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Philomène le Bastard
La Commune n’est pas morte. Les usages politiques du passé de 1871 à nos jours
Éric Fournier (Libertalia)
Article mis en ligne le 10 juin 2013
dernière modification le 31 mai 2013

par C.P.
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La Commune est peut-être la période révolutionnaire qui a le plus suscité
de volonté de réappropriation par divers mouvements ou courants politiques opposés et très contradictoires. Le livre d’Éric Fournier en fait foi. Elle reste cependant, pour beaucoup, l’image exemplaire d’une révolte spontanée et d’une auto organisation populaire réussie. Une image restée vive dans les esprits malgré le temps d’expérience trop fugace. La Commune a soulevé
un tel élan d’émancipation, d’auto organisation, de remise en cause radicale d’un système de société que l’on peut regretter, avec le recul, le respect dont a bénéficié la banque de France pendant ce printemps de 1871.

Il n’en reste pas moins que la mémoire de la Commune est « plurielle et conflictuelle » et que, notamment pour les autorités et les privilégiés, elle a représenté une « apocalypse rouge » menée par des « ouvriers barbares ». Il faut bien que l’histoire officielle se nourrisse de fantasmes à propos des vaincus, fantasmes très soutenus et même amplifiés par la presse
de l’époque. Comme le rappelle Éric Fournier, la « mise en forme frénétique de la mémoire des vainqueurs » s’est opérée également grâce à des artistes
et des écrivains connus, Théophile Gautier, les frères Daudet, George Sand, parmi d’autres qui y trouvaient leur compte, côté finance et consécration. Cette frénésie est décrite ainsi par l’historien Lissagaray :

« La haute et la basse pègre avaient trouvé dans la Commune un filon fort lucratif et l’entretenaient savamment. Pas de goujat des lettres qui ne bâclât sa brochure, son livre, son histoire… »

Entre 1871 et 1873, on compte des milliers d’articles de journaux,
des centaines de caricatures, de photographies et quelque trois cents livres
sur la Commune, ses débordements et ses méfaits, légitimant ainsi la répression et consacrant le retour à l’ordre. Il s’agissait également, pour les éditeurs, de faire frémir le bourgeois et de s’en attirer la clientèle.

L’histoire officielle qui est l’histoire des vainqueurs est comme on le sait sélective. Dès lors quelle analyse peut-on faire de l’insurrection populaire de 1871 et comment dépasser la « discordance entre l’histoire et les mémoires de la Commune » ?

Dans La Commune n’est pas morte. Les usages politiques du passé de 1871 à nos jours, Éric Fournier s’attache, à travers les formes variées et récurrentes de déni, d’occultation, de récupération, d’orchestration et de manipulations mémorielles, à démêler les usages politiques des mémoires de la Commune, de même que les enjeux des symboles qui y sont liés depuis bientôt un siècle et demi.

« Histoire et mémoire sont deux approches différentes du passé. L’histoire est une science humaine et sociale œuvrant à une lecture la plus complète, objective et impartiale possible du passé. Elle est une construction critique. La mémoire est un usage partiel et partial du passé. C’est ce dont un
groupe se souvient ou veut se souvenir. Elle est une construction sociale, affective et souvent politique du passé. [mais, ajoute Éric Fournier,] La frontière entre histoire et mémoire est cependant poreuse. » Et l’enseignement de la Commune, comme son utilisation, en fait la démonstration.

Loin de vouloir mythifier de quelconque manière la Commune, il n’en demeure pas moins qu’elle a montré « que la souveraineté ne se
délègue pas, ne se représente pas, mais qu’elle s’exerce. » Ce qui, aujourd’hui, en fait une expérience qui porte à réflexion, non seulement
sur « les liens entre histoire, mémoire et politique », mais aussi sur la perception des luttes à venir.

La Commune a représenté « une forme de démocratie directe, partant
d’en bas, où les insurgés entendent être leur propre maître, s’autogouverner pleinement. De toutes les insurrections du siècle, elle
est celle qui a porté à son point le plus haut cette organisation de la souveraineté populaire, où les représentants ne sont que tolérés par
ceux qui les ont élus et où les citoyens entendent participer réellement à l’exercice quotidien du pouvoir. »

La Commune n’est pas morte. Les usages politiques du passé de 1871 à nos jours d’Éric Fournier nourrit à coup sûr une réflexion à mener.
Reste à trouver les formes de lutte permettant de s’affranchir d’un système à toute épreuve contre les revendications de démocratie directe.



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