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Stephen McCloskey
Les enfants sont en première ligne sur le front du blocus de Gaza par Israël
Article mis en ligne le 7 octobre 2012
dernière modification le 26 août 2012

par C.P.
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Info-Palestine.net

La situation des enfants à Gaza est de plus en plus scandaleusement grave.


L’avenir à Gaza (Julie Webb)

La bande de Gaza est à deux doigts de la crise humanitaire alors que les cinq années du blocus israélien du territoire ont été exacerbées par une controverse sur les fournitures de carburant. Les jeunes Gazaouis sont sur la ligne de front de cette crise car des services comme l’eau et l’électricité ainsi qu’un régime alimentaire inadéquat entraînent des taux d’anémie et de diarrhée galopants. Entre-temps le principal pourvoyeur de nourriture, de soins de santé et d’éducation à Gaza, l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), s’est vu attaqué en Israël et aux États-Unis menaçant la principale institution qui comble le fossé entre pauvreté et indigence extrême.

Hady Mattar est un garçon de cinq ans jouant parmi des centaines d’enfants à la YMCA [Young Men’s Christian Association] de Gaza. Il se remarque aisément parmi ses pairs car ses mains sont couvertes de graves brûlures occasionnées par un générateur électrique domestique à la maison. Comme la plupart des enfants de Gaza, Hady paie le prix du blocage israélien du territoire qui n’autorise qu’une entrée goutte-à-goutte d’articles humanitaires de base dans le territoire et est exacerbé par une crise du carburant qui a coupé la production d’électricité juquà’à 12 heures par jour.

Le blocus a d’ores et déjà anéanti l’économie de Gaza puisque tout accès lui est refusé aux marché extérieurs et qu’elle est privée d’investissements et d’emplois. La majorité des 1 million 700.000 habitants ont été poussés dans une pauvreté chronique et les enfants en premier lieu, leurs vies rendues encore plus difficiles par la crise du carburant. Yasmine El Khoudary, jeune blogueuse de Gaza, se décrivait récemment comme appartenant à une « génération aux yeux bandés », physiquement séparée du monde extérieur et psychologiquement ravagée par les effets de l’isolement et de l’impuissance.

Les coupures d’électricité sont une constante de la vie sous blocus, intensifié par Israël en 2007, avec de lourdes restrictions des livraisons de fuel à l’unique centrale électrique de Gaza. Les gouvernement Hamas est devenu dépendant des fournitures importées par les tunnels de contrebande entre la frontière sud de l’Égypte à Rafah et la bande de Gaza. Mais depuis février la durée et la régularité des coupures ont augmenté car l’Égypte a freiné la contrebande de carburant. Les raisons invoquée sont un manque de fuel dans le Sinaï, et Le Caire prétend que les tunnels ne conviennent pas pour importer des biens industriels. Toutefois, ce qui peut également soutenir ce nouveau régime, c’est le sentiment que le but final d’Israël en maintenant le blocus est que Le Caire assume davantage de responsabilités pour le bien-être et la mobilité des Palestiniens — responsabilités qui incombent légalement à Israël en tant que puissance occupante à Gaza.

Ce qui est indiscutable, ce sont les effets de la crise sur les services et les soins hospitaliers, Oxfam laissant entendre que Gaza « est proche d’un effondrement total des services essentiels », la situation sanitaire atteignant des « proportions catastrophiques » (février 2012). Pour les enfants, la crise a créé un nouvel éventail de problèmes à négocier. Sans électricité, l’eau à usage domestique n’est pas pompée, ce qui impose aux jeunes la corvée d’aller chercher de l’eau dans des seaux pour l’usage sanitaire, pour la cuisine et la lessive. Pour les foyers qui ont accès au carburant pour les générateurs domestiques, il y a le bourdonnement incessant des moteurs et un risque pour la santé des enfants. Mais pour la majorité des jeunes Gazaouis les principales frustrations des coupures d’électricité sont le manque de lumière pour lire et étudier le soir et l’accès réduit à un ordinateur et à l’Internet. Dans ce territoire où l’éducation est considérée comme le premier moyen d’échapper à la pauvreté, les coupures d’électricité peuvent être à la fois handicapantes et décérébrantes, avoir un impact négatif sur les performances scolaires et le développement des jeunes.

