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Christiane Passevant
Chronique d’une cour de récré
Film de Brahim Fritah
Article mis en ligne le 10 juin 2013

par C.P.
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Chroniques d’une cour de récré, Pierrefitte-sur-Seine. Le décor est planté des années 1980 où la classe ouvrière était présente. La grève, la solidarité et le début des délocalisations.

Chroniques d’une cour de récré [1]
… Ce sont les chroniques de deux univers, celui des adultes et celui de jeunes adolescents. Brahim a 10 ans et observe le monde avec candeur. Il y a d’abord l’usine et la grue, centrale dans ses rêves, symbole du travail et des rapports de classe, l’école, les ami-es, les rêves avec la photo qui va nourrir la perception du garçon. Visionner un décor, un personnage à travers l’objectif, « prendre » une photo, même sans pellicule parce qu’on n’a pas de quoi se la payer, c’est déjà regarder autour de soi avec un autre regard. Le récit de Chroniques d’une cour de récré s’articule autour des souvenirs du réalisateur et de ces instantanés…

Brahim Fritah : J’ai pioché dans mes souvenirs, ceux qui résistaient au temps et étaient cinématographiques. C’est un récit impressionniste, mais il fallait que le public soit attaché aux souvenirs de l’usine avant même la cour d’école. Sans doute le fait d’avoir vécu dans une usine fait que mon regard est décalé sur le monde ouvrier. J’ai retrouvé dans le documentaire de Christian Rouaud, Les LIP, l’imagination au pouvoir (2006), sur la grève, des images de mon enfance, le partage, la fête, ma mère faisant le couscous dans la cour de l’usine. Je voulais cette séquence dans le film pour rendre l’ambiance qui existait alors, la solidarité, la culture ouvrière.

Christiane Passevant : La grève surgit dans le récit et provoque un bouleversement inattendu du petit monde jusqu’alors bien agencé de Brahim. C’est une prise de conscience. Elle souligne l’opposition entre les ouvriers et le patron flanqué du chef du personnel. Il y a aussi Moustache qui est un peu un héros au yeux de l’enfant…

Brahim Fritah : Moustache, c’est un peu Steve McQueen, le héros imaginaire qui sort de l’univers télévisuel de Brahim. La frontière est brouillée entre la réalité et l’imaginaire. Le personnage de Moustache a une force cinématographique et motrice sur l’image de l’usine. A contrario, le patron, avec son acolyte, ce sont les méchants qui restent en dehors, et on le voit lorsqu’ils assistent depuis leur bureau au vote de la grève. J’ai joué sur des archétypes pour un côté naturaliste au récit et j’ai voulu des antagonismes marqués, presque dans la caricature. Et cela a été jouissif, je dois dire que les comédiens sont tous excellents.

Christiane Passevant : Quand as-tu commencé le projet d’écriture du
film ?

Brahim Fritah : J’ai commencé en 2002. La première scène que j’ai écrite, c’est celle du garage. Mon premier souvenir et ensuite, tout est venu.
En 2006, j’avais une première version du scénario, mais entre 2007 et la réalisation, j’ai réécrit le récit avec une scénariste et j’ai enlevé beaucoup de voix off. En 2008, avec la crise, l’histoire rejoignait le récit du film. Et même si la délocalisation de l’usine est en fait plus tardive que dans le film, il y a une sorte d’interpénétration entre fiction, souvenirs et réalité.

Le droit de grève était central pour moi et était remis en question, bafoué, et j’ai voulu montrer la grève différemment. Dire ce que l’on perd, puisqu’on est pas payé et dire que faire grève, c’était se battre pour l’amélioration des conditions de travail. Faire grève, ce n’est pas jouer les nantis face aux chômeurs, parce que les discours politiques ont tenté de diviser et d’opposer
les travailleurs. Mais je voulais aborder ce problème par le biais de la perception de l’enfant, à l’intérieur de l’usine.

Notes :

[1Chroniques d’une cour de récré de Brahim Fritah (France/Maroc - 2012 - 1h25 mn). Production : Philippe Delarue. Scénario : Brahim Fritah. Image : Pascal Lagriffoul. Décor : Sandra Castello. Montage : Catherine Mantion. Musique : Jean-Christophe Onno. Son : Xavier Thibault, Cédric Lionnet. Interprétation : Yanis Bahloul, Rocco Campochiaro, Mostefa Djadjam, Dalila Ibnou Ennadre, Billel Baoukel, Vincent Rottiers, Philippe Rebbot, Anne Azoulay, Stéphane Choukroun, Raphaël Ferret, Nina Descamps, Richard Decaux, Sami Drari…

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