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Maurice Rajsfus
Que fait le police ? Chronique anti-autoritaire
Article mis en ligne le 29 septembre 2013
dernière modification le 23 septembre 2013

par C.P.
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Editorial : En bon ordre, citoyens !

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Forces de l’ordre. Voilà une double expression, définissant bien l’objet, tout à la fois d’une démarche et d’une volonté de fermeté. La force ne peut qu’exprimer la brutalité légale, quant à l’ordre, il signifie la volonté d’interdire à quiconque de s’éloigner d’un mode de conduite obligé. L’ordre ne peut que sous-entendre la force, c’est-à-dire, surtout, la violence d’Etat. Ces réflexions, qui devraient aller de soi, ne sont pourtant pas évidentes pour le commun des citoyens. Lesquels estiment nécessaire de faire régner l’ordre par la force nécessaire. L’usage de la fore n’inquiète nullement ceux qui jugent son utilisation indispensable pour protéger un ordre nullement menacé.

Sous-produit de l’ordre, le désordre est souvent initié par ceux-là même qui prétendent défendre les institutions. Au nom de valeurs dites républicaines, n’ayant de rapport qu’avec la démocratie formelle, le pouvoir du moment ne manque jamais d’agiter la menace de l’ordre musclé. La société devrait fonctionner en bon ordre pour conjurer ce que les grands esprits décrivent comme cette anarchie destructrice des valeurs humanistes. Ce qui laisserait entendre que les hommes d’ordre sont de grands humanistes, et même les meilleurs qui soient pour protéger une population inquiète à l’idée de voir bafouées les bases d’un pays réputé terre de liberté et d’asile, sans comparaison possible.

C’est ainsi que la vie de la Cité doit se dérouler en bon ordre et, si nécessaire, sur un fond de discipline indispensable. Comme l’un ne va pas sans l’autre, la discipline obligée prendra le pas sur la convivialité. La solidarité laissant le champ libre à cette charité éventuelle, source de discrimination. A ce stade, les femmes et les hommes se craignent bien plus qu’ils ne s’estiment, évitant de trop se faire confiance, laissant libre cours au pouvoir policier, chargé de veiller aussi bien sur l’ordre public que sur l’ordre moral, le cas échéant. Est-ce là une interprétation alarmiste d’un climat n’ayant rien d’apaisant ? Il ne semble pas dans la mesure où la volonté est forte de plonger toute une population dans la crainte du désordre. Donc manipulable à souhait car la panique provoquée est proche.

Il est difficile d’imputer un tel état d’esprit aux gouvernants de droite plutôt qu’à ceux qui se prétendent de gauche. Depuis plus de dix ans, les uns et les autres se situent un peu sur le même plan, épousant un mode de réflexion quasi identique. En effet, comment réprimer efficacement pour satisfaire au mieux une population à qui il est expliqué qu’elle doit être protégée, pour que son bien-être soit assuré. D’où la nécessité de structures sécuritaires, acceptées par le plus grand nombre, et même exigées par certains. C’est ainsi que, peu à peu, le citoyen réprimé se voit devenir prescripteur d’un mode de surveillance actif.

Nous avons donc vu apparaître un autre maître-mot, accolé à ordre et force (publique !) : la sécurité, qui serait une valeur de gauche, donnant naissance au principe sécuritaire, puis, tout naturellement, à cette insécurité tellement évoquée au cours des campagnes électorales. Ainsi, lorsque dans un quartier ou une banlieue dite « sensible », des jeunes inoccupés (parce que le chômage y atteint des sommets), et « tiennent les murs », les tenants de l’idéologie sécuritaire se plaisent à dénoncer l’insécurité ambiante. IL en va de même quand un campement de Roms s’installe – faute de mieux – près d’une voie de chemin de fer ou dans un terrain vague sans accès à l’eau ou à l’électricité, il est immédiatement question d’insécurité. Cette évocation constante de l’insécurité ne peut que plonger les « bons citoyens » dans une inquiétude permanente, et sans autre réflexion que la nécessité de maintenir l’ordre.

Le climat ainsi créé ne peut que satisfaire les grands esprits de la droite dite « républicaine » comme Eric CIotti ou Christian Estrosi. Lesquels ne cessent de critiquer les mesures sécuritaires de la gauche, souvent empruntées à la droite, et clament hautement : « Peut mieux faire ! » Pour ces adeptes de la punition dure, lors du premier carreau cassé ou du graffiti mal venu, nos banlieues seraient peuplées de hordes de voyous qu’il conviendrait de mettre au pas, quitte à provoquer des révoltes (ils disent « émeutes »), bien légitimes. Notre actuel ministre de l’Intérieur ne semble pas trop s’émouvoir de ces incitations à la répression, estimant peut-être que ces bons apôtres du maintien de l’ordre lui mâchent gentiment la besogne.

