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Revue libertaire internationale en ligne
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« L’art n’est pas libre, il agit ». Écrits sur la littérature (1913-1948)
Alfred Döblin (Agone)
Article mis en ligne le 29 septembre 2013
dernière modification le 28 août 2013

par C.P.
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Homère était assurément aveugle, mais seulement au moment de chanter — auparavant, il avait eu un regard tranchant et incorruptible, il connaissait sur le bout des doigts la société et la terre grecques et troyennes. Les écrivains et les poètes constituent une espèce particulière de savants et c’est pourquoi ils tiennent fermement sur la terre. La littérature n’est pas une forme d’idiotie.

C’est seulement dans les États libéraux modernes, ceux qui se sont voués au commerce, à la banque et à l’industrie, au capital et à l’armée, que pouvait s’implanter cette parole de mépris : « L’art est libre », c’est-à-dire complètement inoffensif. Ces messieurs et mesdames les artistes peuvent bien écrire et peindre ce qu’ils veulent ; nous relions cela en cuir, y jetons un oeil ou l’accrochons au mur, nous fumons là-dessous nos cigarettes, les tableaux intéressent aussi éventuellement le commerce de l’art.

L’artiste aujourd’hui doit se créer lui-même sa liberté. L’art agit et il a des tâches à accomplir.

P.S. :

Alfred Döblin (1878-1957) n’est pas seulement l’un des très grands écrivains allemands du xxe siècle : plus qu’aucun autre il a associé à sa pratique une réflexion sur la littérature. Il a notamment influencé Gunther Grass et Bertold Brecht, qui écrira : « L’introduction d’attitudes scientifiques dans l’écriture romanesque conduisit au plein épanouissement du fantastique et du poétique. »



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