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Mydia Portis-Guérin
Littérature jeunesse
Mon royaume pour des livres !
Article mis en ligne le 31 décembre 2013
dernière modification le 21 décembre 2013

par C.P.
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Noël arrive à grands pas. Vous avez des enfants, des nièces, des neveux, des petits frères ou des petites sœurs qui trépignent d’impatience à l’idée de la hotte bien remplie. Un choix cornélien se profile : Barbie ou pas ? G.I. Joe ou pas ? Devez-vous céder aux sirènes gothiques des Monster High ou vous laisser prendre dans la toile de Spiderman ?
Au fond de vous-même, vous ne voulez pas capituler devant les stéréotypes bien alignés dans les allées de supermarchés et autres magasins spécialisés.
Alors pas de panique, des solutions existent !
Je vous propose le salut par la lecture. Et là aussi, il n’y a pas que les Disney, les Oui-Oui, les Dora et autres héros déjà trop médiatisés. Pourtant, je suis une vraie fan de comics qui adore Batman et Wonder Woman, ainsi que les BD d’Astérix, de Gaston et autres.
Mais une autre littérature existe aussi ! Alors, suivez-moi je vous emmène en voyage…

Ouste !

Texte : Sally Grindley

Illustrations : Peter Utton

Collection Pastel Ecole des Loisirs

Il s’agit d’un album pour les enfants dès 3 ans qui répond à un précédent ouvrage de Sally Grindley et Peter Utton, Chhht ! Dans Chhht ! , le narrateur encourageait l’enfant du livre à pénétrer dans le château d’un terrible géant. « Tu vas bientôt pousser la porte du château d’un géant… A partir de maintenant, reste tranquille et parle tout bas, sinon… » De page en page, l’enfant traversait les pièces du château avec les plus grandes précautions ; si jamais le géant redoutable s’était réveillé, cela aurait la catastrophe !

Mais revenons à Ouste ! Ici, c’est l’enfant lecteur qui encourage le narrateur plutôt frileux à l’idée de pénétrer dans une forêt remplie de panneaux « Attention aux ours ! », « Défense d’entrer » ou encore « Danger, ici on mange les enfants ! ».

Le narrateur ne cesse d’essayer de convaincre le lecteur de refermer le livre. « Ce livre a l’air très, très effrayant. Veux-tu vraiment le lire ? » « Les panneaux disent de ne pas entrer. Je crois qu’on devrait faire demi-tour, non ?  »

Ici et là, on repère les traces de l’animal sauvage dans un paysage fait d’arbres biscornus et aux branches entremêlées, créant une atmosphère délicieusement inquiétante.

Les rabats et volets amènent leur part d’interrogations et de peurs. « J’ai vu quelque chose bouger dans l’herbe. Puis disparaître derrière ce rondin… Ouf, ce n’est qu’une souris ! » ou « Et sous cette pierre, c’est quoi cette patte qui dépasse ? Beurk ! Je déteste les araignées ! »

De page en page, pourtant, le lecteur est entraîné jusqu’à la maison de l’ours… ou plutôt de la maison DES ours, puisque l’on comprend à la fin qu’il s’agit en fait des ours de Boucle d’Or !

Un album humoristique où les enfant sont bien plus courageux que le narrateur : une belle manière de les aider à apprivoiser leurs peurs.

L’ours qui danse

Texte et illustrations : Rascal

Collection Pastel Ecole des Loisirs

Toujours sur le thème de l’ours et toujours dans la collection Pastel de L’Ecole des Loisirs, L’ours qui danse de l’auteur et illustrateur belge Rascal.

Le texte peut se lire comme de la poésie et décrit les différences et les similitudes entre les hommes et les ours. Une seule couleur est utilisée pour représenter chaque être ou élément, ce qui renforce l’effet poétique de l’ouvrage.

L’ours est grand et l’homme est petit. L’ours a de grandes pattes.

L’homme, des raquettes de neige.
L’ours est solitaire et vagabond

L’homme vit en groupe, en clan, auprès des siens.
L’ours nage dans les eaux

L’ours nage dans les eaux froides, comme un poisson.
L’homme a son kayak.

