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Marina Yaguello
Caféministe "l’enjeu de la féminisation des écrits et textes"
Article mis en ligne le 29 septembre 2013
dernière modification le 2 septembre 2013

par C.P.
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« Le masculin l’emporte sur le féminin. » Cette règle de grammaire apprise dès l’enfance sur les bancs de l’école façonne un monde de représentations dans lequel le masculin est considéré comme supérieur au féminin.

En 1676, le père Bouhours, l’un des grammairiens qui a œuvré à ce que cette règle devienne exclusive de toute autre, la justifiait ainsi : « lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l’emporte ». « Le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle », complète élégamment, en 1767, le grammairien Nicolas Beauzée.

La règle finit par s’imposer au XVIIIe pour des raisons qui ne doivent pas grand-chose à la linguistique : à cette époque, la supériorité masculine va tout simplement de soi. Et l’Académie française veille, elle, qui a attendu 1980 pour accueillir sa première Immortelle, Marguerite Yourcenar. En présentant les ajustements orthographiques de 1990, le secrétaire perpétuel de cette vénérable assemblée, Maurice Druon, avait fermement écarté l’idée d’une « réforme bouleversante qui eût altéré le visage familier du français »...

Pour tenter de « révolutionner les écrits, les correcteurs d’orthographe et nos habitudes », L’égalité, c’est pas sorcier, la Ligue de l’enseignement, Le monde selon les femmes et Femmes solidaires ont lancé une pétition « Que les hommes et les femmes soient belles ! »


Les signataires savent bien que leur requête sera le plus souvent accueillie par des soupirs de lassitude et des haussements d’épaules exaspérés. Que de simagrées, diront certains.

Cette règle inscrit dans le symbolique l’idée que l’un des sexes est supérieur à l’autre, souligne Henriette Zoughebi, vice-présidente chargée des lycées au conseil régional d’Ile-de-France. : « C’est la langue qui permet de dire le réel, c’est elle qui transforme, ou non, les choses. Si l’on veut donner de la visibilité aux femmes dans l’espace social, il faut adopter la règle de proximité, qui est à la fois simple et souple : elle redonne de la liberté et du jeu à la langue. »

« La langue est un système symbolique engagé dans les rapports sociaux... La langue est aussi, dans une large mesure un miroir culturel qui fixe les représentations symboliques et se fait l’écho des préjugés et des stéréotypes, en même temps qu’il alimente et entretient ceux-ci »

P.S. :

Marina Yaguello est linguiste.



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