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Christiane Passevant
La Méditerranée, tout un cinéma !
35e festival du cinéma méditerranéen
Article mis en ligne le 29 septembre 2013
dernière modification le 9 octobre 2013

par C.P.
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La 35ème édition du Festival international du cinéma méditerranéen de Montpellier se tiendra du 25 octobre au 2 novembre 2013.

Le 35e Festival international du cinéma méditerranéen, CINEMED,
dévoile son programme qui propose, comme chaque année, un éventail cinématographique surprenant par sa diversité, avec la présence de cinéastes prestigieux, d’artistes connu-es, la découverte de nouvelles productions cinématographiques, des rétrospectives passionnantes, des films inédits, des débats… En bref un festival passionnant et un bonheur pour les cinéphiles. Deuxième festival après Cannes, le festival international du cinéma méditerranéen de Montpellier réussit la prouesse d’offrir des avant-premières, des nouveautés, des raretés, des inédits associés tant
au cinéma d’auteur qu’au cinéma populaire. Et cette fois encore, le festival réussit une programmation idéale.

Le cinéma égyptien est cette année particulièrement à l’honneur.
Le festival choisit en effet de mettre sur la sellette Marianne Khoury, productrice et réalisatrice qui, depuis plusieurs années, est à la tête de la société Misr Films, fondée par Youssef Chahine. Ce sera l’occasion de montrer l’originalité de l’industrie cinématographique égyptienne et sa richesse. En Égypte, le cinéma a toujours tenu une place importante
dans la production cinématographique mondiale et les femmes y ont une place certainement prédominante.

Depuis 1982, Marianne Khoury a développé Misr Films pour en faire l’une des plus prestigieuses entreprises de cinéma du Moyen-Orient. Elle a produit de grands cinéastes du cinéma égyptien, tels Yousry Nasrallah, Atef Hetata (Antigone d’or en 1999 pour Les Portes fermées), Samir Habchi, tout en réalisant elle-même des documentaires sur la marginalisation et l’exclusion sociale. Le festival CINEMED propose donc un regard sur l’œuvre et l’action d’une femme de cinéma dans la société égyptienne durant trois décennies.

Il y a deux ans, Les femmes du bus 678 de Mohamed Diab (premier long métrage du cinéaste égyptien), qui traitait du harcèlement et mettait en scène trois caractères de femmes déterminées, a été ovationné par le public. La même année était diffusé un film de pure création spontanée, Microphone de Ahmad Abdalla. Plusieurs histoires se croisaient dans la ville d’Alexandrie, avec pour fil conducteur, une expression artistique underground en pleine expansion malgré la censure et le caractère répressif du régime. Le cinéma, la musique, le théâtre vivant, le graph et le skate-board… Microphone offrait une image différente de la société égyptienne, dont la jeunesse, urbaine en ébullition et avide de liberté, est à la recherche de nouvelles sources d’expression artistique. Microphone préfigurait les attentes d’une société en mouvement.

L’année dernière, Winter of discontent de Ibrahim El Batout a remporté le prix de la critique et, parallèlement à l’Antigone d’or décernée à Rusudan Chkonia pour Keep Smiling, une mention spéciale du jury. Si Winter of discontent n’est malheureusement pas encore distribué en salles, il n’en pas moins pour autant un des meilleurs films de la nouvelle génération des cinéastes et l’une des visions les plus justes de la situation et de la société égyptienne. Trois personnages, Arm, militant pour une information libre par voie électronique, Farah, journaliste connue, mais prise au piège de l’information officielle, et Adel l’homme de la Sécurité, dont les privilèges reposent sur la répression et la torture. Les trois personnages sont liés, l’activiste et le tortionnaire depuis l’incarcération de Arm et les interrogatoires qu’il a subis, bien avant les turbulences de la fin de règne de Moubarak. Quant à Farah, elle a partagé les idées d’une information libre sans oser les défendre.

Remarquablement filmé dans une palette de clairs obscurs pour rendre l’ambiance de terreur du régime et, par la suite, la violence et les tensions en écho de la révolte, Winter of discontent explore l’itinéraire et les contradictions de ces trois personnes avec, en toile de fond, le soulèvement populaire de la place Tahrir. Winter of Discontent est aussi une réflexion sur l’après révolution. Un pouvoir tombe, mais les supplétifs du contrôle et de la répression demeurent en place. Ils changent seulement de maître.

En Méditerranée, les personnalités féminines sont nombreuses, en Espagne par exemple, le festival a déjà reçu Carmen Maura, et cette année, l’invité est la superbe Marisa Paredes, figure majeure du cinéma espagnol. On se souvient de son rôle magnifique dans Talons aiguilles de Pedro Almodovar (Tacones lejanos, 1991, avec Victoria Abril et Miguel Bose), mais elle est aussi l’interprète de bien d’autres films. Elle a en effet tourné avec des grands noms du cinéma, Raoul Ruiz, Arturo Ripstein, Roberto Benigni, Manoel de Oliveira, Guillermo del Toro et Agustí Villaronga. Ce dernier est hélas un cinéaste trop méconnu en France. Son œuvre nous sera présentée cette année, notamment Prison de cristal (1987), avec Marisa Paredes, qui est devenu culte. Majorquin, Villaronga est un cinéaste marqué par l’après-guerre franquiste et l’analyse du fascisme dans des films comme El mar (2000), Pain noir (2011), et Carta a Eva (2013), avec Carmen Maura, l’itinéraire de trois femmes dont les vies se croisent au cours de la visite officielle d’Eva Perón dans l’Espagne de 1947. De belles rencontres en perspective.

Pour représenter l’Italie, Matteo Garrone, réalisateur de Gomorra d’après le livre de Roberto Saviano, a carte blanche pour montrer quelques chefs d’œuvres dont Huit et demi de Fellini en copie restaurée. En 2002, Matteo Garrone était en compétition avec son premier long métrage de fiction, L’imbalsamatore (L’Étrange Monsieur Peppino, à Montpellier.

Daniel Auteuil — Ugolin dans Jean de Florette et Manon des sources de Claude Berri — est aussi l’invité du festival. Et pour la fameuse nuit en enfer, l’horreur et le fantastique sera sur l’écran grâce à Brian de Palma.

De quoi mettre l’eau à la bouche en attendant le programme de la compétition, en ligne à partir du 8 octobre.

25 pays de la Méditerranée, 250 films, longs et courts métrages en compétition, documentaires, cinéma expérimental, avant-premières… Un seul et récurrent regret, celui de ne pas suivre toutes les séances durant ces dix jours consacrés au grand cinéma.

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