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Christiane Passevant
Don Quichotte ou le vertige de Sancho
D’après Miguel de Cervantes
Article mis en ligne le 29 septembre 2013
dernière modification le 28 septembre 2013

par C.P.
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Don Quichotte ou le vertige de Sancho

D’après L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche de Miguel de Cervantes et la traduction d’Aline Schulman

Adaptation, mise en scène, scénographie : Régis Hébette

Avec Pascal Bernier, Marc Bertin, Fabrice Clément, Sylvain Dumont

Collaboration à la dramaturgie : Gilles Aufray

Conception lumière et régie générale : Saïd Lahmar

Conception son : Marc Bertin, Fabrice Clément, Sylvain Dumont

Costumes : Delphine Brouard

Théâtre l’Echangeur (Bagnolet)

Production Cie Public Chéri

du 26 septembre au 19 octobre 2013

Jeudi, vendredi, samedi, lundi [20h30]

Dimanche [17h]

[Relâche] les mardis et mercredis

www.lechangeur.org

01 43 62 71 20

On pourrait dire que la première partie est la rencontre des Don Quichotte et de Sancho qui se retrouve happé dans une quête qui le fascine. Les sons et la gestation du décor s’élaborent sous les yeux du public, tandis que trois Don Quichotte dévoilent sur scène trois facettes d’un même personnage dont la complexité oscille entre utopie, folie et résistance.
Apparaît Sancho qui, s’il est étonné et semble tout d’abord dubitatif, n’en est pas moins fasciné par l’univers fantasmatique qu’il découvre. Candeur et bon sens pratique… Son discours, souvent étonné par les prouesses métaphoriques de Don Quichotte, reflète la sagesse avec force proverbes que le chevalier errant réfutent en les taxant de cécité ou de crainte.

Cette nouvelle version du Don Quichotte de Cervantes est absolument captivante, d’abord grâce au texte — actualisé, proche, drôle et
touchant —, par la mise en scène brillante, rythmée et riche en trouvailles originales, enfin par le jeu des comédiens, littéralement possédés par leur personnage.

La mise en scène de Régis Hébette guide le public dans l’élaboration théâtrale à scène ouverte, démontant les « trucs » tout en les incluant dans le spectacle. On y croit… Les images et les sons se bousculent. On rit pendant l’extraordinaire scène de cavalcade sur Rossinante, dessinée sur un panneau de bois et accompagnée par la bande son concoctée en direct.
Est-ce une allusion aux Monthy Python Sacré Graal lorsque Don Quichotte chevauche la jument, avec en fond sonore, un son préfigurant le trot ou le gallop des chevaux ? On est ému-e aussi par l’espoir quelque peu désespéré d’un Don Quichotte qui tente de se surpasser en attaquant des fantasmes…

Fantasmes ? Peut-être est-ce une autre réalité ? Don Quichotte « est un visionnaire. [selon Gilles Deleuze en 1983] Il est halluciné ! évidemment quand on voit ce qu’il y a derrière les choses, on est halluciné. » Et n’en demeure pas moins l’attaque verbale et virulente de Don Quichotte qui s’en prend à l’hypocrisie et à l’allégeance, notamment à celle des chevaliers courtisans. Don Quichotte ou le vertige de Sancho, c’est aussi donner au
serviteur l’égalité avec son maître. Les rapports s’inversent dans l’évolution des personnages au fur et à mesure de la quête.

Un texte magnifique pour un voyage réel ou imaginaire de Don Quichotte, qui transcende les êtres et les objets pour les relier à sa quête de la vérité
et de la liberté. Sur scène, face à un Sancho tour à tour bavard et muet lorsqu’il est pris de vertige et n’exprime plus son étonnement que par des mimiques, il y a trois Don Quichotte, un philosophe, un rêveur et un passionné… Et pour accompagner l’histoire épique, une bande son surprenante, faite par des instruments improbables, jouée par les Don Quichotte devant un Sancho médusé et transporté dans un monde onirique. Le son tient un rôle important dans la pièce, donnant une résonance parfois mystique, parfois drôle, souvent décalée pour accentuer une impression d’irréalité ou d’hyper réalité, c’est selon.

Il est vrai que, comme le remarque Régis Hébette, « La destinée inouïe de Don Quichotte, qui depuis quatre siècles a suscité tant d’interprétations contradictoires, prouve que la réalité se nourrit de “fictions” et qu’elle a besoin pour se réinventer. » Et d’ajouter : « la réalité n’est pas autre chose que la fiction du plus fort [semble dire Don Quichotte] et notre époque, quoiqu’elle en dise, peinerait à démontrer le contraire… Don Quichotte n’aurait en tout cas aucune peine à y trouver la trace de ces “enchanteurs” qui ont “le pouvoir […] de transformer ou de faire disparaître les choses à leur gré” et “de nous faire voir ce qui leur plaît”. »

Un pouvoir plus que jamais apte à faire disparaître ou transformer la réalité.

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