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Ramzy Baroud
2013 : retour sur une année de guerre en Syrie et en Égypte
Article mis en ligne le 30 mars 2014
dernière modification le 26 janvier 2014

par C.P.
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Comme il fallait s’y attendre, 2013 a été une année terrible pour
plusieurs pays arabes. Elle a été terrible parce que la promesse
de plus de liberté et de réformes politiques a été inversée, et
dans certains de la plus violente des façons, menant certains
pays sur la voie de l’anarchie et d’un complet chaos. La Syrie
et l’Égypte en sont deux exemples.

La Syrie a été le plus durement touchée. Depuis des mois , l’Organisation des Nations Unies a affirmé que plus de 100 000 personnes ont été tuées dans les 33 mois de conflit. Plus récemment, l’Observatoire syrien pour les droits de l’homme - qui soutient l’opposition - est arrivé à la conclusion qu’au moins 125 835 personnes, dont plus des deux tiers sont des civils, ont été tuées.

L’Agence humanitaire de l’ONU (OCHA) indique que des millions de Syriens vivant dans une souffrance perpétuelle ont besoin d’ aide, et que ce nombre atteindra 9,3 millions d’ici la fin de l’année prochaine.

Les chiffres d’OCHA tentent de donner une estimation de l’ampleur de l’aide nécessaire pour l’année 2014. Toutefois, cette estimation reflète aussi bien une prévision politique tout aussi néfaste. Il y a 2,4 millions de réfugiés syriens qui vivent au Liban,en Jordanie, en Turquie, en Irak et en Égypte. Ce nombre devra presque doubler et passer à 4,1 millions d’ici la fin de l’année qui vient. Compte tenu de la polarisation politique croissante entre les parties syriennes impliquées dans le conflit, et les politiques de leurs bailleurs de fonds régionaux et internationaux, il y a très peu d’espoir que le conflit s’éteigne dans un avenir proche.

En fait, la version d’un simple conflit entre un gouvernement central et son opposition n’est plus applicable ici, car l’opposition est elle-même fragmentée en plusieurs parties, certaines ayant des programmes religieux extrémistes. Le premier discours qui a accompagné le conflit syrien, celui de la liberté, de la démocratie etc... est devenu de peu d’intérêt, compte tenu des brutalités commises et des multiples objectifs déclarés par les différentes forces combattantes. Et pour les Syriens, c’est une situation perdant-perdant.

Les Syriens impliqués dans cette guerre comprennent bien qu’un conflit prolongé pourrait signifier pour le pays une faillite complète, et que la Somalie ou l’Afghanistan sont des scénarii qui peut maintenant se produire. Mais peu de gens font l’effort de rappeler les raisons pour lesquelles la guerre a commencé en premier lieu, tandis que plusieurs générations de réfugiés syriens se retrouvent condamnés à vivre le même sort que le drame sans fin vécu par les réfugiés palestiniens.

Il y a cependant une lueur d’espoir. Le récent accord historique signé entre l’Iran et les six autres pays - les États-Unis, Russie, la Chine, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne - pourrait ouvrir la voie à la possibilité de recourir au dialogue pour résoudre la crise en Syrie. Certes, l’accord est lié au programme nucléaire iranien, mais étant donné que tous ces pays sont des participants actifs dans la guerre syrienne, disposant d’une grande influence sur les parties belligérantes, leur consentement serait nécessaire pour qu’un futur dialogue entre Damas et l’opposition puisse porter ses fruits .

Une question majeure continuera cependant de subsister : même si l’opposition syrienne laïque accepte un arrangement futur avec le régime actuel de Bashar al-Assad, est-ce que cela aura la moindre incidence sur les autres forces extrémistes qui défendent leur propre cause ? Même avec les prévisions les plus optimistes, le conflit syrien est peu susceptible d’’être résolu en 2014.

La même évaluation est pertinente dans le cas de l’Égypte. En 2013, le conflit en Égypte a pris une autre dimension, bien que la plupart des médias (arabes et internationaux) soient saturés au-delà de l’imaginable de demi-vérités et/ou de désinformations intentionnelles. Il est presque impossible de parvenir à une compréhension un tant soit peu rationnelle de ce qui se déroule dans le pays arabe le plus peuplé.

Une des principales raisons à l’origine de toute cette confusion, est que les analyses concernant la révolution du 25 janvier 2011 étaient trop sentimentales et simplifiées. Sous certains aspects, le scénario des méchants contre les gentils continue de servir de grille d’interprétation à la crise égyptienne. Les médias égyptiens en sont un parfait exemple. Depuis les protestations bien orchestrées du 29 juin, suivies du coup d’État militaire du 3 juillet, certaines forces laïques affiliées à la révolution se sont alignées sur les forces elles-mêmes liées au régime déchu de Moubarak.

Les deux camps se sont unis dans leur opposition au gouvernement soutenu par les Frères musulmans - lui-même issu de la révolution. Les évènements se sont encore compliqués du fait que le parti islamique et salafiste al-Nour n’a pas de problème pour s’aligner sur l’armée, appuyant le projet de nouvelle constitution alors que c’était le même parti al-Nour qui avait inlassablement fait pression pour une constitution s’appuyant sur la charia à l’époque du Président Mohammed Morsi. C’était ce genre de pression qui avait poussé de nombreux partis laïcs à quitter la commission qui tentait de rédiger une nouvelle constitution, laissant le mouvement des Frères musulmans isolé. Al-Nour et les partis laïcs sont maintenant réunis dans le même camp politique.

Invoquer de « détestables politiques » dans ce qui s’est produit en Égypte n’est pas d’un grand secours, car la dimension violente de cette politique était jusque là inconnue dans l’histoire moderne du pays. Près de 20 000 Égyptiens sont maintenant condamnés ou font face à des procès pour appartenance ou soutien au « mauvais » camp politique. Le gouvernement soutenu par l’armée lance à présent une « offensive juridique », libérant ceux qui étaient affiliés aux régime de Mubarak et emprisonnant ceux qui sont liés à la Fraternité musulmane. Le 21 décembre, le président élu Mohammed Morsi a été renvoyé par les procureurs égyptiens devant un troisième procès pénal sur « les accusations d’organisation d’évasions pendant le soulèvement de 2011, répandant le chaos et enlevant des agents de police en collaboration avec des militants étrangers », a rapporté l’Associated Press.

Mohammed el- Damati , avocat de la Fraternité musulmane, décrit tout cela comme une tentative de supprimer la moindre réalisation issue de la révolution de janvier 2011. « Ils repassent avec une gomme sur ​​le 25 janvier 2011, » a-t-il dit . Mais vont-ils réussir ?

Bien que l’armée jouisse d’une grande emprise sur toutes les institutions étatiques en Égypte, le peuple égyptien ne reste plus un participants passif. Le retour sur les réalisations de la révolution n’aura pas nécessairement d’incidence sur l’état d’esprit collectif qui a donné au peuple égyptien l’énergie qui l’a fait se lever et de se battre pour ses droits. Aucun diktat militaire ni manœuvre juridique ne peuvent effacer cela. 2014 est susceptible d’être une année où la nature du conflit en Égypte évolue d’une confrontation entre les militaires et la Fraternité musulmane, vers un conflit impliquant le peuple et qui permettra peut-être de retrouver l’esprit de la première révolution.

P.S. :

26 décembre 2013, The Palestine Chronicle :

http://www.palestinechronicle.com/2...

Traduction : Info-Palestine.eu - Naguib

Ramzy Baroud (http://www.ramzybaroud.net) est un journaliste international et le directeur du site PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Résistant en Palestine - Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune.



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