Manuel Valls a l’esprit tranquille. Solidement campé sur les valeurs républicaines qu’il estime incarner, il désire nous persuader qu’il ne fait que s’inspirer de l’exemple de Georges Clémenceau, bien connu, jadis, comme remarquable briseur de grève lorsqu’il était ministre de l’Intérieur. Cet homme d’ordre du passé n’hésitait jamais à faire appel à la troupe ou à la police pour que puisse régner l’ordre au travail. En ces temps héroïques, remettre en cause la loi patronale n’était rien d’autre qu’une certaine forme d’incivisme. Fort heureusement, nous n’en sommes plus là puisque la Constitution reconnaît le droit de grève. Il suffirait pourtant de fortes remontrances d’un certain nombre d’industriels pour que le « liberté du travail » fasse également partie des grands principes reconnus pour que puissent se développer les entreprises. Nous n’en sommes pas encore là, mais il suffit de constater le zèle des CRS et gendarmes mobiles à démanteler les piquets de grève pour être assurés de l’indispensable respect de l’ordre social.

Manuel Valls, tellement fidèle à l’enseignement des grands anciens, ne peut qu’avoir en mémoire ces belles paroles de Léon Blum, lors du mouvement social de mai/juin 1936 : « Nous sommes les gérants fidèles du capitalisme… » Il ne faudrait donc pas être trop surpris devoir l’hôte de la place Beauvau, bardé de ses certitudes, prises tout à la foi chez « Le Tigre » et auprès du champion de « la Pause », en juin 1936. Comme l’ordre ne connaît pas de sentiments, il ne faut attendre d’élans conviviaux de la part d’un homme qui a fait de l’ordre sa religion, tout en prétendant œuvrer pour le peuple de gauche.

Revenons à notre propos initial. L’ordre et la force étant inséparables, il est bien naturel que ceux qui proclament leur volonté de maintenir l’ordre, fassent également appel à à la force pour arriver à leurs fins. Cela, quel que soit le bord politique. Avec toujours la même explication : le peuple a besoin d’ordre, le peuple ne peut qu’apprécier l’ordre – y compris le peuple de gauche, est-il affirmé. On connaît l’argument, qui a beaucoup servi, et les hommes d’ordre ne se sont jamais privés d’en user. Seuls quelques naïfs pourraient s’étonner d’entendre un même discours émanant de la droite répressive comme de la gauche se prétendant humaniste.

Persiflons un peu

La planète policière est insondable. On n’en connaît véritablement que la surface mais sa profondeur demeure mystérieuse. Une certitude : les policiers obéissent aux ordres reçus. Pourtant, comme il est indispensable de se faire remarquer par ses chefs, le gardien de l’ordre public – jadis gardien de la paix – ne manque jamais de faire preuve de zèle. En fait, la mission ne serait parfaitement réussie que si les exécutants ont le sens de l’initiative productive. Ce qui permet à la hiérarchie — qui laisse faire — de se vanter de son efficacité, tout en niant toute implication dans les opérations malencontreuses. Que cela soit bien clair, au grand jamais les officiers de police ne sont à l’origine de ces bavures tellement banalisées que la presse paraît fréquemment les ignorer. Finalement, cela ne sera jamais trop grave pour le fonctionnaire d’autorité, généralement décidé à se faire remarquer, mais les Commissions de discipline de la police nationale se montrent très souvent clémentes.

Il faut bien comprendre que le policier chargé de faire respecter l’ordre public, ne peut pas être tout à fait mauvais. Tout d’abord, son choix de servir le pays profond fait de lui un protecteur naturel des institutions sur lequel il sera possible de compter. Ensuite, il faut bien être persuadé que son année de formation en école de police ne peut que parfaire sa vocation, tout comme son approche conviviale de la société. C’est ainsi qu’après avoir réussi son examen de sortie, il sera possible de vérifier les qualités de celui qui va défendre la République et ses valeurs — sauf à les bafouer, par nécessité, le cas échéant.

