenu-es des camps de la mort.

Durant ces quatre années d’Occupation, « très peu ont quitté la
Résistance », sans doute parce que « La petite étincelle d’optimisme, elle reste jusqu’au bout. Et elle dure encore. »

Un très beau film et une réflexion très intéressante sur l’engagement, la résistance et la lutte.

Vincent Goubet [1] : J’ai longtemps été rappeur. Je faisais partie d’un groupe, Langage ment, et nous avons fait des textes contre toutes les discriminations et les bavures policières. Et après 2002, comme il était beaucoup question de l’extrême droite et de fascisme, j’ai voulu rencontrer ceux et celles qui avait résisté au moment de l’Occupation nazie. J’ai commencé seul avec ma caméra et après la porte est ouverte… Vient qui veut.

Nous avons rencontré une cinquantaine de résistant-es, filmé une quarantaine et au final trente cinq témoignent dans le film. C’était important de donner à la résistance sa dimension d’œuvre collective.
On a souvent parlé de la Résistance comme étant derrière le général de Gaulle, mais je voulais montrer que cela avait été quelque de très collectif.

Christiane Passevant : Il y a quand une différence entre les résistants et les résistantes ?

Maurice Rajsfus : Les résistantes livrent les armes à ceux qui sont en première ligne en les cachant dans leurs cabas.

Vincent Goubet : Cécile Rol-Tanguy le dit dans le film, elle traversait Paris en transportant des bombes avec son bébé dans les bras ou bien des mitraillettes dans le landau. Mais les résistantes ont tendance à dire qu’elles n’ont pas fait grand chose.

Maurice Rajsfus : On les a aussi souvent relégué à pas grand chose.

Vincent Goubet : Il y avait plusieurs formes de résistance, le renseignement, la contre propagande, les faux papiers, les filières d’évasion et l’action, c’est-à-dire la lutte armée.

Maurice Rajsfus : Au départ ce sont des petits groupes qui ne se connaissent pas et n’ont pas d’expérience.

Vincent Goubet : C’est très cloisonné pour la sécurité des groupes.

Christiane Passevant : Beaucoup disent qu’avoir échappé aux arrestations, aux camps, à la mort les oblige à témoigner et beaucoup sont encore impliqué-es dans des mouvements, dans des associations…

Vincent Goubet : Cela m’a vraiment étonné. Par exemple, Jean-Marie Delabre faisait partie du groupe Défense de la France, un journal clandestin qui a distribué jusqu’à 400 000 exemplaires. Il a été arrêté et déporté aux camps de Mathausen, puis de Buchenwald, mais il a toujours voulu garder un rôle dans la société, sur le terrain. Je l’ai vu faire du soutien scolaire aux Mureaux avec des enfants d’origine malienne. C’est des gens qui continuent à s’engager, à militer et c’est pour nous une bonne source d’inspiration.

Ce qui est aussi frappant, c’est leur modestie, faire quelque chose était pour eux et elles une évidence. Le choix même des termes reflète déjà une forme d’humilité. Si l’on ne ne réagit pas, on perd sa dignité. C’est leur détermination qui m’a touché.

Notes :

[1Extrait d’un entretien sur Radio Libertaire, dans les Chroniques rebelles, en compagnie de Vincent Goubet et Maurice Rajsfus, la samedi 29 décembre 2012.

Dans la même rubrique

La Parade
le 14 janvier 2013
Spleen & Alegria
le 4 janvier 2013
La demande en mariage & L’Ours
le 4 janvier 2013
Un morceau de chiffon rouge
le 4 janvier 2013
Être là. Film documentaire de Régis Sauder
le 4 janvier 2013
Djeca, enfants de Sarajevo
le 4 janvier 2013
Beautiful Valley
le 4 janvier 2013
Je vous ai compris
le 4 janvier 2013
Le soldat dieu. Film de Koji Wakamatsu
le 4 janvier 2013
In Prison my Whole Life (Toute ma vie en prison)
le 4 janvier 2013
Les chevaux de dieu
le 4 janvier 2013
Rengaine
le 4 janvier 2013
La Parade
le 4 janvier 2013
Par amour
le 4 janvier 2013
Miracles en Arménie
le 4 janvier 2013

Évènements à venir

Pas d'évènements à venir


Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.80.4