Santé et hygiène

Il y a également des implications de santé inquiétantes résultant de la crise du carburant. En plus de l’approvisionnement réduit en eau, il y a les effets du blocage des stations de pompage des eaux usées, du traitement des eaux sales et des unités de désalinisation qui affectent la qualité de l’eau. Le docteur Fadel Jouda, directeur général de l’hôpital Al Awda dans le nord de Gaza, première source de soins pour Jabaliya, le plus grand des 8 camps de réfugiés sur le territoire de Gaza, dit que la majorité des enfants présentés à l’hôpital souffrent de diarrhée et d’anémie. La première est surtout causée par des parasites dans une eau non traitée et la seconde par une carence en fer dans leur alimentation. Le Docteur Jouda croit que la nourriture industrielle passée en contrebande par les tunnels est conçue pour une longue conservation et manque donc d’éléments nutritifs pour les enfants.

Un récent rapport de Save the Children note que 58 % des enfants scolarisés à Gaza souffrent d’anémie, dont 10 % sont sujet à une
« malnutrition chronique ». Du point de vue de l’hygiène, « rien qu’en 2012, trois enfants se sont noyés dans des bassins à ciel ouvert d’eaux usées qui ne peuvent être adaptés de manière adéquate aussi longtemps que le blocus empêche le développement de l’hygiène », et des affections liées à l’hygiène comme la fièvre typhoïde et la diarrhée sont en augmentation. Il ajoute que « c’est une question de priorité urgente pour la santé et le bien-être des enfants de Gaza : Israël doit lever le blocus dans sa totalité pour permettre la libre circulation des personnes et des marchandises à l’entrée et à la sortie de Gaza y compris vers la Cisjordanie et Jérusalem-Est ».

Le système éducatif de Gaza assiégé

Avec 44 % de sa population en-dessous de 14 ans, le système éducatif assiégé de Gaza se bat pour s’en sortir avec tant d’étudiants. L’UNRWA fournit des services de santé et d’éducation à 1.100.000 réfugiés de Gaza ainsi que de l’aide alimentaire et en cash. L’UNRWA est devenu le principal fournisseur de services éducatifs aux enfants de Gaza et il a actuellement 221.000 écoliers du cours élémentaire et préparatoire dans 243 écoles pourvues de 7.700 enseignants. Ces écoles enseignent le programme local mais ont introduit des compléments pour pallier des manquements à la norme en mathématiques et en arabe, de même qu’un programme consacré aux droits humains. L’instituteur en chef de l’une des écoles préparatoires à Gaza-Ville soulignait certains des problèmes auxquels est confrontée son équipe dans une région tellement peuplée où la pauvreté est endémique. Un problème crucial est la taille des classes où les enseignants travaillent avec des classes en surnombre et ne peuvent accorder l’attention individuelle dont ont besoin les élèves. En outre, la taille de la population étudiante et le manque de bâtiments neufs signifient que 90 % des écoles travaillent en double service, c’est à dire que les élèves suivent les cours une demi-journée puis cèdent la place à d’autres enfants utilisant le même bâtiment, le matin ou l’après-midi. Résultat : il est devenu excessivement difficile pour ces écoles d’offrir aucun type d’activités hors-programme aux élèves, qui reçoivent quelquefois un accompagnement dans des centres communautaires locaux.

Les écoles sont aussi confrontées aux problèmes psycho-sociaux des enfants, dont beaucoup subissent les effets psychologiques résiduels des bombardements et de l’invasion par Israël en 2008-2009. Selon l’organisation israélienne B’tselem pour les droits humains, 344 mineurs ont été tués par les militaires israéliens pendant l’opération « Plomb Durci » sur un total de 1.390. Mais les abus contre des enfants n’ont pas cessé depuis, l’ONG Defence for Children International (DCI) décrivant 30 autres cas de mineurs abattus par balles « alors qu’ils collectaient des matériaux de construction ou travaillaient non loin de la clôture frontalière entre Gaza et Israël » dans la période du 26 mars 2010 au 27 décembre 2011. Cette exposition à la violence et au stress a des conséquences sur la santé mentale des jeunes, qui se manifestent par de la peur, de l’insomnie, de l’hypertension et un manque de motivation. L’UNWRA a recruté 228 conseillers pour travailler dans les écoles, les centres de santé et les centres communautaires, mais c’est insuffisant vu le type de conseil à long terme nécessaire pour gérer le stress et la taille de la population scolaire de Gaza.