Le bon policier doit s’efforcer de démontrer que l’institution qu’il sert n’est pas peuplée que de matamores, de quelques voyous légaux, parfois. Pourtant, nul ne peut le nier, il est possible d’y cotoyer de trop nombreux adeptes de la manière forte. Curieusement, certains peuvent être proches de l’extrême-droite musclée mais ceux-là ne cessent d’expliquer qu’ils ne font pas de politique. Leur vocation étant de maintenir l’ordre mieux que ne le feraient les enfants de chœur qui se laisseraient aller à réfléchir sur le bien fondé de certaines méthodes lors des interventions policières.

Pour que l’ordre règne, il faut bien que chacun y mette du sien, les meilleurs policiers étant toujours disponibles pour indiquer la marche à suivre. Les citoyens de ce pays devraient être satisfaits de la sollicitude que peuvent leur porter les gardiens de l’ordre public — tout en les incitant, pour certains, à taper plus fort. Comme il faut bien que l’ordre règne, il est nécessaire que chacun y mette du sien, estiment ceux qui jettent la cognée avec le manche, et aimeraient qu’en tout citoyen puisse sommeiller un auxiliaire bénévole toujours bien venu pour fournir les quelques renseignements nécessaires pour « loger » un suspect. Il y a du travail car les « individus » dont il convient de se méfier seraient de plus en plus nombreux.

Heureux temps, où tout u n chacun se comporterait en soutien actif d’une police manquant d’effectifs. La démocratie ne pourrait qu’y trouver son compte si ce concept n’était pas constamment dévoyé par les éternels utopistes pour qui les démonstrations de force nécessaires sont autant de mauvaises actions envers une population encline à recevoir des ordres. Il y aurait bien une solution : faire comprendre la logique de la surveillance policière élargie à tous ceux qui en admettent la logique. L’idéal étant de voir de plus en plus d’admiratifs de la fonction policière prêter main forte à ceux qui ont pour charge de réprimer. Est-ce à dire qu’en tout citoyen responsable sommeillerait un père fouettard ? Et pourquoi pas, diraient ceux pour qui l’ordre constitue une priorité absolue.

Serait-là une bonne approche pour éviter l’avènement d’une société policière peu appréciée par les humanistes ? À partir de cette interrogation majeure, peut-être faudrait-il tenter de sensibiliser la population à l’idée que si elle coopérait de bon cœur aux actions nécessairement répressives des forces de l’ordre, tout irait pour le mieux dans un environnement apaisé. En effet, si les citoyens eux-mêmes voulaient bien se comporter en créateurs d’ordre, la tache des défenseurs de la veuve et de l’orphelin ne pourrait qu’être simplifiée. Les policiers redevenant sergents de ville, s’inquiétant du sort des passants sur les passages protégés de nos rues grouillantes de voitures, tout en veillant affectueusement sur les personnes à mobilité réduite – comme on fit de nos jours. Redevenue composante utile de la Cité, la cohorte policière pourrait s’appliquer à changer de nature pour, enfin, devenir conviviale. Tout cela au grand étonnement de ceux qui, peu de temps auparavant, rasaient les murs pour éviter nos croquemitaines…

Un peu d’histoire : qu’en était-il de la police de proximité ?

En un temps où notre actuel ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, n’intervient pas trop à propos des mauvaises pratique d’un certain nombre de fonctionnaires de police, il n’est pas dépourvu d’intérêt de revenir sur les promesses du gouvernement Jospin concernant une hypothétique « police de proximité ». Dès l’été 1997, et suite au colloque de Villepinte orchestré par Jean-Pierre Chevènement, la mise en oeuvre de la police de proximité avait pour volonté de transformer en profondeur la fonction policière, et pour objectif « d’assurer pour tous en tous lieux le droit à la sécurité. » Quels que soient les progrès espérés dans les rapports police/population, il faut tenir compte du fait que, moins de eux ans après un début de mise en œuvre, cette réforme ayant pour objet d’humaniser la police du pays de la liberté, Nicolas Sarkozy arrivait au ministère de l’Intérieur. Immédiatement, le nouveau Premier flic de France affirmait que les policiers n’étaient pas sur le terrain pour faire du social mais pour constater les délits. Dix ans plus tard, avec Manuel Valls aux manettes, il ne semble pas que cet homme d’ordre, qui a tant de points communs avec son prédécesseur, ne paraisse guère s’inspirer de ce « contact permanent » utopiste entre la police et la population envisagé dans le projet de police proximité. Bien au contraire : selon de nombreux policiers interrogés, la politique du chiffre, chère à Nicolas Sarkozy, serait toujours d’actualité.

