DIVERGENCES 2
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Nestor Potkine
Les chateaux en Espagne sont-ils en Amérique ?
Article mis en ligne le 10 juin 2013
dernière modification le 26 mai 2013

par C.P.
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En 1792, le capitalisme étatsunien passait par l’une des crises dont il est coutumier. The Bank of North America, afin d’éviter que ses clients ne
la ruinent en exigeant tous en même temps de retirer leurs dépôts (une banque ne possède dans ses coffres, en espèces, qu’une infime partie de
ce que ses clients lui ont confié), eut recours à un procédé aussi théâtral qu’efficace. On laissa les clients apercevoir les employés manipuler d’impressionnantes piles de pièces d’or, qu’on déplaçait ça et là. De même, on voyait entrer les dirigeants de la banque, qui tiraient de grands sacs de non moins impressionnantes quantités d’or et d’argent. Les clients ignoraient, il va sans dire, que les pièces déplacées se contentaient d’opérer des allers et retours et que les sacs plein d’or entrants avaient été sortis par une porte dérobée quelques instants auparavant.

Un siècle plus tard, en 1929, en réponse au Krach, les Républicains alors au pouvoir appliquèrent les recettes dont nous entendons encore parler aujourd’hui, austérité, décapitage des dépenses, etc. qui accélérèrent la débâcle de l’économie étatsunienne. Arrivèrent Keynes et Roosevelt. Leurs deux solutions ? Réamorcer la pompe en relançant la dépense publique, d’une part, faire revenir la confiance dans la solidité de l’économie étatsunienne (afin de ne pas décourager l’investissement), d’autre part. L’une des mesures prises s’avère pleine d’enseignements quant à la nature de l’argent et du capitalisme.

Le mythe du XXe siècle

Fort Knox est l’un des lieux les plus connus de la planète. L’État le plus
riche du monde, les États-Unis y protège son or : quelles Indes, quelles Byzances reposent alors dans cette forteresse ? Quant aux dispositions de sécurité destinées à protéger ce fantastique concentré de pécune, nul ne doute que l’armée américaine et le FBI y ont accumulé tout ce que le savoir et l’effort humain ont créé pour repousser les attaques les plus violentes et déjouer les manœuvres les plus subtiles.

Foutaises.

L’or étatsunien tient peu de place. D’ailleurs, on sait que la totalité de l’or extrait du sol par l’humanité entière, depuis qu’elle extrait de l’or, tiendrait à son aise dans un cube de… 20 mètres de côté. Pas 2 kilomètres, pas 200 mètres, 20 mètres. La chambre forte de Fort Knox ne mesure que 18 mètres sur 12, et ne contient aujourd’hui que 4578 tonnes d’or, c’est-à-dire 3 % de tout cet or extrait par l’humanité. De quoi se payer quelques nuits au Ritz, certes.

Aujourd’hui, il y a quand même plus d’or étatsunien à New York (7000 tonnes) qu’à Fort Knox, dans une chambre forte si sûre qu’on y conserve une grande partie de l’or français, britannique, japonais, etc. Pourquoi Fort Knox ? Pour l’effet psychologique. Roosevelt choisit en 1937 d’ordonner la construction d’une chambre forte, dans une base de l’Armée. En 1937, si l’Étatsunien moyen n’a pas grande confiance dans Wall Street, il a confiance dans l’Armée. Dans cette base militaire (difficile à attaquer), loin des côtes (encore plus difficile à attaquer) contrôlée par l’Armée (invulnérable aux manœuvres et escroqueries de la Mafia), on va déposer la richesse du pays. En d’autres termes on va montrer la richesse du pays, on va montrer qu’elle existe, que le pays n’est pas ruiné, qu’on peut y investir. On va « déplacer des pièces d’or çà et là », on va faire entrer « d’impressionnantes quantités d’or », qui existaient déjà, mais qu’on ne montrait pas.

Roosevelt, maître en relations publiques et professeur en propagande,
ne va pas lésiner. 50, cinquante, trains blindés protégés par d’extraordinaires mesures policières (faux trains) et militaires (tanks à l’entrée des tunnels) transportent l’or. Un seul train aurait suffi, mais cinquante impressionneront mieux le petit, voire le gros, investisseur.
Bien entendu, on claironne le coût de l’opération, un million de dollars, dollars de l’époque, quand 200 dollars nourrissaient pendant six mois un Étatsunien résidant en France.

Quant au « fort » lui-même, là on nage, avec quelques années d’avance,
en plein James Bond. Du béton et de l’acier comme s’il en pleuvait, un
fossé, plusieurs rangs de clôture électrique (très moderne, à l’époque), un toit à l’épreuve des bombes, des pièges relâchant du gaz mortel, et même un système d’inondation immédiate pour noyer les intrus ! Le fin du fin ? De mystérieuses, donc d’autant plus inquiétantes, mesures trop efficaces, trop apocalyptiques pour que l’on puisse les révéler aux journalistes. Lesquels s’en donnèrent donc à cœur joie, et révélèrent à leurs lecteurs que les choses étaient encore plus terrifiantes que les autorités ne l’avouaient. Succès sur toute la ligne. Quelles leçons pour le XXIe siècle dans ce mythe du XXe siècle ?

1 : Le rappel de ceci : l’argent n’existe que pour ceux qui n’en ont pas assez. L’argent n’existe que par la foi, de nature religieuse, qu’on lui porte. Fort Knox, Vatican du flouze, a rétabli le pontificat yankee.

2 : Comme l’écrivit Adolf Hitler, plus un mensonge est gros, plus on y croit. Dette, déficit, nécessité de l’austérité, nécessité de la croissance éternelle, pour n’être pas incarnés dans un fort à poisons, n’en sont pas moins aussi menteurs que lui.



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