Hélas, l’opportunité récréative la plus importante pour les enfants, le programme des jeux d’été annuels de l’UNWRA, a été supprimé cette année en raison de coupures budgétaires. Ces jeux d’été sont normalement offerts à 250.000 enfants dans un environnement sûr et structuré qui offre théâtre, sport, musique et danse dans 200 lieux différents. Le programme a terriblement manqué aux enfants pendant les fortes chaleurs estivales des camps de réfugiés surpeuplés qui restreignent fortement les occasions de distraction par rapport au sinistre cadre du béton gazaoui.

L’UNRWA attaqué

La perte des jeux d’été reflète la médiocre situation financière de l’UNWRA essentiellement provoquée par le défaut de pays donateurs qui ne remplissent pas leurs obligations financières vis-à-vis de l’Office. Robert Turner, Directeur des opérations, a identifié un manque direct de fonds de 20 millions de dollars pour soutenir les programmes d’aide alimentaire d’urgence après septembre 2013. Si l’UNWRA était forcé à réduire de manière importante ses 12.000 collaborateurs à Gaza et à faire des coupes dans l’aide d’urgence, des émeutes de la faim et des désordres sociaux sont tout à fait possibles dans une région où, selon l’ONU, « l’assistance internationale comble le fossé entre pauvreté et indigence extrême ».

Le budget et les attributions de l’UNWRA dans les Territoires occupés ont dernièrement subi l’examen et les attaques politiques croissantes. Le sénateur US Martin Kirk a mis en question la désignation de « réfugiés » appliquée aux descendants de ceux qui ont été directement affectés par les guerres de 1948 et 1967. Selon lui l’UNWRA « existe pour perpétuer le problème des réfugiés, non pour le résoudre » (23 mai 2012). En mai, la Commission des Affectations du Sénat US a voté l’amendement Kirk faisant partie de la loi 2013 sur les affectations du Département d’Etat et des Opérations à l’étranger. La loi exige du Département d’Etat, et ce pour la première fois, qu’il spécifie au Congrès quelle proportion des cinq millions de Palestiniens soutenus par l’UNWRA sont réellement déplacés de leurs foyers et quel nombre sont des descendants de ces réfugiés (Haaretz 5 juin 2012). Einat Wilf, un membre de la Knesset, le parlement israélien, a également pris ses responsabilités et suggéré que « Seul l’UNWRA concède un statut héréditaire automatique sans équivalent de réfugié », et il vise à en appeler aux commissions parlementaires qui approuvent les contributions à l’Office pour déconnecter l’aide du statut de réfugié (1er février 2012).

Victor Kattan, Directeur d’Al-Shabaka, le Réseau politique palestinien, argue que « l’objectif réel de l’amendement Kirk est clair : c’est une tentative de redéfinir le nombre de réfugiés palestiniens recevant une aide de l’UNWRA, afin de limiter son budget, qui dépend fortement de l’aide des Etats-Unis ». Il ajoute que la définition UNWRA de réfugié palestinien « est reconnue par le Haut Commissariat aux Réfugiés de l’ONU et qu’elle est la pratique normale de l’organisation pour tous les réfugiés dans le monde » (30 mai 2012). En réduisant le nombre de réfugiés, l’amendement Kirk peut aussi viser à limiter le droit palestinien au retour pour ceux qui ont été directement contraints de quitter leurs terres en 1948. Ces démarches permettraient à Einat Wilf de voir le nombre « dégonflé » de réfugiés « abaissé à 30.000 ».