L’ours est joueur et curieux.
Les petits des hommes aussi.

A première vue, on pourrait penser à une histoire un peu naïve et simplette mais il n’en est rien. L’histoire dénonce de manière sous-jacente la violence potentielle des hommes. Certes, l’ours peut également faire preuve de violence mais il s’agit seulement de sa nature sauvage et non d’un désir de violence réfléchi ; l’ours survit à sa manière.

Beaucoup de choses opposent les hommes aux ours mais un élément les relie : l’enfant, moins formaté que les adultes et souvent plus libre, crée un lien avec l’animal, une sorte de réconciliation.

Dada

Texte : Germano Zullo

Illustrations : Albertine

Editions La Joie de Lire

« Roger Canasson et Dada sont des champions de saut d’obstacles. Ils sont presque invincibles, car ils forment une paire parfaite. On pourrait croire qu’ils ne constituent qu’une seule et même personne. Le Concours international de Saint-Alor-sur-Fleur accueille chaque année plus de cent mille spectateurs. Roger Canasson et Dada sont tellement formidables que l’on vient du monde entier pour assister à leurs exploits. Mais… que se passe-t-il ? Est-ce bien Roger Canasson et Dada que l’on voit là ? On dirait plutôt des amateurs… Des amateurs peut-être, mais alors vraiment, de très mauvais amateurs ! Quelle déception ! Roger Canasson est très inquiet. Dada semble avoir perdu tous ses moyens. Il faut absolument découvrir la raison de cette abominable faiblesse. Les médecins pourront-ils l’aider ? »

Roger Canasson et Dada sont donc les héros de l’album Dada, écrit par Germano Zullo et illustré par Albertine.

Vous l’avez compris, rien ne va plus pour Roger Canasson et Dada. Suite à leur échec cuisant, Dada va passer entre les mains de toutes sortes de spécialistes et subir moult tests. Les divers médecins lui trouvent « une tendinite au pied antérieur gauche, une très légère contracture musculaire au niveau du fessier, une contusion à la pointe du jarret postérieur droit, un accès de névralgie à la base de la nuque, de l’aérophagie, un début de carie et une allergie aux poils de chats ! » Mais tout cela n’est pas si grave alors on lui prescrit simplement des vitamines.

Et puisque le problème ne semble pas être physique, c’est forcément dans la tête que ça cloche ! Donc direction le psy… Celui-ci trouve que Dada est un peu mélancolique, un peu angoissé, un peu nerveux, un peu contrarié et surtout très fatigué (un peu comme chacun d’entre nous, en fait…). Rien de très anormal pour un champion. La prescription ? Quelques jours de repos.

Enfin, le grand concours hippique suivant arrive. Roger Canasson motive Dada à fond les manettes : « Nous sommes les meilleurs !!!! ». Mais là, CA-TAS-TRO-PHE ! Dada fait n’importe quoi. Roger manque tomber, il perd ses lunettes qui atterrissent sur le nez de Dada. Et miracle, Dada semble se reprendre, il continue, certes dans un style pour le moins peu académique, et finit par gagner le concours. Personne n’y avait pensé mais Dada est en fait MYOPE !

C’est une histoire vraiment drôle qui critique au passage notre société actuelle qui voue un culte peu sain à la réussite et condamne en bloc l’échec. Dès que l’on rencontre une baisse de régime ou que l’on subit un échec, c’est la panique. Pourtant la vie est faite de réussites et d’échecs qui participent à la construction des individus (les échecs sont d’ailleurs souvent plus formateurs).

L’album critique aussi le recours systématique aux diverses médecines et aux psys en tout genre dès le moindre pet de travers.

Albertine, illustratrice suisse, nous livre de magnifiques planches aux dessins colorés et chatoyants, aux détails minutieux qui font vraiment prendre vie à ces deux héros attachants.

Deux qui s’aiment

Texte : Jurg Schubiger

Illustrations : Wolf Erlbruch

Traduction : Marion Graf

Editions La Joie de Lire

Changement de registre ! Après l’humour et les ours, un peu de poésie avec l’album Deux qui s’aiment de Jurg Schubiger, illustré par Wolf Erlbruch et traduit par Marion Graf.

