DIVERGENCES 2
Revue libertaire internationale en ligne
Descriptif du site
Christiane Passevant
{Démocratie. Histoire politique d’un mot aux États-Unis et en France}États-Unis et en France
Francis Dupuis-Déri (LUX)
Article mis en ligne le 10 juin 2013
dernière modification le 31 mai 2013

par C.P.
Imprimer logo imprimer

Le mot « démocratie » est si populaire que toutes les forces politiques s’en réclament. Quelle surprise, alors, de constater que les « pères fondateurs » des « démocraties modernes » associaient cette idée au chaos, à la violence et à la ­tyrannie des ­pauvres ! Comment expliquer un tel revirement de sens ?

En plongeant dans les discours du passé aux États-Unis et en France, l’auteur dévoile une étonnante aventure politique, où s’affrontent des personnalités et des forces sociales qui cherchent à contrôler les institutions des régimes fondés à la fin du xviiie siècle. S’appuyant sur divers pamphlets, manifestes, ­déclarations ­publi­ques, articles de journaux et lettres personnelles, ce récit révèle une manipulation politique par les élites, qui ont petit à petit récupéré le terme « démocratie » afin de séduire les masses.

Deux siècles plus tard, alors que la planète entière semble penser que
­« démocratie » (le pouvoir du peuple) est synonyme de « régime électoral » (la délégation du pouvoir à un petit groupe de gouvernants), toute expérience d’un véritable pouvoir populaire (délibérations collectives sur les affaires communes) se heurte toujours au mépris des élites.

Démocratie… Un terme très séduisant si l’on s’arrête à la signification première du pouvoir au peuple, mais son emploi a été très dévoyé et est aujourd’hui bien éloigné du sens des origines. Néanmoins, la démocratie n’en reste pas moins présentée depuis deux siècles comme l’exemple presque idéal de gouvernance, du moins comme la seule alternative à la dictature et au chaos… Au choix, on vous sert une démocratie, dans ses multiples versions contemporaines, ou bien le totalitarisme.

Encore faut-il savoir ce qui s’attache à cette « démocratie » vantée par les politiques comme la panacée des régimes et la seule pratique politique possible pour le bien des populations. C’est ce qu’explore Francis Dupuis-Déri dans son livre extrêmement dense et fouillé, Démocratie. Histoire politique d’un mot aux États-Unis et en France. La tradition veut qu’aujourd’hui, comme auparavant d’ailleurs, l’on adjoigne au terme exemplaire de démocratie divers qualificatifs dans les discours politiques, les médias, les articles, souvent contradictoires et ironiquement cocasses : démocratie participative, démocratie libérale, démocratie parlementaire, démocratie autoritaire, démocratie policière… Les exemples se multiplient et, comme le faisait remarquer Auguste Blanqui en 1851, dans une lettre à un ami, il faut prendre garde aux mots sans définition : « Qu’est-ce donc qu’un démocrate, je vous prie ? C’est là un mot vague, banal, sans acceptation précise, un mot en caoutchouc. Quelle opinion ne parviendrait pas à se loger sous cette enseigne ? »

Il n’est évidemment pas question de démocratie directe puisque, dans
un tel cas de figure, la crainte des élites de perdre leurs privilèges deviendrait réalité, puisqu’étant la minorité : 99 % contre 1 % comme l’ont répété tous les mouvements Occupy. Donc, pour s’octroyer le pouvoir et faire avaler les manipulations politiques diverses, il est nécessaire de désamorcer le « pouvoir du peuple » en maquillant cette fameuse démocratie à l’aide de quelques nuances verbales. Au final, le sens initial du terme « démocratie » est parfaitement coopté et récupéré par les élites dont le but est le pouvoir et le contrôle des institutions… démocratiques !

Dans son essai, Démocratie. Histoire politique d’un mot aux États-Unis et en France, Francis Dupuis-Déri s’applique à un travail précis d’interprétation politique afin de « restituer le sens qu’ont eu le mot “démocratie” et ses dérivés à des moments importants de l’histoire, et surtout de dégager les motivations des actrices et des acteurs politiques à l’utiliser — ou non — pour servir leurs intérêts au gré des luttes politiques. » Et cela à travers de nombreuses sources premières, des « pamphlets, manifestes, déclarations publiques, articles de journaux, lettres personnelles, poèmes et chansons populaires »… Un travail minutieux qui remonte aux origines du mot démocratie afin d’en tracer l’évolution, d’en démêler les utilisations et les enjeux, histoire de ne pas tomber encore dans les panneaux de la propagande et de la mauvaise foi.

De ce point de vue, Démocratie. Histoire politique d’un mot de Francis Dupuis-Déri regorge de citations savoureuses, par exemple celle de Charles 1er d’Angleterre qui, sur le point d’être exécuté, lance cette diatribe à laquelle il semble croire sans pourtant en mesurer le non sens : « Pour le peuple, je désire réellement son indépendance et sa liberté autant que quiconque. Mais je dois vous dire que cette indépendance et cette liberté consistent à avoir un gouvernement […]. Elles ne consistent pas à avoir une part dans le gouvernement. » On ne peut être plus clair dans la contradiction.