Dans le Guide pratique de la police de proximité, publié en 2000 par le ministère de l’Intérieur à la Documentation française, il était prévu un « Plan de formation continue portant sur les nouvelles conditions du métier (de policier), sur l’évolution des compétences qu’implique ce changement et les outils opérationnels qui en sont le support… » Belles intentions qui ne devaient jamais trouver un début d’application dans les faits. Ce qui allait surtout évoluer, par la suite, ce sont surtout ces « gestes enseignés en école de police », à l’origine de graves blessures ou de décès pour les « individus » prétendument « récalcitrants ».

Le Guide pratique prévoyait de nombreux policiers présents dans les quartiers, et à l’écoute de la population dans le but de traiter la demande de sécurité, tout en assumant une mission « d’accueil, d’assistance et de conseil ». Cela sans négliger une prévention développée en direction des jeunes ou des publics les plus vulnérables. Bien entendu, nous serions loin du compte, et cette pratique qui se voulait humanitaire n’a jamais été appliquée à l’époque, pas plus qu’elle n’a été envisagée depuis le retour de la gauche au pouvoir et l’arrivée de Manuel Valls au ministère de l’Intérieur.
Bien évidemment, les actions répressives n’étaient pas négligées mais il convenait « d’éviter qu’une situation, de conflictuelle, ne débouche sur des difficultés d’ordre public parce qu’elle n’avait pas reçu de réponse en temps opportun. » Belle ambition qui devait se limiter à une apparence d’humanisme, dans le Guide pratique. À rebours, la police de proximité se devait de développer « de nouvelles relations avec la population, dans un souci d’estime réciproque, de responsabilité et de citoyenneté. » Cela, nécessairement, dans le but de « créer un climat de confiance (et) permettre un rapport étroit et permanent par l’écoute et le dialogue. »

Belles proclamations qui devaient faire sourire les anciens dans les commissariats de police, et grincer les dents des jeunes recrues déjà formées à en découdre avec des « individus » censés menacer l’ordre public. En fait, de façon qu’il est possible de qualifier d’hypocrite, le but résidait surtout dans la volonté de faire participer la population aux opérations de police, « de façon citoyenne et civique ». Le brave Français devenant « un interlocuteur rapidement joignable ». Plus généralement, il était prévu de diviser chaque quartier en cellule de veille, de sensibiliser les élus en matière de sécurité de la population. Avec, à la clé, une fiche d’ambiance actualisée régulièrement, issue des quartiers, accompagnée de compte-rendu rédigés par les équipes proches du terrain. En clair, depuis Vidocq, la tentation avait toujours été forte de trouver un maximum de peu honorables correspondants au sein de la population. Ce qui constitue, à l’analyse, la meilleure façon de faire de la bonne police — ce qui veut dire la pire.
Jean-Pierre Chevènement, et son équipe de penseurs sécuritaires, n’innovaient pas vraiment en la matière. Plus simplement, leur volonté qui se voulait apparemment humanitaire avait surtout pour objet de rapprocher la population de la police alors que, de façon plus utopique, il aurait été utile de modifier les mœurs policières, passablement dégradées depuis la guerre d’Algérie et la répression de masse de mai/juin 1968.

Créateurs d’insécurité ?

Ce serait une grave erreur de croire que l’été 2013 s’est déroulé sans les bavures habituelle. Les 21 et 22 août, nous apprenions, par Libération, que, le 20 août, suite à ce qui aurait pu être qu’un banal contrôle policier, effectué à Joué-les-Tours, cette cité d’Indre-et-Loire, risquait de sombrer dans ce que les tenants de l’idéologie sécuritaire qualifient « d’émeute » de banlieue. Il se trouve, fort heureusement, qu’une vidéo a été tournée par un témoin qui, depuis sa fenêtre, assistait à l’altercation. Que s’était-il passé ? Un policier, plein de zèle, suite au contrôle au petit matin d’un véhicule dont le conducteur était pris de boisson, s’en prenait à une passagère qui protestait contre les méthodes de ce gardien de l’ordre public. Ce document vidéo permettait d’entendre ce policier insulter la jeune femme, et proférer des mots doux comme « salope » et « connasse », et même « ferme ta gueule ! » Comme si cela ne suffisait pas, ce policier allait joindre le geste à la parole et asséner des coups de matraque à sa victime, avant d’aller chercher dans sa voiture un bombe de gaz lacrymogène dont il arrosera abondamment la récalcitrante, en plein visage, avant de la plaquer au sol de façon musclée.

