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Christiane Passevant
Le capitalisme ne joue pas aux dés. Comprendre le capitalisme financier pour s’en sortir
Christian Cauvin (Le bord de l’eau)
Article mis en ligne le 29 septembre 2013

par C.P.
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Si à première vue, l’ouvrage de Christian Cauvin — Comprendre le capitalisme financier pour s’en sortir — laisse à penser qu’il s’agit d’un
essai réservé aux spécialistes, il n’en est rien. Le titre principal — Le capitalisme ne joue pas aux dés — s’inscrit d’ailleurs en faux sur le but
de l’auteur. En effet, il n’emploie guère le jargon économique courant sinon pour en reprendre la signification usuelle et réelle, le langage est simple, radical et direct, bien éloigné des discours habituels pour brouiller les pistes. Christian Cauvin fait ici œuvre de pédagogue et dépasse largement le seul champ économique pour développer les conséquences du système capitaliste dans sa phase actuelle et démonter le processus lui-même.
Et il connaît bien la chanson puisqu’il travaille au cœur de la transmission de ce même système.

L’engagement de Christian Cauvin transparaît dans ses explications des processus économiques qui, si elles semblaient parfois inabordables pour certain-es, s’applique à en démontrer le caractère primaire à la base. Trois phases donc dans le capitalisme, commerciale, industrielle et, à présent, financière. Le capital financier étant « la logique de la rente accumulée grâce à la place éminente donnée à la dette », on ne peut que constater que l’on est en plein dans cette « logique actionnariale ».

Quant à la consommation, hissée au rang de valeur première qui devient l’aune à laquelle on mesure la vie d’une personne — et cela, on le constate un peu partout —, Christian Cauvin analyse largement le phénomène qui affecte la vie, non seulement humaine, mais de la planète elle-même.
La « Life Time value », autrement dit la valeur d’un temps de vie à consommer, érigé en critère, éclaire en effet sur le peu de cas fait par les dirigeant-es de la vie humaine dans les pays pauvres, et de l’environnement. Les pouvoirs dirigeants, économiques et politiques, ne s’encombrent guère d’états d’âme lors des guerres, des massacres, des catastrophes naturelles, des ravages faits au nom du profit à court terme ou bien des famines que cela entraîne.

Auparavant, il y avait la religion pour faire rêver d’un monde meilleur dans un au-delà hypothétique, peuplé d’anges et de houris dans un jardin d’Eden, ou encore l’atteinte du Nirvana, à présent, c’est la consommation, la pub et ses grand’ messes avec les marques et le fanatisme en prime. Le monde se compose d’humains considérés à présent comme des clients et des clientes potentiel-les. Comme le souligne Christian Cauvin, « Big Brother n’est plus de l’ordre de la fiction, le meilleur des mondes est atteint, Orwell et Huxley peuvent dormir tranquilles ou se retourner dans leur tombe… C’est selon. Ce qui reste proprement stupéfiant c’est qu’une telle assertion, une telle franchise, cette façon de “vendre la mèche”, ne provoque aucune réaction collective puissante dans une société sonnée, anesthésiée, découragée. Chair à canon hier, chair à consommation aujourd’hui. » Une aliénation réussie pour une large partie de la population. Il est vrai qu’entre le mythe de la croissance et la consommation, but ultime, et leur sacralisation assénée et rabâchée, il est de plus en plus difficile d’y voir clair.

Le capitalisme ne joue pas aux dés. Comprendre le capitalisme financier pour s’en sortir de Christian Cauvin revient sur les prémisses du système capitaliste, sur son évolution et les enjeux qui en sont le moteur. Cauvin déroule en quelque sorte plusieurs fils d’Ariane pour démêler les embrouilles, décrypter le système capitaliste et la « démocratie » en usage, véritable paravent et image de marque du système. Un package généralement présenté comme incontournable et unique pour éviter toute forme de fascisme et autre pouvoir totalitaire.

De là une propagande effrénée pour présenter la crise du capitalisme comme la justification évidente des programmes d’austérité, de là développer un discours afin de culpabiliser ceux et celles qui subissent
de plein fouet les effets de la « crise » sans en être responsables, les différents experts s’en font abondamment l’écho. La Novlangue est à l’honneur jusqu’à l’absurde. « Moraliser le capitalisme » en est un exemple, la formule illustre bien le phénomène qui exige la foi pour croire que la prépondérance des marchés puisse se satisfaire d’autre chose que d’un
« raisonnement “technique”, comptable, postulant l’équilibre du budget et l’interdiction du déficit budgétaire. » Devenu mondial, le marché impose la flexibilité : « Le salaire est un “coût”, il doit être le plus bas possible, ce qui ne protège relativement que les emplois de proximité non délocalisables et les emplois d’experts, de “professionnels” indispensables pour l’innovation,
la conception et la gestion des processus. »

Le capitalisme ne joue pas aux dés. Comprendre le capitalisme financier pour s’en sortir, autrement dit observer les coulisses des pouvoirs, les enjeux véritables, occultés la plupart du temps, déceler aussi les mécanismes de contrôle, de manipulations — la propagande —, également regarder l’aliénation qui en découle, dont chacun et chacune fait les frais à divers degrés. Car inutile d’être dupes, « le système est global, total, entièrement dédié à sa logique actionnariale et rentière mais continue d’utiliser les formes démocratiques pour disposer d’une symbolique légitimante et en conséquence du soutien des citoyens. » Or, si la propagande venait à ne plus fonctionner du côté formatage des individus,
si le soutien faiblissait, si la minorité à qui profite le système voyait ses privilèges remis en question pour un partage plus équitable, nul doute que la solution d’un régime autoritaire serait envisagée. Ce que rappelle Cauvin dans son essai : « Quand la domination ne trouve plus à s’exercer paisiblement grâce à l’indifférence ou à la soumission des dominés quand, en somme l’idéologie n’opère plus, la violence fait à nouveau irruption. » Tentation « d’autant plus forte que la concurrence, devenue mondiale, est plus vive et le risque élevé. »

Le capitalisme ne joue pas aux dés. Comprendre le capitalisme financier pour s’en sortir de Christian Cauvin est un outil efficace pour comprendre le système du « capitalisme financier couplé à la démocratie représentative » et d’en aborder, après l’analyse historique du capitalisme
et de son évolution, « les dimensions économique politique et anthropologique ». En cela Cauvin rejoint bien des analyses qu’elles soient publiées ou filmées qui expriment la volonté de sortir du capital financier, de la dictature de la dette, de la consommation présentée par la com comme « le seul horizon existentiel ».

P.S. :

Christian Cauvin présentera son livre, Le capitalisme ne joue pas aux dés. Comprendre le capitalisme financier pour s’en sortir, dans les Chroniques rebelles, sur Radio Libertaire,
le samedi 5 octobre (13h30/15h30)



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