Plus de trois siècles plus tard, la notion de pouvoir au peuple semble avoir quelque peu stagné. Pour preuve, la description de Castoriadis à propos du leurre de la démocratie représentative : « Quel est ce mystère théologique, cette opération alchimique, faisant que votre souveraineté, un dimanche tous les cinq ou sept ans, devient un fluide qui parcourt tout le pays, traverse les urnes et en ressort le soir sur les écrans de télévision avec le visage des “représentants du peuple” ou du Représentant du peuple, le monarque intitulé “président” ? »

Démocratie. Histoire politique d’un mot aux États-Unis et en France
de Francis Dupuis-Déri est une étude passionnante sur le mot démocratie, employé en France et aux États-Unis, son utilisation se faisant en quelque sorte écho depuis le XIXe siècle. C’est également un outil très utile à garder sous le coude pour décrypter les discours des dirigeant-es qui aiment à en affubler leurs phrases comme on utilise un charme ou un « gri-gri ».
Dans des périodes de volte-face politique et de préparation électorale, il est temps de redonner un sens politique à un mot devenu fourre-tout.

Autres ouvrages de Francis Dupuis-Déri :

Les Black Blocs

La liberté et l’égalité se manifestent

« Le Black Bloc est mort », déclaraient des anarchistes en 2003. Mais loin des projecteurs, des Black Blocs participent encore à des manifestations et entrent en action pour critiquer et contrecarrer les dominants de ce monde.

Cagoulés, vêtus de noir et s’attaquant avec force aux symboles du capitalisme, les Black Blocs ont été transformés en phénomène médiatique de l’altermondialisme. Cette renommée, associée à l’image du casseur, cache une réalité complexe, intéressante pour qui ose faire l’effort de mieux comprendre l’origine de ce phénomène, sa dynamique et ses objectifs. Car l’utilisation de la violence s’inscrit toujours dans un rapport de force, dans un contexte éthique et stratégique, et ne se résume pas seulement à des jets de pierre dans les manifestations de rue.

Retour sur un attentat antiféministe. 
École Polytechnique de Montréal, 6 décembre 1989

sous la direction de Mélissa Blais, Francis Dupuis-Déri, Lyne Kurtzman et Dominique Payette

Cet ouvrage présente quelques-unes des communications prononcées en décembre 2009 à Montréal lors du colloque international La tuerie de l’École Polytechnique 20 ans plus tard : Les violences masculines contre les femmes et les féministes.

Ces textes proposent des réflexions sur le sens politique de cet attentat, ses représentations dans les médias et dans la culture, ainsi que sur ses liens avec l’antiféminisme du passé et d’aujourd’hui. Un chapitre est également consacré aux pistes de réflexion élaborées par des groupes de femmes d’ici et d’ailleurs, qui aspirent à contrer l’antiféminisme et les violences faites aux femmes.

Dans la foulée des événements commémoratifs organisés sous la bannière Se souvenir pour agir, cet ouvrage et le film DVD qui l’accompagne offrent des traces de cette mobilisation sans précédent. Y sont rappelés le rassemblement public du 6 décembre 2009 auquel ont pris part plus de 1 000 personnes, l’exposition des Guerrilla Girls ainsi que l’exposition thématique Parler ou se taire ?, et l’événement Bleu silence qui réunissait Pol Pelletier, le duo Lambert-Chan et Sylvie Tremblay.



Ce livre regroupe les textes de Mélissa Blais, Mélanie Boucher, Yanick Dulong, Micheline Dumont, Francis Dupuis-Déri, Lyne Kurtzman, Diane Lamoureux, Florence Montreynaud, Dominique Payette, Francine Pelletier, Julianne Pidduck, Richard Poulin, Judy Rebick, Sandrine Ricci et Gilbert Turp.

Le Mouvement masculiniste au Québec


l’antiféminisme démasqué

sous la direction Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri

Depuis quelques années, l’idée que les hommes vont mal gagne des adeptes. Cette prétendue crise de la masculinité aurait une cause : les femmes, et surtout les féministes, qui domineraient la société québécoise. Des partisans
de la « cause des hommes » grimpent sur des ponts pour y déployer des banderoles, lancent des poursuites judiciaires contre des féministes, prennent la parole en commissions parlementaires, publient des livres et multiplient les sites Internet qui attaquent le féminisme.

Certains militants vont même jusqu’à harceler les groupes de femmes.
 Le présent ouvrage est le premier à documenter le mouvement masculiniste québécois et à démontrer qu’il nuit à l’atteinte de l’égalité entre les
hommes et les femmes. Car, malgré le discours largement répandu de « l’égalité-déjà-là », et celui plus agressif du « féminisme-qui-est-allé-trop-loin », force est de constater que le patriarcat est encore bien vivant, même s’il est vrai que les féministes ont fait des avancées importantes, au prix de longues luttes.

Des textes de Janik Bastien Charlebois, Mélissa Blais, Louise Brossard, Francis Dupuis-Déri, Karine Foucault, Mathieu Jobin, Diane Lamoureux, Ève-Marie Lampron, Josianne Lavoie, Émilie St-Pierre et Marie-Ève Surprenant.

P.S. :

Dans un prochain numéro de Divergences, nous publierons des extraits d’entretiens avec Francis Dupuis-Déri.



Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.80.4