Lettre d’amour

Ceci est une lettre d’amour,
Aussi profonde, aussi sombre
Que la forêt, par exemple,
Ou que la nuit, tout simplement.

Mon cœur bat fort
A ta porte
Et tu cries : entre !
Car je ne veux pas être sans toi,
Mais avec toi, plutôt.

Ceci est une lettre d’amour,
Aussi profonde, aussi sombre,
Que la mer, par exemple,
Sans fonds, tout simplement.

A travers une vingtaine de poèmes, Jurg Schubiger aide l’enfant à entrevoir les différents aspects de l’amour et les questionnements qu’il suscite. C’est quoi l’amour ? Comment on embrasse ? Et si aime quelqu’un en secret, on fait quoi ?

L’illustrateur Wolf Erlbruch a choisi de proposer des animaux amoureux dont les paires sont parfois assez improbables : escargot et souris, hibou et écureuil, chien et chèvre ou même chat et chien qui se lancent dans l’aventure amoureuse ! Seuls les lapins, les oies et les ours restent entre eux. Ce recueil montre aux enfants que le plus important c’est l’amour, peu importe les différences ou ressemblances.

Drôle d’encyclopédie

Texte et illustrations : Adrienne Barman

Editions La Joie de Lire

Si je vous dis « ENCYCLOPEDIE », vous pensez plutôt à un livre à la typographie minuscule, instructif et surtout très très sérieux. Adrienne Barman, auteure et illustratrice de la Drôle d’encyclopédie, nous propose l’opposé de cette image peu engageante. Son ouvrage est ludique, esthétique, doté de magnifiques couleurs vives, humoristique, et pourtant tout à fait scientifique.



Les animaux répertoriés sont classés en fonction de leur particularité : les architectes, les légendaires, les rapides, les rayés, les jaune citron, les rouge tomate, les voyageurs, les gladiateurs, les si rapides qu’on ne les voit pas, etc.

Dans un patchwork de teintes et de dégradés, Adrienne Barman met en scène les animaux les plus divers : du léopard affalé sur une branche souriant au fond de l’eau, en passant par le hibou inquiet dans la nuit profonde ou encore le couple de cygnes éperdus d’amour.

C’est un travail titanesque qui a pris presque 3 ans à Adrienne Barman : près de 600 espèces sont recensées. Un magnifique ouvrage qui fait penser aux encyclopédies d’antan mais en beaucoup plus amusant.



Doregon Carina Rozenfeld L’Atalante

« Allongée sur mon lit, les yeux écarquillés, dans le noir, le corps raidi par l’inquiétude, mon esprit bondissait d’une idée à l’autre à toute allure, à la recherche de la meilleure solution pour protéger le Secret. Mon Secret, celui dont j’étais la gardienne. Celui qui était sous ma responsabilité. Dans l’obscurité à peine trahie par la lueur argentée de la lune, je distinguais les ombres dessinées par le mobilier familier de ma chambre, le tableau au mur représentant le fleuve dans ses méandres scintillants, le drapé des rideaux qui tombaient en motifs étranges dans la nuit, masquant la fenêtre monumentale, le tapis tissé de dessins entrelacés et compliqués, le mobilier en bois craquant. Et puis il y avait sa photo posée sur la table de chevet, qui me confortait dans l’illusion qu’il me regardait encore avec tendresse. Tout était parfaitement à sa place et, pourtant, je savais intuitivement que c’était la dernière fois que je voyais mon monde tel qu’il était en cet instant. Moone venait pour le détruire, le piétiner, le modeler à son image : brutale, haineuse, asservie à son immense égo. Je retins ma respiration quelques instants, guettant les sons encore lointains qui résonnaient dans le couloir. Moone était en route pour voler le Secret, me l’arracher. C’était tellement prévisible que, depuis plusieurs nuits, je me couchais tout habillée afin d’être prête à fuir… Il était urgent que je trouve où le dissimuler. Me cacher, moi, n’aurait aucun intérêt. Moone avait le moyen de me dénicher facilement. Il n’aurait alors aucun scrupule à le récupérer, quitte à me tuer pour cela. Un frisson remonta le long de ma colonne vertébrale. Comment en étions-nous arrivés là ? »

L’héroïne de cette trilogie, Mia, est étudiante aux Beaux-Arts. Depuis des années, la peinture est sa passion et elle peint un monde imaginaire qu’elle a baptisé Doregon.

