DIVERGENCES 2
Revue libertaire internationale en ligne
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Collectif « LIBERONS MUMIA ! »
États-Unis. Visites à Mumia, Janet et Janine
Décembre 2013
Article mis en ligne le 30 mars 2014
dernière modification le 6 janvier 2014

par C.P.
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Une délégation [1] du Collectif français « LIBÉRONS MUMIA ! » s’est rendue aux Etats-Unis en novembre dernier pour y rencontrer MUMIA et les prisonnières de MOVE qui ont en commun le fait d’avoir été condamnés sans la moindre preuve. Leur couleur de peau et leur combat politique contre toutes les formes de discrimination, faut-il le rappeler, ont servi de prétexte à la police raciste de Philadelphie et à la justice inéquitable de Pennsylvanie pour les accuser et les condamner.

Comme les fois précédentes, la visite à Mumia fut un moment intense de fraternité réciproque, tant les liens tissés au fil des années avec ses amis français comptent humainement beaucoup pour lui et l’issue de son combat. Brièvement, comment va-t-il ? Il est toujours seul en cellule.
Il est en bonne forme physique. Il travaille désormais au tri sélectif des ordures de la prison pour 45 dollars par mois (tarif inchangé depuis 1975).
Il écrit un nouveau livre sur la thématique de l’impérialisme américain.

Sa relation aux autres prisonniers est un moment quotidien (sorties dans
la cour de la prison, repas en commun, activités collectives) qu’il apprécie particulièrement mais difficile à gérer tant le nombre de sollicitations est important. Tous ceux qui l’approchent (il y a 2.400 prisonniers) s’adressent à l’homme exceptionnel, au père ou au frère qu’il incarne et dont les conseils sont si précieux et sans aucun doute réconfortant. Enfin, discret comme toujours, il ne dit que peu de mots sur ses souffrances personnelles, notamment les problèmes de santé rencontrés par plusieurs membres
de sa famille, qu’il s’agisse de son épouse ou d’autres proches.

Comme sa sortie du couloir de la mort fut une victoire de la mobilisation internationale, il ne compte que sur la poursuite du combat pour « rentrer à la maison ». À ce propos, la délégation française a rencontré sa porte-parole, Johanna Fernandez, pour faire le point des initiatives qui marqueront le 60ème anniversaire de Mumia (24 avril prochain) et sur lesquelles nous aurons l’occasion de revenir. Nous avons également rencontré Frances Golding, l’Editrice de Mumia, laquelle est privée, sans le moindre motif, de toute visite à ce dernier depuis sa sortie du couloir de la mort en 2011 !

Après notre visite à Mumia, nous avons roulé toute une journée pour aller rencontrer Debbie, Janet et Janine incarcérées depuis 35 ans (accusées et condamnées collectivement pour un meurtre dont le coupable n’a jamais été identifié). Des amis de Philadelphie, Ramona, Mike et Kevin et Meagan, ont également roulé toute une nuit pour nous rejoindre à la prison. Les prisonnières sont toujours aussi heureuses de nous voir et le manifestent avec émotion en se lançant dans nos bras. Pour Debbie, embrasser son fils Mike, né en cellule en 1978, est toujours un moment de joie particulièrement intense.

Néanmoins, le poids de tant d’années en prison et l’incertitude d’en sortir
se lisent sur leurs visages aux traits tirés. Pour elles, comme pour leurs conjoints également condamnés à une aussi lourde peine, toute demande de libération conditionnelle est en effet régulièrement rejetée malgré un excellent dossier pour leur comportement exemplaire en prison. Elles nous informent qu’elles viennent d’être transférées dans une cellule provisoire avec trois autres prisonnières et les chiots qu’elles ont en charge. Leur cellule est si insalubre qu’une des codétenues est sans cesse malade.

Elles devraient bientôt réintégrer une cellule rénovée mais nouveau souci : on leur annonce qu’elles ne disposeront désormais que de deux boîtes de trente centimètres pour ranger leurs vêtements et leurs objets personnels ! Debbie s’en inquiète. Seule option : envoyer par la poste, et à leurs frais, photos et souvenirs de leur vie lointaine de femmes libres. Ramona promet d’en prendre soin. Mike veut la rassurer en lui disant qu’elle et son père pourront vivre avec lui à leur sortie de prison.

Épuisé d’avoir conduit toute la nuit, il ferme les yeux et sommeille un moment sur l’épaule de sa mère. Pour Janine et Janet, dont les enfants
ont été tués par la police, quel avenir ? Où aller ? « En France répondons-nous ! » Quelques minutes de rêves et de rire. Mais il est déjà 14h45, l’heure de repartir pour New York d’où nous décollerons le lendemain.
Nous embrassons tout le monde et promettons de revenir vite mais... une gardienne nous interdit de sortir avant 15h30 ! Règlement du jour nous
dit-on ! L’absurdité le dispute à la cruauté dont sont victimes nos amies Debbie, Janet et Janine [2]. Le soutien que nous leur apportons, c’est leur survie…

Notes :

[1Claude Guillaumaud-Pujol et Jacky Hortaut, co-animateurs du Collectif français de soutien à Mumia Abu-Jamal ont séjourné aux Etats-Unis du 13 au 18 novembre 2013.

[2Pour en savoir plus sur ces femmes au courage et à la dignité exemplaires, nous vous invitons à acheter le livre Prison de femmes que Claude Guillaumaud-Pujol (éditions Temps des cerises) leur a dédié et dont le produit de la vente permet d’améliorer leur quotidien en prison.



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