Une punition collective

Pendant que ces machinations politiques se poursuivent, les espoirs de tout type de rapprochement ou de dialogue significatif pour en finir avec le conflit du Moyen-Orient semblent plus lointains que jamais. Le blocus iraélien de Gaza, aujourd’hui dans sa cinquième année, est vu comme une sorte de « punition collective »dans le territoire en dépit des protestations du porte-parole israélien Mark Regev : « Notre but est d’essayer de faire mal au régime du Hamas, non de voir souffrir le peuple de Gaza. Nous ne voyons pas le peuple de Gaza comme notre ennemi » (Guardian 8 juin 2012). Mais l’évidence ne montre aucun rejet du Hamas après l’agression israélienne à Gaza. Ainsi un sondage d’opinion pris à Gaza et en Cisjordanie après l’opération « Plomb Durci » montre que le dirigeant du Hamas Ismaïl Haniyeh recevait la majorité des suffrages (47%) des personnes sondées (Haaretz 9 mars 2009). Il est donc peu probable que la poursuite du blocus fera perdre au Hamas le contrôle de Gaza mais il est certain qu’il augmentera la détresse de son peuple. Comme le disait Chris Gunness, porte-parole de l’UNRWA, « il est difficile de comprendre la logique d’une politique forgée par l’homme qui appauvrit délibérément tant d’hommes et condamne des centaines de milliers de gens productifs à vivre une vie de misère » (ONU 2011).

Trois facteurs ont aidé à relâcher la pression sur le Hamas dans Gaza. D’abord, les tunnels ont permis d’importer des biens même si le blocus a fortement restreint les exportations. Deuxièmement, la chute de Hosni Moubarak en Egypte a vu un relâchement du flux de Palestiniens de Gaza par le passage de Rafah. Et troisièmement, l’attaque meurtrière contre le Mavi Marmara, le navire amiral de la flottille de Gaza qui voulait rompre le siège, a provoqué l’indignation internationale et une légère amélioration du blocus. Mais le conflit récent du Hamas avec l’Egypte à propos des fournitures de carburant montre que les tunnels ne sont pas un moyen durable pour approvisionner Gaza en biens domestiques et industriels. De plus, la décision du Hamas, en juillet dernier, de suspendre l’enregistrement des électeurs de Gaza pour une prochaine élection va sans doute encore ralentir la perspective d’une réconciliation avec le Fatah et une approche palestinienne plus unifiée de la gouvernance et des négociations (PCHR 2012).

Pour la jeunesse de Gaza, la controverse du fuel et les disputes internes Fatah-Hamas ont empoisonné leur cadre de vie et accru leur vulnérabilité à la pauvreté, à la maladie et au stress. Le premier facteur sous-tendant la crise humanitaire est le blocus israélien - qui selon Amnesty International « constituait une punition collective - une violation du droit international - et a particulièrement affecté les enfants et les malades » (2012:187). Le Centre Palestinien pour les droits Humains (PCHR) croit que « La fermeture illégale de la bande de Gaza s’est institutionnalisée. Par la fourniture d’aide, les organisations internationales prnnent en charge le coût de l’occupation et cette politique illégale » (juin 2012). Le PCHR plaide pour que les gouvernements qui sont derrière l’aide internationale et tentent de gérer les effets du blocus en arrivent à une action politique concertée qui fera lever le siège.

Ce devrait être une priorité pour les activistes partout dans le monde en particulier via l’action non violente de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS). Le BDS est soutenu dans la société civile palestinienne et rassemble des mouvements de la société civile partout dans le monde. La société civile doit montrer aux gouvernements du monde la direction de la justice et des droits de l’homme, comme la campagne contre l’apartheid sud-africaine l’a montré de manière éclatante. Les activistes BDS peuvent s’appuyer sur la détermination de jeunes Gazaouis comme Shahd Abusalama, qui disait « Peu importe jusqu’où va l’oppression israélienne, leurs projets sont voués à l’échec. Leur inhumanité ne fait qu’accroître notre humanité. Nous sommes prêts à relever le défi et à lutter pour ce que nous avons toujours mérité : justice, liberté et égalité » (Guardian 9 juin 2012).

P.S. :

Stephen McCloskey est directeur de l’ONG Centre for Global Education à Belfast. Auteur et activiste pour le développement des pays émergents, il a récemment séjourné en Cisjordanie et à Gaza.

Info-Palestine.net

20 août 2012

http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=12548

9 août 2012 — Palestine Chronicle — Vous pouvez consulter cet article à :
http://palestinechronicle.com/view_...

Traduction : Info-Palestine.net - Marie Meert



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