DIVERGENCES 2
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Christiane Passevant
Autour de Ouvriers contre le travail. Barcelone et Paris pendant les fronts populaires de Michael Seidman (Senonevero)
Article mis en ligne le 10 mai 2020

par C.P.
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L’ouvrage de Michael Seidman s’attache à un pan peu visité de l’histoire politique et sociale de la révolution espagnole, à Barcelone, comparée à celle du Front populaire, à Paris. Perspective originale, peu abordée et particulièrement intéressante dans le contexte social d’aujourd’hui. Il pose en effet de nombreuses questions sur l’essence même du travail, sur les revendications ouvrières au sein des révolutions, et évidemment sur les utopies.

À la même époque — les années 1930 —, ce sont deux constats sur la production industrielle, dans deux pays : l’Espagne où la puissance des idéologies révolutionnaires se développait en pleine lutte antifranquiste ; en France où l’industrialisation capitaliste était plus avancée et où le réformisme dominant serait bientôt remis en question par les préparatifs de guerre.

Dans Ouvriers contre le travail. Paris et Barcelone pendant les Fronts populaires, Michael Seidman met en lumière la dichotomie existant entre les élans libertaires, les revendications ouvrières et leur satisfaction — notamment en France pour la semaine de 40 heures —, et les prises de position d’organisations qui se réclamaient d’une représentation de la classe ouvrière.

Quel était l’engagement des ouvriers espagnols à Barcelone dans un pays en pleine guerre civile ? Quelles étaient les réactions de la classe ouvrière à Paris alors que, sous prétexte d’effort de guerre prochaine, les avancées sociales étaient revues à la baisse ? Comment expliquer le décalage existant entre les aspirations légitimes de la classe ouvrière — travailler moins et en autogestion, égalité salariale… — et les directives de production imposées tant par les dirigeants que par les syndicats ?

La question de la productivité est donc au cœur des questionnements soulevés par l’ouvrage de Michael Seidman. De même, les résistances et les types d’action ouvrière à l’égard de décisions dont ils, et elles, ne sont aucunement acteurs et actrices, soulignent la nécessité de mise en cause des paradigmes dominants dans l’historiographie de l’époque et d’aujourd’hui.

« La résistance était aussi un phénomène conjoncturel et cyclique, mais les refus sont restés une part intrinsèque de la culture ouvrière et sont apparus à différentes périodes avec diverses divisions du travail. Pendant les Fronts populaires, les ouvriers se révoltaient contre un ensemble de disciplines, y compris celles imposées par les organisations ouvrières. Les salariés souhaitaient certainement contrôler leurs lieux de travail, mais généralement afin d’y travailler moins. On peut supposer que la façon d’éliminer la résistance n’est pas le contrôle ouvrier sur les moyens de production mais plutôt l’abolition du travail salarié lui-même. » Michael Seidman, Ouvriers contre le travail. Paris et Barcelone pendant les Fronts populaires (éditions Senonevero).

P.S. :

Présentation de l’émission Chroniques rebelles de Radio Libertaire consacrée au livre de Michael Seidman, Ouvriers contre le travail. Paris et Barcelone pendant les Fronts populaires, à l’occasion d’une rencontre à Paris avec l’auteur et Lou Marin, le 12 mai 2013.

La publication de l’ouvrage de José Peirats, La CNT dans la révolution espagnole, par les éditions Noir et rouge (trois tomes)
http://divergences2.divergences.be/spip.php?article1918&lang=fr
http://divergences2.divergences.be/spip.php?article1930&lang=fr
est l’occasion de rappeler ce texte original et important de Michael Seidman.




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