Cette vidéo, qui gêne tellement les tenants de l’ordre républicain, sera visionnée plus de 700.000 fois sur le Net, tandis qu’il était possible de la voir à de nombreuses reprises sur les différentes chaînes de télévision. Pour les porte-parole de plusieurs syndicats de policiers, il s’agissait, au départ, de « l’interpellation d’un conducteur en état d’ébriété », qui avait dégénéré. Chacun y allait de son commentaire, tel Nicolas Comte, secrétaire général du syndicat Unité-SGP-Police (soit disant proche de la gauche), expliquant sur France 2 que la réaction de son collègue, adhérent du syndicat Synergie Officier (résolument de droite), était naturelle et proportionnée puisqu’il avait été mordu à plusieurs reprises par la passagère. Détail destiné à faire pleurer dans les chaumières, l’officier aurait été mordu « au sang », à trois reprises, au niveau de l’omoplate, de la poitrine et de l’épaule.

Ces différents documents, témoignage de l’extrême brutalité policière, ce matin du 20 août, ne pouvant manquer de susciter des polémiques peu favorables à l’image de nos fonctionnaires d’autorité, Manuel Valls, indiquait, dès le 21 août, que l’Inspection générale des services (IGS) avait été saisie. Il n’en reste pas moins que notre ministre de l’Intérieur déclarait néanmoins qu’il n’acceptait pas le titre de la vidéo circulant sur le Net : « Honte à la police française ! » Ajoutant cependant : « La police doit être irréprochable » et « il n’y a pas de place dans la police pour de la violence ou des propos qui n’ont rien à voir avec l’idée que l’on se fait d’une police républicaine. » De son côté, le brave Nicolas Comte estimait, de façon mesurée, que « les termes employés par les fonctionnaires sont intolérables mais qu’ils doivent s’apprécier avec le recul, du fait de la violence subie. » (Par le policer, bien entendu)

Très rapidement, pourtant, il était possible d’apprendre, à Joué-les-Tours, que le policier violent était bien connu des habitants du quartier de la Rabière, où « l’incident » s’était produit. Ensuite, il s’avérait, suite à une nouvelle vidéo, révélée par Médiapart, que ce serait le conducteur du véhicule contrôlé qui aurait mordu l’officier de police. En témoignerait cette gentille expression, audible sur cette vidéo : « Il me mord, cet enculé ! »
Dès lors, ne manquait pas d’interroger Libération : « Un tel usage de la force, à l’encontre de la femme, était-il nécessaire ? » Le 21 août, une trentaine de jeunes du quartier de la Rabière, rassemblés devant la mairie de Joué-les-Tours, demandait la mutation du policier violent, l’un d’eux expliquant : « C’est toujours le même flic qui nous pose problème. Ca fait deux ans qu’il est là, il fait la misère à tout le monde. Il faut absolument le calmer parce que sinon, un jour, il dérapera vraiment. »

Un autre jeune du quartier ne manquait pas d’ajouter : « Je suis à la Rabière depuis quinze ans. Depuis que ce mec est arrivé, l’ambiance se dégrade. Moi, il me contrôle trois ou quatre fois dans la journée, alors qu’il sait qui je suis puisqu’il m’appelle par mon nom. Il me connaît mais il insiste. Comment appeler ça sinon de la provoc ? » Joint par Libération, le commissariat de Joué-les-Tours et la préfecture d’Indre et Loire devaient refuser tout commentaire sur les états de service du policier mis en cause,. À suivre, bien entendu…

. Dans Libération, daté du 23 août, il était rappelé que le 19 juillet, suite au contrôle d’une femme voilée, à Trappes, qui avait provoqué un rassemblement devant le commissariat local, des policiers avaient utilisé du gaz lacrymogène et des flash-ball pour disperser une centaine de jeunes protestataires. C’est à cette occasion qu’un garçon âgé de 14 ans recevait deux projectiles de flash-ball, l’un lui effleurant le crâne et l’autre, apparemment mieux ajusté, le frappant à un œil. Transféré rapidement à l’hôpital, les médecins n’avaient pas pu sauver l’œil de l’adolescent.
Selon un témoin, « le policier auteur de ce double tir était à moins de dix mètres de Salim. Il a bien vu que c’était un gosse. » Au lendemain de ce drame, sur la page Facebook d’un groupe de policiers, l’un d’eux
s’exclamait : « Oh, merde, il lui reste un œil pour pleurer ! » Sans commentaires.

. Il est utile de rappeler que, le 25 juin 2013, à Villemonble (93), lors d’affrontements entre jeunes et policiers, une mère de famille, victime
d’un tir de flash-ball, avait également perdu un œil. Nos cerbères
auraient-ils pour consigne de tirer à la tête ? Évidemment, une enquête
a été ouverte.



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