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Brahim Senouci
Alstom, le tramway d’Alger, Jérusalem, la Palestine
Article mis en ligne le 30 mars 2014
dernière modification le 13 janvier 2014

par C.P.
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Les quotidiens nationaux du 22 février rapportent que la commission technique a retenu la candidature de deux entreprises, au rang desquelles figure Alstom, pour la construction de la première ligne du tramway d’Alger. Techniquement, c’est un choix judicieux, cette entreprise ayant une expérience indéniable dans ce domaine.

Politiquement et moralement, c’est un scandale.

Alstom se prépare en effet à construire un autre tramway. Le 17 juillet 2005, il a en effet signé un accord avec le gouvernement israélien pour la construction d’une ligne de tramway sur des terres… palestiniennes ! Ce tramway, venant de Jérusalem-Ouest, doit traverser Jérusalem-Est, pour rejoindre deux colonies israéliennes en Cisjordanie, Pisgat Zeev et French Hill.

Ces colonies, ainsi que l’annexion unilatérale de Jérusalem-Est, sont illégales au regard du droit international. Cela n’empêche pas Israël, assuré de la bienveillante complicité de l’Occident, de poursuivre son œuvre de démantèlement méthodique de tout ce qui pourrait ressembler à un embryon d’Etat palestinien. La confiscation de terres palestiniennes, l’étranglement de la Cisjordanie, mais aussi, mais surtout la consécration de l’ « unification » de Jérusalem comme capitale de l’Etat sioniste, en sont les instruments. Le tramway que va construire Alstom n’a pas d’autre fonction. C’est un tramway colonial : Son tracé entraîne des expropriations massives de terres palestiniennes. Il est destiné à sceller le sort de Jérusalem : Alors que les Palestiniens, s’appuyant sur le droit international, veulent faire de la ville orientale la capitale de leur futur Etat, ce tramway va la couper de la Cisjordanie et consacrer le fait accompli de son annexion. Ce tramway est un instrument de la politique israélienne d’apartheid : Aucun arrêt n’est en effet prévu dans Jérusalem-Est, ce qui montre que ce moyen de transport est interdit aux Palestiniens.

Si on ne peut reprocher à une entreprise d’avoir une logique de profit, on ne peut admettre que cette logique la conduise à se mettre au ban de la légalité internationale. Dans son avis du 9 juillet 2004, signé par quatorze voix contre une, celle des Etats-Unis, la Cour Internationale de Justice stipule que les Etats doivent « ne fournir à Israël aucune assistance qui serait utilisée spécifiquement pour les colonies de peuplement des territoires occupés ». Or, il est avéré que les autorités françaises ont joué un rôle actif dans l’attribution du contrat à Alstom et Connex, une autre entreprise française chargée de l’exploitation. Dans sa résolution 465, le Conseil de Sécurité constate que « toutes les mesures prises par Israël pour modifier le caractère physique, la composition démographique, la structure institutionnelle ou le statut des territoires palestiniens, y compris Jérusalem, ou de toute partie de ceux-ci, n’ont aucune valeur en droit et que la politique et les pratiques d’Israël consistant à installer des éléments de sa population et de nouveaux immigrants dans ces territoires constituent une violation flagrante de la Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre et font gravement obstacle à l’instauration d’une paix d’ensemble, juste et durable au Moyen-Orient ».

Une campagne est menée en France pour l’annulation de ce contrat. Elle est conduite par le Collectif National pour une Paix Juste et Durable entre Palestiniens et Israéliens qui regroupe des associations militant pour l’application du droit international mais aussi des partis politiques (PCF, PCOF, LCR, Verts, Alternatifs) et des associations de défense de droits de l’homme ou antiracistes (MRAP, LDH, Mouvement de la Paix). Cette campagne a un certain succès. Alstom, Connex et le gouvernement français sont sur la défensive et multiplient les déclarations contradictoires.

La CGT vient d’interpeller le PDG d’Alstom, M. Patrick KRON, sur la nécessité de se conformer à la légalité internationale que son groupe enfreint manifestement.

L’Algérie est l’un des pays les plus constants dans le soutien aux aspirations nationales du peuple palestinien. Elle l’a prouvé tout au long des décennies écoulées. Elle le prouve encore aujourd’hui. Alors qu’Israël tente d’étrangler financièrement l’Autorité Nationale Palestinienne, infligeant ainsi une punition collective au peuple pour son vote de janvier, l’Algérie est un des très rares pays de la Ligue Arabe à honorer ses engagements. Il serait extrêmement dommageable que cette image soit brouillée par l’attribution d’un contrat important à une entreprise objectivement complice de la destruction de la Palestine. L’un des arguments avancés par Alstom pour ne pas dénoncer le contrat tient au fait que ce contrat fournit 500.000 heures de travail et préserve donc l’emploi. En l’éliminant de la course à la réalisation du tramway d’Alger, les autorités algériennes montreront que c’est un calcul à courte vue. Elles donneront aussi un signal fort aux entreprises désireuses d’emboîter le pas à Alstom ou Connex. Ce qu’elles risquent de gagner en contribuant à pérenniser l’injustice faite au peuple palestinien, elles le perdront parce qu’elles seront déclarées infréquentables par les amis (nombreux) de ce peuple.



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