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Christiane Passevant
L’émancipation des travailleurs. Une histoire de la Première Internationale
Mathieu Léonard (La fabrique)
Article mis en ligne le 10 juin 2013
dernière modification le 31 mai 2013

par C.P.
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« À l’heure où le seul internationalisme qui prévaut est celui des marchés, de la finance et des multinationales, l’idée d’une solidarité entre les peuples et les travailleurs du monde entier semble appartenir aux utopies des XIXe et XXe siècles. Tandis que la nécessité même d’un dépassement du capitalisme se fait ressentir chaque jour davantage, nous nous retrouvons cruellement dépossédés de tout horizon émancipateur. »

C’est ainsi que commence cette histoire détaillée de la Première Internationale dont l’expérience et les idées furent des plus émancipatrices, et il y a de cela un siècle et demi.

À revenir ainsi sur l’histoire de l’AIT, l’Association internationale des travailleurs, à redécouvrir par le livre de Mathieu Léonard les revendications et les propositions de ceux et celles qui y ont participé, il est en tout
premier lieu étonnant de constater leur actualité. On comprend mieux
alors la mise de côté de cette histoire de l’émancipation et des luttes révolutionnaires qui, comme l’écrit Mathieu Léonard, pourraient à
nouveau « fournir quelques renseignements nécessaires dans l’urgence
des combats actuels. »

La Première Internationale date de 1864. « Pas plus qu’elle n’a de maîtres, l’Internationale n’a pas de fondateurs » déclare Benoît Malon. Karl Marx renforce cette idée en écrivant qu’elle est « le produit spontané du mouvement prolétaire. » Et cela se passe avant la formation des
premiers syndicats.

Dans cet essai, il n’est cependant pas question de passer à la trappe
les tensions, les dissensions, les oppositions ou les désaccords au sein
de l’AIT, mais plutôt d’en analyser les raisons et les enjeux dans le
contexte de l’époque, et également d’en renvoyer un écho pour une meilleure compréhension des problèmes actuels. L’auteur souligne notamment des questions très rarement abordées durant les huit
années de l’association internationaliste, des questions, et non des moindres, « restées en suspens : celle des peuples colonisés, celle de la libération des femmes, celle de la paysannerie. »

Pour n’évoquer que la question de la libération des femmes, Flora Tristan avait pourtant insisté, dès 1843, sur la nécessité d’émancipation pour la
« prolétaire du prolétaire » : « l’oubli et le mépris des droits naturels »
des femmes sont les « seules causes des malheurs du monde ». Elle
était en cela précurseure des mouvements féministes, comme également de la Première Internationale lorsque, dans le même discours, elle lance
cet appel : « Ouvriers et ouvrières, écoutez-moi. […] Le jour est venu
où il faut agir et c’est à vous, à vous seuls, qu’il appartient d’agir dans l’intérêt de votre propre cause. […] Votre action à vous, c’est l’Union universelle des ouvriers et des ouvrières. »

Si l’on change « ouvriers et ouvrières » par salarié-es ou, dans le style Indignés, par « 99 % », on prend mieux la mesure des paroles de Flora Tristan. Démonstration : « écoutez-moi. […] Le jour est venu où il faut agir et c’est à vous, [les salarié-es, les 99 %,] à vous seul-es, qu’il appartient d’agir dans l’intérêt de votre propre cause. […] Votre action à vous, c’est l’Union universelle des [salarié-es et des 99%.] » !

La Première Internationale est donc fondée en 1864 et la « dislocation
de l’organisation [est actée] lors du Congrès de La Haye en 1872 »,
un an après la Commune. Parmi les raisons de cette « dislocation »,
peut-on considérer comme déterminante la difficulté rencontrée par l’Internationale de « mener une révolution à la fois économique, sociale
et politique, sans que l’un de ces aspects ne l’emporte sur les autres » ?
Ou bien est-ce avant tout la « question de conquête du pouvoir politique
qui scinda l’Internationale en deux camps, antiautoritaires contre autoritaires » ? En y regardant de plus près, c’est autant d’impasses
et de sujets d’opposition qui perdurent encore aujourd’hui.

En 1855, le chartiste Ernest Jones faisait ce constat qui n’a guère
évolué : « Les oppresseurs de l’humanité sont unis, même quand
ils se font la guerre. Ils sont unis sur un point : laisser les peuples
dans la misère et la soumission. » Or, ajoutait-il, « la cause des peuples
de tous les pays est la même : l’émancipation de l’humanité doit être »
le but ultime. Alors, « jusqu’à ce que le travail commande le capital,
je me fous des lois politiques que vous faîtes, de quelle république ou monarchie vous instaurez, tant que l’homme [et la femme sont des] esclaves. »

« L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs
eux-mêmes. » Pas besoin pour cela d’un ou d’une leader ou que l’émancipation soit « chapeautée par une élite ». Ni dieu ni maître !



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