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Christiane Passevant
« Rentrez chez vous et racontez »
Création théâtrale de Claudia Monge
Article mis en ligne le 29 septembre 2013
dernière modification le 18 septembre 2013

par C.P.
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Le théâtre concerné, engagé peut être bouleversant et fort en émotions, une création théâtrale le prouve, celle de Claudia Monge, « Rentrez chez vous et racontez ». La création donne à imaginer, à percevoir la dimension tragique de ce que vivent les femmes, victimes de viols et de violences abominables dans les zones de combat en République démocratique du Congo.

Claudia Monge est l’auteure — inspirée par la situation actuelle dans l’est de la RDC —, la metteure en scène et l’interprète de « Rentrez chez vous et racontez ». La pièce met en scène deux personnages, Elle et lui. Interprétée avec conviction par Charles Meunier face à Claudia Monge, la pièce, profondément juste et touchante, aborde un sujet extrêmement violent et hélas d’actualité, l’utilisation des corps des femmes
dans les conflits, la chosification des corps pour punir, dominer, terroriser, anéantir.

Dans une langue digne et émouvante, Clausia Monge se fait l’écho des souffrances des femmes de la République démocratique du Congo, prises au piège de la guerre civile, et décrit la blessure à vie des viols et ses conséquences sur la vie des victimes.

« Rentrez chez vous et racontez », c’est ce qui est dit à ces femmes quand elles sont épargnées et échappent à leurs bourreaux. Le procédé est atroce quand on sait de surcroît ce qu’il va advenir de ces femmes violées dans la société. Des femmes brisées, marquées, démunies devant la justice de leur pays. Il faut dénoncer ces crimes, les faits sont la plupart du temps enfouis, cachés, comme pour tourner absolument une page de l’histoire de la région, sans poser de questions. Les femmes sont sacrifiées une fois encore.

Après tous les récits qui lui furent confiés, les regards échangés, Claudia Monge s’est voulu témoin de la barbarie, des mots qui s’étranglent dans la gorge, des douleurs qui parfois ne peuvent s’exprimer tant la marque des violences est insupportable. « Chacun des témoignages que j’ai lu et entendu jusqu’ici m’a laissée sans voix. Ces femmes, qui ont vécu l’indicible, sont pour certaines parvenues à le raconter. D’autres n’ont pas réussi à mettre des mots sur ces actes qui les ont détruites à jamais. Quoi qu’il en soit, elles les ont sentis, éprouvés, vécus dans leur chair. Nous n’aurons malheureusement jamais accès à leur intériorité de manière directe, mais toujours à travers le prisme de notre subjectivité — voire de leur propre subjectivité. Alors plutôt que de dire pour elles, je fais le choix de dire ce que j’ai ressenti à travers elles et de le mettre en mots dans la bouche de mes deux personnages : Elle et Lui. »

Les civil-es sont les victimes des guerres, et les conflits sont nombreux — une cinquantaine d’après Andrée Michel [1] —, les femmes et les enfants étant évidemment les plus vulnérables. Viols et massacres sont perpétrés au nom du pouvoir. La situation des femmes de RDC en est une cruelle illustration.

« Rentrez chez vous et racontez » est une transmission à la fois intime et universelle de ce qui ne doit plus exister, avec beaucoup de pudeur, sans aucune trace de voyeurisme ou de dramatisation. C’est un condensé de l’histoire de ces femmes en souffrance, à vrai dire en double souffrance, car la reconnaissance de ce qu’elles ont subi, les violences et le rejet de leur famille, de la société en raison du tabou sur le viol des femmes, est occulté.
Comment en effet vivent ou survivent ces victimes ? De victimes, elles sont presque coupables de s’être trouvées au mauvais endroit et au mauvais moment.

Il est certain que le déni, le silence complice et l’impunité des tortionnaires rajoutent encore des violences supplémentaires à celles qu’elles ont vécu.

La prochaine représentation de « Rentrez chez vous et racontez » aura lieu le 5 octobre 2013 dans le cadre d’une Journée dédiée aux femmes violées de la RDC.

Notes :

[1Dans Surarmement, pouvoirs, démocratie, Andrée Michel étudie les enjeux des complexes militaro-industriels (CMI), leurs buts et leurs liens avec les pouvoirs politiques. La France est le premier fournisseur d’armes au tiers-monde.

Il existe actuellement 53 conflits dans le monde.

Cette barbarie généralisée pour les populations représente pour les pays producteurs d’armes (États-Unis/France/Grande-Bretagne) un catalogue “live” des nouvelles techniques de destruction pour un marché mirifique. La soumission de la grande majorité des médias aboutit à une désinformation qui banalise l’horreur grâce aux nouveaux moyens techniques et audiovisuels, à l’abstraction de la mort des civils et des menaces découlant directement des conflits ou encore à l’occultation des voix qui s’élèvent contre la dérive médiatique. “Guerre propre”, “frappes chirurgicales”, “guerre du droit”, “Restore Hope”, “opération humanitaire”… De la propagande à coup de formules promotionnelles alors que la guerre est toujours sale, meurtrière, que les civils sont les premières victimes et de plus en plus nombreuses. Voir http://chroniques-rebelles.info/spip.php?article207

P.S. :

Stop au viol comme arme de guerre Pour un Tribunal Pénal International pour la République Démocratique du Congo Pétition internationale pour la défense des femmes congolaises.

Pétition en ligne :

https://www.change.org/fr/pétitions/stop-au-viol-comme-arme-de-guerre-pour-un-tribunal-pénal-international-pour-la-république-démocratique-du-congo

Cette pétition est une façon déterminée de dire et de proclamer que « le corps des femmes ne doit pas, et ne devrait plus jamais être utilisé comme arme de guerre » au Congo et partout ailleurs dans le monde.

C’est pour forcer la fin de l’impunité que des femmes ont décidé de mettre ensemble leurs signatures afin de réclamer la création d’un Tribunal pénal international pour la République démocratique du Congo. L’accès à la justice est refusé à ces femmes et l’on peut parler de véritable féminicide face à la situation d’impunité des violeurs et de non reconnaissance des violences que ces femmes ont subi.

Journée dédiée aux femmes violées de la RDC

5 octobre 2013 de 12 h à 18h

Salle de spectacle Jean Dame

17 rue Léopold Bellan 75002 PARIS

Mairie du 2e arrondissement

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