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A World not ours
Film documentaire de Mahdi Fleifel
Article mis en ligne le 31 décembre 2013
dernière modification le 9 décembre 2013

par C.P.
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Le film documentaire de Mahdi Fleifel est sur les écrans depuis le 4 décembre 2013.

Dans ce film, le réalisateur palestinien Mahdi Fleifel rassemble 20 années d’images, de photographies et de vidéos souvenirs des membres de sa famille et de leur vie dans le camp d’Ain El-Hilweh. Sans traiter de front les questions des droits de l’homme et la situation des camps de refugiés, Fleifel filme ses proches dans leur quotidien avec une chaleureuse humanité teintée d’humour [1].

Dans ce journal en images, Mahdi Fleifel dresse avec sen­si­bilité et humour le por­trait inti­miste de trois géné­ra­tions d’exilés dans le camp d’Ain el-Helweh, dans le Sud du Liban, où il a lui-même grandi. Par un kaléi­do­scope d’enregistrements per­sonnels, d’archives fami­liales en 8 mm et de séquences his­to­riques, il illustre la vie quo­ti­dienne de trois géné­ra­tions pales­ti­niennes hors du monde. Pour la plupart d’entre nous, l’identité est un acquis : qui nous sommes, d’où on vient et ce que nous sommes est rarement remis en question. Mais pas pour les Pales­ti­niens, qui sont constamment priés d’apporter la preuve de leur identité, bal­lottés entre un ter­ri­toire perdu, la réalité des camps et un avenir contesté.

Quand l’Organisme d’Aide Huma­ni­taire des Nations Unies (UNWRA) ins­talla le camp en 1948, les familles furent placées en fonction de leur village d’origine en Palestine. Chaque famille reçut alors une par­celle de terre assez grande pour accueillir une tente et quelques animaux.

Les pre­miers rési­dents mirent un point d’honneur à ne pas construire en dur pour ne pas admettre que cette situation était autre que pro­vi­soire. Mais len­tement par la force des choses, ils durent se rendre à l’évidence et construire des loge­ments durables.

Au fil du temps, les ter­rains d’origine furent divisés à chaque mariage. Les par­celles rétré­cirent, les familles s’agrandirent, et com­men­cèrent à construire leurs maisons sur celles de leurs parents, créant ainsi un laby­rinthe de ruelles inaccessibles.

64 ans plus tard, Ain el-Helweh est tou­jours là, petit bout de Palestine entouré par les postes de contrôle de l’armée. Il est tou­jours interdit aux rési­dents de voyager. L’État libanais les considère comme des étrangers, ne leur octroyant aucun droit éco­no­mique, poli­tique ou social.

À travers le por­trait de son grand-père, de son oncle et surtout de son ami d’enfance Abu Eyad, Mahdi peint leur dés­illusion et leur désespoir quant à un retour en Palestine tou­jours repoussé. Il rend compte de la rési­lience de ces per­pé­tuels assiégés qui attendent on ne sait quoi. Mahdi Fleifel filme les habi­tants d’Ain el-Helweh depuis sa plus tendre enfance. Une habitude transmise par un père amoureux de la caméra, tou­jours prêt à capter petits et grands évè­ne­ments, pro­ba­blement conscient de l’importance de garder en mémoire le sort des siens et la vie dans le camp de réfugiés. Mahdi récupère les rushs de son père et construit son propre journal docu­men­taire. Avec A World Not Ours, il ras­semble 20 années d’images, de pho­to­gra­phies et de vidéos sou­venirs des membres de sa famille et de leur vie dans Ain el-Helweh.

Lorsque l’État d’Israël fut créé en 1948, pas moins de 900 000 Pales­ti­niens ont été contraints de partir. La plupart d’entre eux a fini dans des camps de réfugiés de pays fron­ta­liers comme la Jor­danie, le Liban ou la Syrie. Ces camps sont devenus d’énormes bidon­villes sur­peuplés construits sur un sol étranger, comme le camp Ain el-Helweh (signi­fiant lit­té­ra­lement “La source d’eau douce”, au Sud du Liban. C’est le plus grand camp du Liban avec 70 000 habi­tants sur une super­ficie de 1 km2. D’autant plus que les réfugiés de ce camp ne sont pas libres de sortir. Entourés par les bar­rages de l’armée liba­naise, sans État ni droits spé­ci­fiques pour les repré­senter, ils vivent un enfer­mement continuel.

Une plongée au cœur d’un camp de réfugiés palestiniens

Avec sa caméra, Mahdi dresse le por­trait de quelques figures mar­quantes, chacune d’elles portant le poids de sa géné­ration. Le grand-père, qui est l’un des pre­miers à avoir vécu le déra­ci­nement, espère tou­jours un retour en Palestine. En attendant, il cherche déses­pé­rément le calme, et combat surtout les enfants bruyants de sa ruelle. Puis, l’oncle Said, qui a perdu pied avec la réalité depuis la mort de son frère, et qui lutte contre ses démons inté­rieurs. Lorsqu’il ne se promène pas dans le marché, il reste à observer les poussins du haut de sa ter­rasse ou à chasser les matous à grand coup de san­dales. Et Abu Eyad, l’ami d’enfance du cinéaste, ancien membre du Fatah. Son dis­cours est politisé, tran­chant et d’une grande lucidité.

Souvent filmé en tra­velling dans les ruelles sinueuses d’Ain el-Helweh, il vaque à des occu­pa­tions un peu étranges, errant d’un lieu à l’autre, pour tuer le temps. Dans ces moments intimes avec la caméra, la parole se délie. Le trau­ma­tisme du déra­ci­nement comme de l’enfermement est présent dans tous les esprits. Mais l’amitié et la com­plicité entre le réa­li­sateur et ses proches ne peut franchir les bar­rières du camp. En effet, les réfugiés d’Ain el-Helweh ne peuvent sortir sans auto­ri­sation, alors de Mahdi a pu en partir très jeune et n’y revient que pour des vacances. Le chômage très élevé et la dureté de la vie à Ain el-Helweh, oppose plus encore la réalité du cinéaste à celle d’Abu Eyad, qui sans travail ni édu­cation, incarne le désespoir de toute une génération.

Notes :

[1Le film documentaire a été couronné par de nombreux prix internationaux.

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