DIVERGENCES 2
Revue libertaire internationale en ligne
Descriptif du site
Nestor Potkine
La moyenne, c’est fini
Article mis en ligne le 11 novembre 2014
dernière modification le 26 novembre 2013

par C.P.
Imprimer logo imprimer

Les principaux concurrents des auteurs de science-fiction sont les économistes, même si les seconds sont nettement moins agréables à lire que les premiers. De temps en temps, un économiste sort du lot. Ainsi de Average is over, Powering America Beyond the Age of the Great Stagnation de Tyler Cowen. Un de ces romans pornos pour hommes d’affaires « Comment gagner des milliards plutôt que des millions » ? Pas seulement, car Cowen joue les futurologues. Hélas, ses prédictions sonnent juste.

L’avenir est aux centaures

Un centaure était mi-homme, mi-cheval. Selon Cowen l’avenir proche est aux couples homme-machine. Pas seulement aux machines, elles ne sont pas encore assez autonomes, et trop de tâches leur sont encore impossibles. Donc au couple homme-machine. L’employé qu’on emploiera saura non pas tant utiliser une machine complexe (ordinateur, robot), qu’en optimiser l’usage. Il ne fera pas fonctionner la machine à 100 %, mais à 120 %. Cowen avertit : « La machine n’a pas besoin d’atteindre la perfection, ni même de s’en approcher, il lui suffit de faire mieux que vous ». Si une machine peut faire votre travail, vous n’aurez pas de travail. Si vous pouvez améliorer le travail d’une machine, vous aurez du travail. Cela dit, littéraires, pas d’inquiétude ! Que les machines produisent des produits ne suffit pas, il faut que ces produits séduisent. Diplômés en anthropologie, en psychologie, en sociologie, voire en littérature comparée, on vous aime !

À la direction du marketing. Mark Zuckerbeg, fondateur de Facebook et à présent propriétaire d’actions valant plusieurs milliards de dollars avait étudié… la psychologie.

L’avenir est à la stabilité sociale

On comprend mieux le titre du livre. La moyenne, c’est fini. Le monde développé se séparera en deux. Au cœur (cher, mais stimulant) des grandes villes, l’univers des capitalistes, de leurs managers, et de leurs employés brillants et fiables. Loin, là où il n’y aura guère de services publics ni d’emplois intéressants et/ou bien payés, l’univers des faibles, des mous, des incapables, des vieux, des pauvres. Cowen prévoit/recommande d’un cœur léger la construction de masse d’un habitat très, très bon marché (lire, de très, très mauvaise qualité) à l’usage des innombrables retraités du futur. Vous ferez partie des 10% aisés, riches ou obscènement riches. Ou vous ferez partie de la poubelle.
Le drapeau noir flottera-t-il au-dessus de la poubelle ? Que nenni, rassure Cowen. Et d’énumérer les raisons de la résignation de la poubelle. D’abord, l’universalité d’internet et de l’informatique permettra constamment à certains des pauvres d’intégrer les rangs des 10%, au moins parmi les employés. Et de temps en temps quelque gamin à idée brillante et à morale inexistante, quelque Bill Gates ou Mark Zuckerberg, fera fortune et maintiendra ainsi le mythe qu’il y a bien, dans la poubelle, un escalier qui mène au paradis.

Ensuite, les populations occidentales vieillissent. Où on a-t-on vu récemment des révolutions ? Dans les pays arabes. Quel pourcentage pour la jeunesse, dans les pays arabes ? Enorme ! Et quel pourcentage de chômeurs au sein de ces énormes jeunesses ? Encore plus énorme ! « Les révolutions sont dues aux jeunes fous, pas aux sages (et fatigués) sexagénaires ».

Enfin, Internet et la mondialisation enseignent aux habitants des poubelles occidentales que leur sort reste plus enviable que celui des habitants des autres poubelles.

Terminons par une consternante citation de Cowen : « Notre avenir créera encore plus de riches qu’avant, mais aussi plus de pauvres, y compris des pauvres qui n’auront pas accès aux services publics de base. Plutôt que d’équilibrer notre budget avec des impôts plus lourds ou des prestations sociales plus légères, nous permettrons au revenu réel d’un grand nombre de travailleurs de s’écrouler et nous permettrons donc la création d’une nouvelle sous-classe (« new underclass »). Nous ne verrons pas comment stopper cela. Et pourtant ceci sera une époque curieusement pacifique, grâce au vieillissement de l’Amérique et à la prolifération de nombreuses sources de divertissement bon marché. Il se pourrait même que ce divertissement bon marché soit si abondant que cela ressemblera à l’utopie communiste de Karl Marx, même si elle est due au capitalisme. Voilà la vraie lumière au bout du tunnel. »

Nestor Potkine, qui, soudain, préfère les tunnels sans lumière



Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.80.4