Au cours d’une exposition où ses toiles sont présentées pour la première fois au public, un vieil homme étrange, Garmon, lui chuchote quelques mots à l’oreille puis disparaît.

Le soir-même, Mia observe son dernier tableau de Doregon et a l’impression d’y voir un mouvement… Non, elle a dû rêver… Mais, quel est ce chat noir dans le coin du tableau ? Elle ne se rappelle pas l’avoir peint. Elle tend la main vers le tableau et se retrouve aspirée à l’intérieur.

Mia découvre alors que Doregon n’est pas un monde imaginaire et qu’elle est reliée à ce dernier pour une bonne raison : elle doit en devenir le Veilleur. Doregon est en fait un sas de sécurité entre la Terre et les autres univers qui se créent en permanence.

Mia s’immerge dans ce nouveau monde, guidée par Garmon, le Veilleur actuel, qui doit la former. Elle y fait entrer Josh, le libraire dont elle est amoureuse, et Moone, son demi-frère. Mais, sans le savoir, en entraînant Josh et Moone à sa suite, Mia va mettre en péril l’équilibre des mondes. Elle va devoir protéger Doregon et le Secret, ce pouvoir hérité de sa mère qui lui permet de pénétrer dans ses peintures.

Sale bête

Tome 1 Hamsterdrame

Tome 2 On ira tous au charadis

Texte : Maïa Mazaurette

Dessin : Jean-Paul Krassinsky

Editions Dupuis

Grandeur et décadence d’un hamster transgénique affreux, sale et très très méchant !

Pour l’anniversaire d’une préadolescente complètement fashion victime, que peut-on trouver de mieux qu’un hamster siglé "Mattonvu" ? Rien.

Auguste, le père, et Elizabelle, la grande sœur, en commandent donc un sur le site de « La fabrique », une entreprise spécialisée dans la confection d’animaux de compagnie sur mesure. Pour le caractère, ils choisissent un animal joueur et sage comme le hamster de Britney Spears, dont Amandarine est fan.

Quelques jours plus tard, le paquet arrive. Mais lorsque la jeune fille l’ouvre, elle trouve une bête affreusement laide : suite à un dysfonctionnement dans la chaîne de fabrication, la mignonne petite bête attendue laisse la place à une sorte de rat extrêmement laid, franchement malodorant, aussi sournois que méchant et d’une grossièreté sans limite. Heureusement, aucun d’eux ne comprend ce qu’elle dit, en raison de sa petite taille. Après moult hésitations, la famille décide de garder ce monstre qu’ils baptisent « Bestiole ».

Pour le père, la cohabitation avec Bestiole sera un très bon apprentissage de la différence, ce qui fera le plus grand bien à sa plus jeune fille. Bestiole, qui semble habité par une haine féroce, passe ses journées à faire des bêtises. Il urine tous les matins dans les céréales d’Amandarine, échange les sous-vêtements des deux sœurs, nettoie les brosses à dents avec de l’anticalcaire... Tout le contraire du gentil chat rose Clarky, premier animal de compagnie de la famille.

Dans le second tome de Sale bête, on découvre que finalement, l’habit ne fait pas le moine. Et oui, le « gentil » chat Clarky est en fait un sombre manipulateur qui, avec un conseil de ses congénères, est à l’origine du dysfonctionnement dans la chaîne de fabrication de l’entreprise spécialisée dans la confection d’animaux de compagnie sur mesure. Et tout cela dans quel but ? Assurer la domination des chats « trop mignons » dans le monde bien sûr …

De planche en planche, on ne peut s’empêcher d’éclater de rire devant les aventures de Bestiole. A lire à tous âges !

Bonne lecture et bonnes fêtes de fin d’année !



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