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Louise Michel en Algérie – La tournée de conférences de Louise Michel et Ernest Girault en Algérie (octobre-décembre 1904)
Clotilde Chauvin (éditions Libertaires)
Article mis en ligne le 30 mars 2014
dernière modification le 13 janvier 2014

par C.P.
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« J’appartiens toute entière à la révolution », disait Louise Michel, celle qui incarne presque à elle seule la Commune de Paris. Après l’écrasement de la Commune (20 000 morts chez les insurgés, 10 000 peines prononcées par des tribunaux spéciaux), Louise fut condamnée à dix ans de déportation. « Si vous n’êtes pas des lâches, tuez-moi ! » cria-t-elle à la cour à la fin de son procès. Finalement, elle embarquera sur la Virginie, en août 1873, et arrivera, quatre mois plus tard, en Nouvelle-Calédonie.

Au bagne, Louise rencontra des Canaques et étudia leurs langues. Une sympathie qui la conduisit à soutenir leur révolte, en 1878. Viscéralement anticolonialiste (ce qui n’était pas si courant à l’époque, y compris chez les Communards), Louise l’insoumise lia également des amitiés solides avec des rebelles kabyles déportés après leur insurrection de mars 1871.

Dans ses mémoires, elle raconte l’arrivée des « Arabes » à la presqu’île de Ducos, en décembre 1873. « Un matin, dans les premiers temps de la déportation, nous vîmes arriver dans leurs grands burnous blancs, des Arabes déportés pour s’être, eux aussi, soulevés contre l’oppression. Ces orientaux, emprisonnés loin de leurs tentes et de leurs troupeaux, étaient simples et bons et d’une grande justice. » Elle apprécia tant la compagnie de ces « Algériens du Pacifique » qu’elle leur promit d’aller un jour leur rendre visite. Louise est de ces personnes qui tiennent leurs promesses.

Une grave congestion pulmonaire entrava ses projets au printemps 1904, mais, d’octobre à décembre de la même année, Louise pu parcourir l’Algérie en compagnie du camarade Ernest Girault. Elle avait soixante-quatorze ans. La vieille dame alerte, véritable légende vivante, était attendue. Les journaux algériens avaient annoncé la venue de la « Vierge rouge ». Les conférenciers propagandistes, anarchistes en plus, étaient rares en Algérie. L’événement méritait donc d’être suivi. « Chacun sait que Louise Michel est la meilleure et la plus généreuse des créatures », s’emporta Turco-Revue le 9 avril 1904.

Les thèmes des conférences n’avaient rien de consensuel. Antimilitarisme, athéisme, anticolonialisme, anarchisme étaient au centre des causeries qui se dérouleront à Alger, à Tizi-Ouzou, à Constantine, à Blida, à Relizane, à Mostaganem, à Mascara, à Médéa. L’éloquence incontestable de Louise est souvent saluée. Alors que la presse de métropole restait muette sur la tournée (hormis Le Libertaire), la presse algérienne (La Croix de l’Algérie et de la Tunisie, La Pensée libre, Le Progrès de Sétif, Le Petit Kabyle, L’Echo de Constantine, L’Indépendant de Mostaganem, Le Réveil de Mascara…) commentait les réunions qui attiraient entre 400 à 600 personnes. Les enseignants européens et arabes, esprits laïques, antimilitaristes et progressistes, étaient aux premiers rangs. Louise croisa aussi des personnages pittoresques, un commandant révolutionnaire qui cria « Vive Zola, vive la révolution ! » à Constantine, un gardien de prison sanctionné pour avoir « fait de la propagande aux prisonniers », un patron d’hôtel maltais libre penseur…

Quelques incidents émaillèrent tout de même le long périple. A Tizi-Ouzou, Louise et Ernest eurent droit à une « protection rapprochée ». Un commissaire « bon enfant » s’était aperçu qu’un juge avait soudoyé des Apaches pour les assommer. Il avait donc mobilisé des agents de ville pour assurer leur sécurité ! A Sétif, pendant une conférence, Ernest sentit qu’on lui piquait le dos. En se tournant, il remarqua de larges trous de couteau dans la bâche tendue dans la halle à grains. Plus tard, des individus tentèrent d’incendier la tribune. Des broutilles pour celle qui avait connu les barricades meurtrières de la Commune et même une tentative d’assassinat lors du meeting tenu au Havre le 22 janvier 1888.

Néanmoins, le voyage algérien était éprouvant pour la libertaire épuisée. Sous une pluie battante, le long trajet en diligence vers Mascara, dernière ville du programme, fut bien pénible. « Les vitres de la portière étaient brisées et c’est comme si nous avions été en pleine route. Nous arrivâmes tout mouillés avec les mains et les pieds gelés », raconte Ernest Girault dans Une Colonie d’enfer, livre oublié qui sert de fil conducteur à l’étude de Clotilde Chauvin.

Fatiguée, Louise Michel retourna se reposer à Alger pendant qu’Ernest Girault continuait seul vers la frontière algéro-marocaine. C’est Mathilde de Fleurville, ex-femme de Paul Verlaine rencontrée jadis à Montmartre, qui veilla au repos de Louise pendant trois semaines. Dorlotée par son amie, celle que Victor Hugo appelait Viro Major (plus grande qu’un homme, en latin) écrira ses mémoires entre deux fruits savoureux. Louise Michel quittera l’Algérie le 15 décembre 1904. Mathilde écrit dans ses mémoires : « J’allai sur le bateau embrasser une dernière fois cette excellente femme. Hélas, je ne devais plus la revoir. Environ trois semaines après son départ d’Alger, j’eus le chagrin d’apprendre sa mort par les journaux, qui, pour la première fois, lui rendirent justice. »

Celle qui défendit l’anarchisme jusqu’à son dernier souffle, celle qui fut la première à brandir un drapeau noir dans une manif est décédée à Marseille le 9 janvier 1905. Ses obsèques au cimetière de Levallois-Perret furent suivies par une foule impressionnante. Ces derniers moments sont bien connus. Comment expliquer alors le silence sur les conférences algériennes qui précédèrent ? Le travail de Clotilde Chauvin ouvre brillamment la voie à des recherches nouvelles. Si l’auteur a déjà bien remué la poussière (vieux journaux, rapports de police, publications diverses...), d’autres archives, notamment algériennes, doivent attendre que des historiens veuillent bien les ouvrir.



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